Doctrine s’apprête à changer de mains. Trois ans après son rachat par le fonds américain Summit Partners, la legaltech française, souvent présentée comme le “Google du droit”, entre en négociations exclusives avec RELX, groupe britannique, propriétaire de LexisNexis, un des principaux concurrents de la société tricolore.
Le montant de l’opération n’a pas été communiqué. Il devrait toutefois dépasser les 120 millions d’euros déboursés par le fonds d'investissement américain Summit Partners en 2023 pour acquérir 70 % du capital. Selon La Lettre, la maison mère de Doctrine serait aujourd’hui valorisée autour de 300 millions d’euros, avec un revenu annuel récurrent (ARR) estimé entre 50 et 60 millions d’euros. La startup revendique avoir triplé ses revenus en trois ans et affiche une croissance annuelle supérieure à 50 % sur les douze derniers mois.
“Pour Summit Partners, c’était l’heure de sortir. Les synergies avec RELX sont fortes, surtout à l’heure où l’IA accélère dans le monde du droit. Tous les juristes du monde peuvent désormais devenir nos partenaires, en droit civil comme en common law", se félicite Guillaume Carrère, CEO de Doctrine.
D’adversaires à acquéreurs
L’opération a une dimension presque ironique. En 2020, plusieurs acteurs historiques de l’édition juridique, dont LexisNexis, avaient assigné Doctrine en justice pour concurrence déloyale, publicité trompeuse et parasitisme. Déboutés en première instance, ils avaient obtenu en appel une condamnation partielle de la startup. Quelques années plus tard, l’un de ces adversaires s’apprête donc à mettre la main sur la société. “Le contentieux fait partie de la vie des affaires. Cette histoire appartient désormais au passé”, assure Guillaume Carrère, qui voit dans ce rapprochement une validation du positionnement de Doctrine.
Fondée en 2016, Doctrine s’est rapidement imposée comme un acteur clé de la legaltech en Europe, en s’attaquant aux géants historiques comme Dalloz, Lexbase ou Lextenso. Après une première levée de 10 millions d’euros auprès de Kima Ventures, Otium et Frst, la startup a progressivement gagné des parts de marché grâce à ses outils de recherche et d’analyse juridique dopés à l’IA.
Quelle place pour Doctrine dans le groupe RELX ?
Ces dernières années, elle a accéléré sa stratégie de croissance externe. En février, elle a notamment racheté son concurrent espagnol Maite.ai, signant sa cinquième acquisition en trois ans, après Legaltile, Jobexit, Dejure et Predictice. Doctrine revendique aujourd’hui 26 000 clients dans cinq pays européens et plus de 260 collaborateurs. Ce rapprochement avec RELX s’inscrit dans une dynamique plus large de consolidation du marché de l’IA juridique, où la capacité à agréger des données massives et à entraîner des modèles performants devient déterminante. "Notre ambition est claire : construire un leader mondial de l'IA juridique, et avec un partenaire comme le groupe RELX, nous changeons de dimension".
Reste une inconnue : le devenir de Doctrine au sein de RELX. La startup conservera-t-elle son indépendance ou sera-t-elle progressivement intégrée à l’écosystème LexisNexis ? “Le plan n’est pas figé, mais il n’y aura pas de suppression de postes”, assure Guillaume Carrère, qui indique rester CEO de l’entreprise à ce stade.