Mettre un pied au Royaume-Uni, c’est généralement une décision structurante dans la vie d’une startup. Mais une telle implantation ne s’improvise pas, et c’est précisément ce que montrent les quatre épisodes de “Cap sur le Royaume-Uni”. Que ce soit dans la Fintech, les sciences de la vie, les industries créatives ou la tech BtoB, entrepreneurs et investisseurs s'accordent sur un même constat : le Royaume-Uni agit comme un accélérateur si on l'aborde avec méthode.
“Une vraie crédibilité internationale”
Dans le premier épisode consacré à la Fintech, Marion Aubert, cofondatrice de WeeFin, spécialiste de la finance durable, met ainsi l’accent sur la maturité du marché britannique. Ce marché représente environ 45% des actifs européens sous gestion. Mais au-delà de la taille du marché, Londres apparaît surtout comme un véritable hub international, capable de connecter rapidement une fintech française à des clients, des associations professionnelles, des talents et des investisseurs. Des arguments clés pour une startup qui s’adresse aux banques, assureurs, gestionnaires d’actifs et fonds de pension.
En contrepartie, cette maturité se traduit par une exigence forte : les entreprises britanniques attendent des preuves, des résultats, des produits robustes et une exécution rapide. Pour Marion Aubert, cet état d’esprit oblige les entreprises françaises à adapter leur discours commercial : “Il faut que ce soit chiffré. Il faut des preuves. Ils ont besoin de data, de tangibles pour comprendre ce qu’apporte le produit.”
Stéphane Dehaies, directeur général de Spendesk Financial Services, souligne pour sa part un autre avantage décisif : le cadre réglementaire. La Financial Conduct Authority (FCA) a instauré un environnement favorable à l'expérimentation dans le domaine de la Fintech. Le Consumer Duty, notamment, impose aux entreprises financières d'agir dans l'intérêt de leurs clients, ce qui se traduit concrètement par une amélioration continue des produits. "Cela vous donne une vraie crédibilité internationale", résume-t-il.
"Comprends exactement pourquoi tu y vas et pourquoi"
Dans la biotech et la healthtech - sujets du deuxième épisode du podcast - le constat est presque similaire : le marché britannique est là aussi caractérisé par un écosystème établi et structuré de longue date.
C’est ce que décrit Maximilien Levesque, cofondateur et CEO d'Aqemia, une deep tech spécialisée dans la découverte de médicaments grâce à l’IA, qui a ouvert un bureau à Londres en 2025. Un tiers de ses 80 collaborateurs y travaillent désormais, non pas pour conquérir un marché, mais pour bénéficier d'un environnement scientifique unique. "Le Royaume-Uni, c'est un écosystème plus mature, plus gros, avec des talents expérimentés, habitués à mélanger des disciplines comme l'IA générative et la biologie", explique-t-il, en précisant que sa startup s'est installée dans le "Knowledge Quarter" londonien, à deux pas du Crick Institute, centre de recherche de renommée mondiale en biologie et sciences translationnelles.
Simon Turner, partenaire chez Sofinnova Partners, confirme également cet atout structurel : le "Golden Triangle" entre Cambridge, Oxford et Londres constitue une concentration unique de plateformes de données biologiques, d'universités d'excellence et d'entrepreneurs. Il pointe également un pont naturel avec les investisseurs américains, facilité par la proximité culturelle et juridique entre le droit britannique et le droit américain.
Pour se faire une place dans cet écosystème, Simon Turner a un conseil : "comprends exactement pourquoi tu y vas et pourquoi", tandis que Maximilien Levesque, lui, invite à ne pas se poser trop longtemps la question d’y aller. "C'est un boulevard d'opportunités", décrit-il.
“Ce sont les entreprises qui nous ont demandé de venir.”
Le Royaume-Uni occupe également une place particulière sur le marché des industries créatives et tout particulièrement celui des effets visuels, qui sont au cœur du troisième épisode du podcast. La capitale britannique concentre en effet des studios, des talents, des productions internationales, des dispositifs fiscaux et une histoire industrielle forte autour du cinéma, des séries et des effets spéciaux.
