C’est une annonce en clair-obscur pour Innovafeed. La startup française, spécialisée dans l’élevage de larves de mouche soldat noire, vient de boucler une levée de fonds de 51 millions d’euros auprès de ses investisseurs historiques, parmi lesquels Creadev, QIA, Temasek, French Food Capital, ABC Impact et ADM.
Ce nouveau financement doit lui permettre d’accélérer son développement commercial, notamment dans l’alimentation pour animaux de compagnie et l’aquaculture, ainsi que de poursuivre ses investissements dans son usine principale de Nesle, dans la Somme, ouverte il y a deux ans.
Mais cette nouvelle étape s’accompagne aussi d’une réorganisation sociale. Innovafeed prévoit la suppression d’une soixantaine de postes, sur un effectif total d’environ 300 salariés. Ces suppressions concerneront notamment son site pilote de R&D de Gouzeaucourt, dans le Nord, appelé à fermer.
« Nos besoins évoluent et nous adaptons notre organisation aux priorités de cette nouvelle étape de notre développement, davantage tournée vers l’accélération commerciale et moins sur la R&D. Nous avons en effet maintenant prouvé la robustesse de notre technologie et la capacité de notre site industriel de Nesle à produire à grande échelle », explique la startup. Nous sommes au début du processus du plan social, qui devrait se terminer l’année prochaine », précise l’entreprise.
Un marché tendu
Cette réorganisation intervient dans un contexte particulièrement difficile pour la filière française de l’élevage d’insectes. Le secteur a été marqué par la liquidation judiciaire d’Ynsect, en décembre dernier, faute d’avoir pu trouver un repreneur. L’entreprise, longtemps présentée comme l’un des fleurons foodtech française, avait levé plusieurs centaines de millions d’euros, dont près de 150 millions de financements publics.
La trajectoire d’Agronutris, la troisième startup du marché, illustre elle aussi les tensions du secteur. Elle a finalement été reprise l’année dernière par La Compagnie des Insectes, qui regroupe plusieurs sites industriels spécialisés dans l’élevage d’insectes. Ces difficultés rappellent combien la filière reste intensif en capital : elle nécessite d’importants investissements pour développer les technologies et construire les usines, sans garantie immédiate sur les débouchés commerciales.
Dans ce paysage fragilisé, Innovafeed cherche à se distinguer. Créée il y a dix ans, la startup indique avoir levé près de 500 millions d’euros au total, dont « 96 % de fonds privés », tient-elle à préciser. Une manière de marquer sa différence avec Ynsect.
L’enjeu est désormais clair pour Innovafeed : démontrer qu'elle peut vendre d'importants volumes. L’entreprise indique qu’elle réalisera près de 13,5 millions d’euros de chiffre d’affaires à la fin de l’année. « Nous aurons plus que doublé notre chiffre d’affaires en un an », souligne-t-elle. Innovafeed vise désormais la rentabilité d’ici deux ans.