Déjà agréée comme société de financement par l'ACPR depuis 2023, Defacto veut franchir un nouveau cap en déposant officiellement une demande d’agrément bancaire à l’échelon européen. “À notre connaissance, avec Revolut et Qonto, nous sommes les seuls à solliciter actuellement un tel agrément auprès de l’ACPR et de la BCE”, explique Charlotte Gounot, la Directrice Générale Déléguée de Defacto.
Cette fintech française fondée en 2021 par Jordane Giuly, Morgan O'Hana et Marc-Henri Gires s'est spécialisée dans le financement du besoin en fonds de roulement (BFR) des PME : avance de factures, paiement fournisseurs, crédit flexible à six mois, carte de crédit, etc. Au total, elle propose six produits, accessibles en direct sur son site, via des intégrations API dans des plateformes comme Qonto ou Malt ou un réseau de partenaires prescripteurs (experts-comptables, DAF à temps partiel). Depuis fin 2024, Defacto propose aussi une plateforme de "lending-as-a-service" à destination des banques : une solution adoptée par Société Générale, notamment.
Là où d'autres acteurs du financement se sont développés sans agrément bancaire, Defacto a fait le choix inverse dès le départ. La startup est agréée comme société de financement par l'ACPR depuis 2023, un statut qui l'assujettit aux mêmes exigences prudentielles que les établissements de crédit : gestion du bilan, fonds propres, liquidité et mise en place de dispositifs de gestion des risques.
20 000 PME financées en 5 ans, 1,5 milliard prêté
Ce cadre, contraignant à court terme, lui a ouvert des portes inaccessibles à ses concurrents, comme le marché de la titrisation, qui lui permet d’accéder à des sources de refinancement moins coûteuses en cédant ses créances à des investisseurs institutionnels. “Sur notre marché du crédit, quand on n'a pas d'agrément, soit on n'arrive pas à accéder à du refinancement, soit on opère structurellement avec une marge négative. Et généralement, ça coince au moment de la série A ou de la série B”, détaille Charlotte Gounot. Un pionnier du secteur comme Finexkap, liquidé en 2022, en a ainsi fait les frais.
Grâce à cette approche, Defacto a financé en 5 ans plus de 20 000 PME pour un volume cumulé de 1,5 milliard d'euros. Le tout “en approchant de la rentabilité” comme le souligne la dirigeante. Une performance rendue possible par un recours intensif à l'IA et à la data : grâce à un modèle de scoring propriétaire et à l'automatisation de l'ensemble de la chaîne de valeur, la fintech affiche une efficience opérationnelle quatre fois supérieure à celle des banques traditionnelles, avec moins de 30 salariés.
"L'IA est au cœur de notre modèle de crédit, de notre scoring, de notre façon de construire des produits. Mais l'IA ne remplace pas un agrément, ni des années de mise en place d'un cadre sain. Dans le crédit, innovation et compliance vont de paire", résume Jordane Giuly, co-fondateur et CEO de Defacto.
Cap sur l’Allemagne et la Belgique
Déjà, 5 à 6% des clients de Defacto sont d’origine étrangère : ils sont arrivés par le bouche-à-oreille, la fintech ne pouvant pas communiquer sur son offre hors de l’Hexagone, pour l’instant. Le nouvel agrément, espéré d'ici mi-2027, pourrait tout changer.
Sous réserve d'obtenir cet agrément européen, Defacto ciblera alors la Belgique et l'Allemagne en priorité : deux marchés jugés comparables à la France en termes de délais de paiement interentreprises et de culture de l'affacturage. La facturation électronique obligatoire, en cours de déploiement dans plusieurs pays européens, constitue également un contexte favorable à son modèle.
La Directrice Générale Déléguée de Defacto se montre plutôt confiante sur le processus initié auprès de l’ACPR et de la BCE : elle estime qu’en tant que société de financement, Defacto a déjà 95% du corpus réglementaire en place, alors qu’un acteur comme Qonto, qui n’a que le statut d'établissement de paiement agréé par l'ACPR, part de plus loin pour ce qui a trait à la gestion bilancielle.
Pour préparer cette expansion, le comité de surveillance de la startup a aussi récemment accueilli deux nouvelles recrues : Alain Demarolle, ex-président de LCH Clearnet et MyMoney Bank, et Nicolas Benhamou-Rondeau, vingt ans chez Société Générale, Citi et AXA.