Aucun passage chez les VCs. Aucune publicité dans les médias. Et pourtant, 150 000 clients et plus de 20 millions d’euros de revenus récurrents. En cinq ans, Tom Wilner a construit Protected à rebours des standards de la startup tech. Seul aux commandes, sans levée de fonds, il s’est attaqué à un marché encore peu structuré : la cybersécurité pour les particuliers. “L'idée, c'était de démocratiser la cybersécurité d'un point de vue technique et du point de vue du prix, pour la rendre accessible au plus grand nombre”, explique-t-il.
Plutôt que de proposer un simple antivirus ou un VPN, Protected mise sur une approche plus globale, qu’elle qualifie de “cybercare”. Derrière ce terme, la startup agrège plusieurs briques existantes dans une expérience unifiée : des solutions issues d’éditeurs comme NordVPN, Bitdefender ou F-Secure, une assistance humaine disponible 24h/24, et une couverture assurantielle, notamment via Groupama. L’objectif est de couvrir l’ensemble du cycle de risque, avant, pendant et après un incident.
À ce jour, Protected revendique plus de 20 000 interventions réalisées : 20 % concernent la fraude et le phishing, un tiers l’accompagnement des utilisateurs, et un tiers des cas de piratage.
Un modèle B2B2C taillé pour la rentabilité
Le véritable différenciateur de Protected réside dans son modèle. La startup n’acquiert quasiment aucun client en direct. Elle s’appuie sur un réseau d’une centaine de partenaires, parmi lesquels des opérateurs télécoms comme SFR ou Bouygues Telecom, des comparateurs comme Selectra, mais aussi des énergéticiens, des banques ou des assureurs.
Le service est intégré au moment de l’achat d’un produit ou d’un abonnement, transformant la cybersécurité en extension du parcours client. Ce modèle B2B2C permet à Protected de croître sans dépenses marketing significatives, en s’appuyant sur les bases clients de ses partenaires.
Proposée à partir de 6,99 euros par mois, l’offre de Protected repose sur un modèle d’abonnement. Pour 2025, l’entreprise revendique un chiffre d’affaires annuel récurrent supérieur à 20 millions d’euros, avec une croissance à deux chiffres et un Rule of 40 respecté, indicateur qui combine croissance et rentabilité. Un niveau de performance encore rare pour une entreprise bootstrappée, a fortiori pilotée par un solo-founder.
Cap sur l'Europe
Protected a d’abord testé son modèle en Belgique, avant de s’étendre à l’Italie, puis à l’Espagne. « Le comportement des utilisateurs est très similaire d’un pays à l’autre. Le besoin de protection est universel », estime Tom Wilner. L’objectif est désormais d’atteindre un million de clients d’ici 2030 et de s’imposer comme un acteur de référence du “cybercare” en Europe.
L’entreprise compte aujourd’hui une cinquantaine de collaborateurs et prévoit d’augmenter ses effectifs de plus de 25 % en 2026. Aucune levée de fonds n’est à l’ordre du jour. La croissance est, pour l’instant, entièrement autofinancée. « Notre trajectoire est sécurisée. Mais nous saurons être opportunistes si des opportunités se présentent. » Reste à savoir si ce modèle, fondé sur la distribution indirecte et la maîtrise des coûts, pourra tenir à grande échelle sans compromis sur la qualité de service. C’est là que Protected jouera sa prochaine étape.