Station F a déjà presque 10 ans ! Neuf ans après son inauguration, l’incubateur parisien s’est positionné comme un acteur majeur de l’écosystème tech français pour faire décoller chaque année un millier de projets. Comme chaque mois de juin, il est temps de regarder dans le rétro pour faire le point sur la vitalité de Station F.

Depuis son lancement, ce sont plus de 9 000 startups qui sont passées entre les murs imposants de l’immense halle Freyssinet, qui s’étend sur 34 000 mètres carrés dans le XIIIe arrondissement de Paris. Elles sont le fruit d’entrepreneurs issus de près de 70 nationalités, dont les États-Unis, le Maroc, l’Algérie, l’Inde ou encore le Japon qui figurent parmi les pays les plus représentés.

800 millions d’euros levés au premier semestre

Si on se penche sur les startups hébergées, 60 % en sont au stage de l’amorçage (pré-seed ou seed). Elles ont levé près de 800 millions d’euros au premier semestre 2026, un chiffre en recul d’environ 12 % par rapport à la même période l’an passé. Les opérations spectaculaires se font plus rares : seulement une quinzaine d’entreprises ont levé 10 millions d’euros ou plus depuis janvier. En complément des levées de fonds traditionnelles, 77 % des jeunes pousses ont recours à une forme de financement public, à l’image des subventions accordées par Bpifrance et des allocations chômage.

Dans un contexte actuel difficile, en raison des vents contraires de l’économie et de la géopolitique mondiales, plus de 50 % des startups de Station F envisagent une acquisition comme stratégie d’exit. En revanche, seulement 9 % considèrent une introduction en Bourse, contre 16 % en 2025.

Des entrepreneurs de plus en plus expérimentés

Concernant le profil des fondateurs à Station F, leur âge moyen s’élève à 36,5 ans, contre 31 ans en 2018 et 33 ans en 2025. Seuls 5 % des fondateurs se lancent directement à la sortie des études, tandis que 51 % des startups comptent désormais au moins un entrepreneur ayant déjà créé une entreprise auparavant. Par ailleurs, 21 % des jeunes pousses comptent au moins un fondateur titulaire d'un doctorat ou d'un diplôme supérieur.

«Le profil des fondateurs témoigne de la maturité de l’écosystème», souligne Roxanne Varza, directrice de Station F. «Nos fondateurs entament clairement une nouvelle phase. Créer une entreprise n'a jamais été aussi concurrentiel. Nous observons des profils et des mentalités très différents de ceux de 2017», ajoute-t-elle.

Un campus tourné toujours plus vers l’IA

A l’ère de l’intelligence artificielle, les entrepreneurs se retrouvent avec un nouveau levier pour décupler leur potentiel de créativité et accélérer leur développement sans avoir recours à des moyens colossaux. 77 % des startups de Station F affirment ainsi que l'IA a réduit leurs besoins en recrutement. Mais 82 % d'entre elles recrutent activement ou prévoient de le faire dans les douze prochains mois. Par ailleurs, 16 % des entreprises prévoient d'embaucher cinq personnes ou plus.

Sur l’IA justement, Station F a renforcé son rôle de catalyseur dans l’écosystème tech français sur le sujet avec le lancement du programme F/ai pour accompagner 20 startups IA prometteuses durant 3 mois. Accessible uniquement sur recommandation, il vise à aider les lauréats à atteindre 1 million d'euros de revenus en moins de 6 mois.

Pour cela, les startups sélectionnées ont accès à un écosystème de partenaires de prestige. Et pour cause, Station F a embarqué tous les acteurs majeurs mondiaux de l’IA, comme Hugging Face, Lovable, OpenAI, Mistral AI, Anthropic, Google, Microsoft et AWS. «Il y a une vrai demande pour ce programme. Dans le premier batch, Alpic et Rippletide sont les deux premières startups reconnues dans le monde. A la rentrée, le prochain batch sera plus international et un voyage à San Francisco sera organisé», indique Roxanne Varza.

La présidentielle 2027 et l’inquiétude d’une victoire de l’extrême-droite

Toujours dans l’IA, le campus, qui compte plus de 80 % startups spécialisées dans ce secteur, a assisté à une multiplication des acquisitions, à l’image de Koyeb racheté par Mistral AI et de Mithril Security acquis par H. Et concernant l’usage des LLM, c’est désormais Claude d’Anthropic qui a la cote auprès des entrepreneurs de Station F. 90 % des startups déclarent ainsi l’utiliser, reléguant OpenAI au second plan. Mais la récente décision de Washington d’ordonner à Anthropic de couper l’accès à Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 pour tout non-Américain a suscité un vent d’angoisse. Reste à voir si OpenAI et Mistral AI, qui peut capitaliser sur son ADN européen, retrouveront les faveurs des entrepreneurs de l’incubateur dans les prochains mois.

Voici donc pour la cartographie de Station F à l’aube de sa dixième année. En juin 2027, le campus fêtera donc les dix ans de son inauguration en grande pompe par Emmanuel Macron alors fraîchement élu. Et la perspective de l’élection présidentielle en mai prochain inquiète quelque peu les entrepreneurs de Station F. Les fondateurs sont davantage préoccupés par une éventuelle victoire de l’extrême-droite (47 %) qu’un succès de l’extrême-gauche (24 %). Seuls 3 % sont préoccupés par une potentielle victoire du centre-droit, qui s’inscrirait dans la lignée du macronisme.

«Il n’y a pas le temps de s’ennuyer»

Malgré ces inquiétudes, Roxanne Varza reste optimiste pour l’avenir. «Je suis très confiante, quel que soit le résultat. L’écosystème est très solide», estime-t-elle. Après avoir dirigé le campus pendant dix ans (et même davantage puisqu’elle a pris part au projet dès 2015), cette figure de l’écosystème français pourrait être lassée et avoir des envies d’ailleurs. Il n’en est rien. «Peut-être que je devrais m’inquiéter, mais je m’éclate ! L’écosystème bouge tellement vite, il n’y a pas le temps de s’ennuyer», lance avec enthousiasme Roxanne Varza.

«Je me souviens du lancement de Station F. Cela marquait une transition pour la France avec une superbe décennie pour l’entrepreneuriat. Maintenant, le défi est de basculer vers une domination mondiale pour les dix prochaines années. Et entre les États-Unis et la Chine, je pense qu’il faudrait que Station F puisse être l’un des acteurs clés pour piloter la trajectoire européenne», ajoute-t-elle. C’est avec cette ambition que la Californienne, née dans le berceau de la «Silicon Valley» à Palo Alto, se tourne vers les dix ans du plus célèbre des incubateurs européens.