A travers sa Stratégie Industrielle Moderne publiée en 2025, le Royaume-Uni s’est fixé une feuille de route à 10 ans, autour d’un objectif clé : positionner le pays comme la destination mondiale de choix pour l'investissement et le développement dans le secteur industriel.
Dans ce plan, le gouvernement britannique a fait un choix assumé : concentrer ses efforts sur huit secteurs à fort potentiel, qui représentent 32% du PIB national. Parmi eux, le secteur de la fabrication avancée (“Advanced Manufacturing”), qui inclut notamment l’aérospatiale, les matériaux avancés, les batteries ou encore l’automobile, figure en bonne place.
Pour la période 2025-2026, ce sont déjà pas moins de 20,4 milliards de livres qui ont été engagés afin de renforcer l'écosystème d'innovation et les capacités industrielles du pays dans ces domaines.
500 millions de livres pour le “R&D Missions Accelerator Programme”
Cette enveloppe se décline en plusieurs programmes ciblés : 500 millions de livres pour le “R&D Missions Accelerator Programme”, destiné à relever les défis industriels nationaux, jusqu'à 500 millions pour le “Local Innovation Partnerships Fund” qui vient soutenir les acteurs régionaux et 29 millions de livres par an jusqu'en 2030 pour encourager l'adoption du numérique dans l’industrie, via le programme “Made Smarter Innovation”.
Des sujets spécifiques bénéficient également d'enveloppes dédiées : 4,3 milliards de livres sur cinq ans pour encourager l'innovation, l'automatisation, la numérisation et la commercialisation, 2 milliards pour l'automobile (véhicules zéro émission, batteries et chaîne d'approvisionnement,...), 2,3 milliards via l'Aerospace Technology Institute pour les technologies aérospatiales énergétiquement efficientes à partir de 2025 et jusqu'en 2035, et 200 millions pour le programme d'innovation agricole destinée à développer l’Agri-Tech.

Safran y ouvre sa première entité de recherche hors de France
L'attractivité de l'écosystème britannique sur ces sujets se vérifie notamment avec l'annonce récente de Safran, désormais troisième acteur de l'aérospatial civil au Royaume-Uni. En effet, en décembre 2025, le groupe français a créé Safran Tech UK, sa première entité de Recherche & Technologie hors de France.
"Le lancement de Safran Tech UK, notre première entité de recherche hors de France, reflète notre ambition de faire du Royaume-Uni un catalyseur d'innovation pour la décarbonation de l'aviation", explique Olivier Andriès, directeur général de Safran. "En tant que troisième acteur de l'aérospatial civil au Royaume-Uni, nous sommes fiers de contribuer à la vitalité de l'industrie du pays et de son écosystème de recherche." Safran emploie désormais plus de 5 500 personnes sur 14 sites britanniques, pour un chiffre d'affaires annuel de 1,5 milliard de livres.
Cette nouvelle entité, Safran Tech UK, se concentrera sur deux domaines stratégiques : l'électrification des systèmes de propulsion et d'actionnement pour les avions de nouvelle génération, et les matériaux composites haute performance.

Schneider Electric investit 42 millions de livres dans le North Yorkshire
Un autre grand groupe français se montre tout aussi ambitieux outre-Manche : Schneider Electric, spécialiste mondial de la gestion intelligente de l’énergie et de l’automatisation.
En septembre 2025, Schneider a officiellement ouvert sa nouvelle usine ‘Net Zéro’ à Scarborough, qui créera plus de 200 emplois, afin de répondre à la demande croissante d'équipements électriques destinés à la transition énergétique britannique, incluant les énergies renouvelables, les véhicules électriques et les bâtiments intelligents et économes en énergie.
Lors de cette annonce, Jonathan Reynolds, secrétaire au Commerce et aux Affaires, a salué cet investissement massif qui fait écho à l’"engagement [du Royaume-Uni] à devenir une superpuissance de l'énergie propre est inébranlable”, avant d’ajouter que “des investissements comme celui-ci dans le North Yorkshire contribuent énormément à renforcer le Royaume-Uni en tant que leader en gestion de l'énergie et automatisation."
La présidente de Schneider Electric UK a également déclaré : « Le secteur manufacturier britannique est essentiel au développement des infrastructures du pays. Face à une demande d'électricité qui devrait atteindre des niveaux records, notre site de Scarborough, fort de son expertise du Yorkshire, nous confère l'envergure et la réactivité nécessaires pour répondre rapidement aux évolutions du marché et accompagner la transition énergétique du Royaume-Uni, et au-delà. En renforçant notre présence locale, nous collaborons encore plus étroitement avec nos clients pour leur offrir un avenir décarboné et résilient. »
Un vivier de talents qualifiés
Parmi les arguments de nature à séduire les investisseurs internationaux comme Safran et Schneider Electric, la qualité du bassin de talents figure en bonne position. En effet, le secteur industriel britannique emploie d’ores et déjà 2,6 millions de personnes, alors que le pays est très bien positionné dans les classements mondiaux en matière de qualité universitaire et de compétences globales, comme celui de l’Insead. Autre facteur d’attractivité : en moyenne, le coût salarial de base est 29% moins élevé qu'en Allemagne pour un ingénieur et 17% moins cher qu'en France.
En outre, le Royaume-Uni comptait 1,32 million d'étudiants dans le secteur des “STEM” (“Science, Technology, Engineering, Mathematics”) en 2023-24. Afin de pérenniser cet avantage compétitif et anticiper les évolutions technologiques, la “National Manufacturing Skills Taskforce” coordonne les efforts pour garantir que le secteur industriel dispose des talents nécessaires pour mener la prochaine phase d'innovation technologique, tandis que des centres d’excellence ont été constitués. C’est le cas notamment du “High Value Manufacturing Catapult”, dédié à l'accélération de l'innovation dans l’industrie, qui rassemble plus de 3 700 des meilleurs ingénieurs, scientifiques et techniciens du pays.
En parallèle, des initiatives comme le “Skills Bootcamps” et les “Industry Pathfinders”, des programmes de formation flexible dispensés par les Instituts de Technologie, proposent des parcours de montée en compétences adaptées aux besoins des industriels.
Un environnement attractif pour la R&D
Sur le plan fiscal, l'environnement britannique se révèle tout aussi compétitif : en particulier, le taux d'imposition sur les sociétés, fixé à 25%, est le plus bas du G7 européen. Quant aux entreprises spécialisées en R&D, elles bénéficient d’un taux d'imposition réduit de 19%. En plus, les entreprises innovantes bénéficient aussi du dispositif du “Patent Box”, qui réduit le taux d'imposition sur les profits issus de brevets.
Enfin, pour faciliter l'investissement, le gouvernement britannique a créé en 2020 l'”Office for Investment” qui aide et accompagne les investisseurs internationaux et domestiques. Ce guichet unique offre des services personnalisés : analyse de marché, aide à la recherche de co-financement, mise en relation avec des partenaires, plaidoyer auprès des autorités, et suivi post-investissement.
Le service commercial de l’Ambassade du Royaume-Uni à Paris accompagne les entreprises françaises dans leur projet d’implantation. Cliquez ici pour en savoir plus.