Créée en 2014, Lita s’est imposée comme une plateforme de référence pour le financement participatif dédiée aux entreprises à impact. Plus de 45 000 citoyens ont investi via la plateforme dans des projets liés à la transition écologique et sociale.

En 2024, le groupe a crée Lita Gestion et a lancé un premier fonds professionnel de capital-investissement, Lita Sobriété Juste, classé article 9 au sens du règlement européen SFDR. « L’idée était de se doter d’un outil complémentaire à l’activité de financement participatif pour gagner en puissance », explique Louise Swistek, directrice de Lita Gestion.

Ancienne d’Inco Ventures, où elle a participé à la création et à la gestion de plusieurs véhicules à impact, Louise Swistek a rejoint Lita il y a deux ans pour structurer la société de gestion. « Les besoins en capitaux pour financer une économie socialement et écologiquement responsable sont énormes. Cela nécessite de réunir des investisseurs privés, des institutionnels et des citoyens », poursuit-elle.

Passer du participatif au capital-investissement

Le modèle repose sur un mécanisme de co-investissement. Lorsque Lita se positionne sur un tour de table, par exemple à hauteur de 2 millions d’euros, le fonds s’engage sur le montant total. Une partie est ensuite proposée aux citoyens sur la plateforme, dans les mêmes conditions financières. Si la levée auprès des particuliers n’atteint pas le montant visé, le fonds complète. « On signe pour 2 millions. Si nous ne levons que 500 000 euros auprès des citoyens, le fonds mettra 1,5 million. Il n’y a pas d’incertitude pour les autres investisseurs », précise Louise Swistek.

Ce dispositif permet à Lita de participer à des tours plus importants, notamment en série A ou sur des PME industrielles, là où l’incertitude liée au montant levé via une plateforme pouvait compliquer la structuration des tours.

Lita Sobriété Juste vise une taille comprise entre 50 et 60 millions d’euros. Un premier closing de 30 millions d’euros a été réalisé en juin 2025. Le fonds a jusqu’à juin 2027 pour atteindre sa taille cible. Parmi les investisseurs figurent notamment le Fonds européen d’investissement et Mirova, ainsi que des family offices et des business angels.

Le fonds investit en minoritaire avec des tickets compris entre 1 et 5 millions d’euros, en seed, en série A et dans des PME en croissance. « L’idée n’est pas d’avoir quinze participations dont cinq réussissent et dix s’effondrent. Nous voulons construire un portefeuille équilibré et accompagner les entreprises sur le long terme », insiste Louise Swistek.

L’impact avant tout : sobriété et justice social

La thèse repose sur deux piliers. La sobriété, entendue comme la transformation des modes de production et de consommation dans le respect d’un plafond environnemental, et la justice sociale, qui renvoie à la création d’emplois de qualité, au partage de la valeur et à l’utilité des biens et services financés.

Trois secteurs structurent la stratégie d’investissement. Les énergies durables et les industries décarbonées, notamment les nouveaux matériaux, l’agriculture et l’alimentation durables sur l’ensemble de la chaîne de valeur, et enfin, la consommation responsable et les nouveaux usages.

Le premier investissement concerne Cellulopack, PME basée dans le sud-ouest, spécialisée dans les emballages en cellulose moulée en substitution du plastique. Lita finance de nouvelles machines afin d’augmenter les capacités de production. « Il est important pour nous de soutenir des entreprises industrielles dans les territoires, qui relocalisent et décarbonent », souligne Louise Swistek. Un second investissement, dans une startup industrielle, doit être annoncé prochainement.

Lita Gestion met en avant un dispositif d’alignement autour de l’impact. Chaque participation fait l’objet d’une feuille de route assortie d’indicateurs précis. Le déclenchement du carried interest est conditionné à l’atteinte d’un seuil agrégé d’objectifs d’impact. « Si nous atteignons la performance financière mais pas nos objectifs sociaux ou environnementaux, le carried est reversé à une organisation à but non lucratif », précise la directrice.

Principalement investi en France, avec un minimum de 70 % des montants déployés sur le territoire, le fonds peut également intervenir dans d’autres pays de l’Union européenne, notamment au Benelux, en Espagne ou en Allemagne.

À terme, Lita Gestion pourrait lancer d’autres véhicules sur des thèses ou classes d’actifs complémentaires. « Maintenant que l’outil existe, nous pouvons imaginer d’autres fonds, en conservant cette logique de co-investissement entre fonds et citoyens », conclut Louise Swistek.