«Getaround, c'est un groupe américain qui a été lancé en 2009 à San Francisco. Mais l'histoire a commencé à peu près au même moment aussi de l'autre côté de l'Atlantique.» D’entrée de jeu, Marie Reboul, l’ex-VP marketing de Meero, qui dirige maintenant la branche européenne de Getaround, rappelle que la French Tech comptait un pionnier de l’autopartage avec Drivy. Pour rappel, la pépite française avait été rachetée en 2019 par la société californienne pour 300 millions de dollars. Un exit qui avait fait sensation à l’époque et qui avait permis à Getaround de s’offrir un sacré coup d’accélérateur sur le Vieux Continent.
L’accélération a été telle depuis le rachat de Drivy que le groupe américain a finalement décidé de concentrer exclusivement ses forces sur le marché européen l’an passé. «C’est un marché qui perdait beaucoup d'argent et qui ne s'est jamais vraiment relevé de la pandémie. Dans le même temps en Europe, l'activité explosait. Donc nous avons décidé de fermer le marché américain pour se recentrer sur les opportunités de croissance en Europe», explique Marie Reboul. Une entreprise américaine qui stoppe ses activités aux États-Unis pour miser sur l’Europe, c’est assez rare pour être souligné. Les fervents défenseurs de l’attractivité de la tech européenne ont certainement apprécié ! Conséquence quasi-immédiate de cette sortie du marché américain pour le groupe californien : il a atteint la rentabilité dès avril 2025.
L’Europe plus attractive que les États-Unis… pour un groupe américain !
Si Getaround a toujours son siège social à San Francisco et qu’Eduardo Iniguez, qui a succédé en octobre 2024 au patron historique Sam Zaid, est aux manettes de l’entreprise américaine, c’est bel et bien depuis Paris que Marie Reboul pilote le développement de la société en Europe depuis quelques mois. Sur le Vieux Continent, Getaround revendique 1,2 million d’utilisateurs actifs dans six pays (France, Belgique, Norvège, Espagne, Allemagne et Autriche) et un parc de 50 000 véhicules actifs. Depuis que la société américaine opère en Europe, ce sont plus de 7 millions de locations qui ont effectuées via sa plateforme, dont plus de 700 000 en 2025.
La bonne santé de Getaround en Europe s’explique notamment par la manière dont les villes européennes se réinventent autour des modalités douces et des transports en commun, quand la grande majorité des villes américaines ont été pensées autour de la voiture, ce qui freine les usages collaboratifs autour de cette dernière. «Il y a un mouvement assez profond de la part des villes qui consiste à repenser la place de la voiture dans la ville et à chercher plutôt à offrir des options de mobilité qui sont flexibles, souples et à la demande», confirme Marie Reboul.
De plus, l’inflation qui étouffe le pouvoir d’achat favorise les usages collaboratifs comme le covoiturage et l’autopartage. Avec le carburant, le stationnement, les péages et l’entretien, une voiture peut en effet rapidement devenir un gouffre financier pour les ménages européens. Aujourd’hui, Getaround collabore étroitement avec une quinzaine de métropoles européennes, comme Paris, Marseille ou encore Oslo.
«Il y a une opportunité énorme devant nous»
Si l’activité européenne de Getaround se porte bien, comme en témoignent ses plus de 300 000 nouveaux inscrits engrangés sur les six derniers mois de l’année 2025, Marie Reboul est consciente du chemin qu’il reste à parcourir pour démocratiser davantage l’autopartage. «L’autopartage, c'est une catégorie assez récente. En fait, tout le monde n'est pas au courant qu'il peut louer la voiture de son voisin. Mais il y a une opportunité qui est énorme devant nous», estime la Française.
Selon une étude de l’Ademe, une voiture en autopartage permet de remplacer entre 5 à 8 véhicules individuels, De quoi offrir un joli coup de projecteur à l’entreprise américaine alors que le gouvernement a récemment lancé un grand plan pour doper le recours à l’autopartage avec l’objectif d’avoir 70 000 voitures en autopartage dans l’Hexagone d’ici 2031, contre 14 000 à l’heure actuelle. Une bonne chose pour le climat dans l’optique de continuer à réduire les émissions de CO2… et aussi pour les propriétaires de voitures qui se mettent à l’autopartage. En effet, Getaround indique avoir reversé près de 60 millions d’euros à ceux qui louent leur véhicule sur la plateforme.
Webedia, Pinterest et Meero comme rampes de lancement pour Marie Reboul
Pour continuer à placer l’entreprise américaine sur l’autoroute de la croissance, Marie Reboul peut s’appuyer sur l’expérience engrangée au sein de Webedia, Pinterest et Meero où elle a pris à chaque fois les commandes du marketing. «Les modèles de plateforme et de place de marché, je les ai pas mal expérimentés. A chaque fois, je me suis retrouvé dans des phases clés du développement de ces plateformes qui sont toutes un peu pionnières dans leur domaine, qui ont des grandes communautés en ligne et qui proposent des services qui sont assez différents de ce qui existe déjà sur le marché», observe-t-elle.
A la suite de ces expériences, Marie Reboul a débarqué en 2021 chez Getaround, où elle a rapidement grimpé les échelons. Elle est ainsi arrivée dans l’entreprise en tant que VP en charge du marketing et de la communication pour l’Europe où elle a joué un rôle clé pour améliorer la visibilité de la marque sur le marché européen. Trois ans plus tard, elle a été promue en novembre 2024 au poste de General Manager Europe de Getaround, dès son retour de congé maternité, pour faire monter en puissance Getaroud sur le Vieux Continent et accélérer l'adoption de l'autopartage en Europe.
De VP Marketing à CEO Europe en 4 ans
A l’entame de l’automne 2025, elle a vu ses responsabilités étoffées en étant nommée CEO Europe, qui est dorénavant le seul marché où la société opère. «Le marketing a toujours été très au cœur des revenus et tous les postes où j'ai été ont toujours été très proches du business, donc c'était une évolution assez naturelle de devenir directrice générale ici en 2024, puis de passer CEO quand on s'est recentré sur l'Europe en 2025», indique Marie Reboul. «Néanmoins, il est clair qu'en quatre ans l'entreprise a changé de taille et connu différentes phases. S’intégrer avec les États-Unis, redevenir plus européen… Il y a eu des mouvements différents, donc je peux pas dire que ça a été un fil rouge tracé depuis le départ, ce serait mentir», concède-t-elle bien volontiers.
Après une année 2025 marquée par ce recentrage en Europe, Marie Reboul se montre optimiste pour l’avenir. Elle nourrit notamment des ambitions pour l’offre B2B de la société, «Getaround for Business», qui «se développe assez fortement», selon elle. Elle mise aussi sur l’engouement pour les vans et les camping-cars pour doper l’activité de l’entreprise sur le Vieux Continent. Et si aucune offre d’abonnement n’a encore été lancée, Marie Reboul indique réfléchir à cette perspective. Après les contenus divertissants avec Netflix et Spotify, la voiture va-t-elle basculer à son tour dans l’ère de l’abonnement ? Toutes les planètes semblent s’aligner dans ce sens en Europe et Getaround espère bien tirer profit de ce changement de paradigme sur le segment de l’autopartage.