Depuis plus de trois ans et la sortie de ChatGPT, l’intelligence artificielle affole les compteurs. Cela se voit de plus en plus dans les usages, mais aussi et surtout dans les valorisations attribuées par le marché aux leaders du secteur. Si OpenAI, qui songerait à lancer des écouteurs connectés dopés à ChatGPT, en est désormais à un demi-milliard de dollars de valorisation, ce qui en fait la startup la mieux valorisée au monde, ce n’est rien à côté des valorisations des poids lourds du secteur cotés en Bourse.
Ainsi, Nvidia ne cesse de grimper vers des sommets inédits avec ses puces dédiées à l’IA qui connaissent un succès retentissant depuis deux ans. En octobre dernier, la société de l’emblématique Jensen Huang est même devenue la première entreprise de l’histoire à franchir le cap symbolique des 5 000 milliards de dollars de capitalisation boursière à Wall Street. Mais le mastodonte californien n’allait pas tarder à «déchanter» quelques jours plus tard avec les avancées majeures d’une autre entreprise bien connue de la tech : Google.
Les TPU, l'arme fatale de Google ?
Et pour cause, la firme de Mountain View s’est distinguée en novembre en annonçant avoir entraîné ses grands modèles d'intelligence artificielle (LLM) à l'aide de ses propres processeurs TPU (Tensor Processor Units), dont Gemini 3, qui a fait sensation lors de sa sortie, notamment avec son générateur d’images Nano Banana qui s’est révélé particulièrement bluffant. Un temps en retard dans la course à l’IA, Google a mis le bleu de chauffe en 2025 pour venir challenger OpenAI, qui pensait avoir plusieurs longueurs d’avance dans la course aux LLM.
Non seulement, Google s’est montré largement capable de rivaliser avec l’entreprise de Sam Altman, mais aussi de devenir une menace pour l’autre entreprise phare de l’IA : Nvidia. Par conséquent, la filiale d’Alphabet pourrait inonder le marché avec ses TPU et devenir un sérieux concurrent du groupe de Jensen Huang, qui contrôle plus de 80 % du marché des puces pour IA à l’heure actuelle.
Une menace à nuancer cependant pour l’instant, puisque Nvidia enchaîne les trimestres avec des bénéfices XXL (en hausse de 65 % sur un an) et s’est imposé comme un acteur indispensable pour construire l’infrastructure IA. L’an passé, Jensen Huang n’a d’ailleurs cessé d’insister sur la nécessité de construire des «AI Factories» pour répondre à la demande mondiale en matière d’IA. Des structures qu’il juge aussi critiques que des centrales nucléaires, elles aussi indispensables pour alimenter les data centers qui font tourner les LLM. Le fameux serpent qui se mort la queue…
Apple choisit Gemini pour Siri
Bref, les TPU de Google ont ouvert une nouvelle voie, mais les acteurs intéressés par ces puces très efficaces et moins chères que Nvidia ne peuvent pas changer de fournisseur du jour au lendemain. Remplacer les puces de Nvidia coûterait du temps et surtout de l’argent. Surtout que Nvidia a profité du CES de Las Vegas la semaine passée pour remettre un coup d’accélérateur en annonçant la mise en production d’une toute nouvelle machine d’entraînement pour IA appelée «Vera Rubin». Il s’agit d’un supercalculateur composé de six différentes puces, dont le nouveau processeur CPU Nvidia Vera et la toute nouvelle carte graphique (ou GPU) Rubin.
La réponse du marché face à l’arrivée de ce nouveau supercalculateur sera donc intéressante à observer alors que Google enchaîne les coups de force, dont un nouveau contrat de plusieurs «dizaines de milliards de dollars» avec Anthropic et surtout un partenariat avec Apple pour fournir à la marque à la pomme son IA Gemini pour améliorer l'assistant vocal Siri. Cette dernière alliance permettra ainsi à Google de voir son IA distribuée sur plus de 2 milliards d’appareils (iPhone, Mac, iPad, Apple Watch…) de la firme de Cupertino.
Tous les voyants sont donc au vert pour Google, qui vient de devenir la quatrième entreprise de l’histoire à franchir le cap des 4 000 milliards de dollars de capitalisation boursière à Wall Street, après Apple, Microsoft et Nvidia. Mais le groupe de Jensen Huang a encore de la marge avec une capitalisation boursière qui tourne autour des 4 500 milliards de dollars.
La guerre des étoiles dans l’IA est encore très loin d’être finie…