Pour The Yard VFX, l’un des premiers studios français d’effets spéciaux à s’être installé à Londres, l’implantation britannique répond à un recentrage de l’industrie internationale autour du pays. Laurens Ehrmann, fondateur et directeur créatif de The Yard VFX, l’explique notamment par l’évolution des crédits d’impôt pour les effets visuels et la capacité du Royaume-Uni à attirer de grands projets.
“Pouvoir proposer aux clients à la fois le crédit d’impôt français et à la fois le crédit d’impôt britannique, cela permet à nos clients de pouvoir un peu choisir où ils veulent dépenser leur budget,” explique Laurens Ehrmann. Mais l’attractivité britannique ne se résume pas à un dispositif fiscal. Elle tient aussi à la densité de l’écosystème. Grandes plateformes, studios internationaux, prestataires spécialisés, artistes expérimentés, écoles et sociétés de production cohabitent et collaborent en effet au sein d’un marché très structuré.
Pour l’école ARTFX, justement, l’ouverture d’une antenne à Londres répond à la volonté d’être au cœur de cet écosystème, en formant les talents directement au plus près du centre névralgique de ce secteur. Charles Chorein explique que la demande est d’abord venue des entreprises locales, confrontées à des difficultés pour recruter des profils venus de France. Au quotidien, la différence culturelle majeure qu'il observe tient à l'esprit d'équipe : "le marché anglo-saxon a une culture d'équipe plutôt qu'individuelle", constate-t-il.

“On ne peut pas devenir un leader BtoB sans conquérir les US et le UK”
Enfin, le quatrième épisode donne la parole à Édouard Beaucourt, Head of Revenue EMEA chez Pigment, et Jean-Baptiste Bouzige, CEO d’Ekimetrics. Tous deux décrivent très concrètement ce que représente le Royaume-Uni pour une entreprise tech française qui veut s’internationaliser.
De fait, pour Ekimetrics, Londres a été la première implantation internationale, dès 2013, avant même les États-Unis. “Londres présentait un très bon équilibre entre avoir une vraie proximité géographique, culturelle, et en même temps se confronter à un marché très concurrentiel, très mûr sur la MarTech,” se souvient son CEO.
Pour Pigment, licorne spécialisée dans la planification financière, le Royaume-Uni est aujourd’hui l’un des marchés les plus importants. L’entreprise y compte environ 50 à 60 collaborateurs, sur un total de plus de 500. “On ne peut pas devenir un leader BtoB sans conquérir les US et le UK,” estime Édouard Beaucourt.
Mais cette conquête suppose une véritable localisation : il ne suffit pas de vendre à distance depuis Paris. Sur les grands marchés européens, les clients attendent des preuves d’engagement local.“Si tu ne deviens pas un peu à un moment donné anglais, français ou allemand, si tu ne t’intègres pas à l’écosystème du pays, tu n’y arriveras pas,” ajoute-t-il.
Jean-Baptiste Bouzige insiste lui aussi sur les adaptations culturelles nécessaires, notamment dans la manière de vendre des solutions complexes autour de l’IA ou de la data. La culture anglo-saxonne est plus pragmatique, davantage orientée vers les hypothèses, les gains attendus et les preuves. “La culture anglo-saxonne est beaucoup plus pragmatique. On doit commencer par les hypothèses sur ce qu’on va faire gagner, etc., et ensuite apporter les preuves.” Là encore, le Royaume-Uni se montre un marché exigeant, mais formateur.
Réussir au Royaume-Uni, c’est donc démontrer sa capacité à servir des clients matures, dans un environnement fortement concurrentiel. Un signal puissant pour la suite, comme l’explique Stéphane Dehaies : “Quand vous avez démontré que vous pouvez réussir sur le marché britannique, vous pouvez vous lancer sur des marchés beaucoup plus complexes, beaucoup plus gros auprès de vos investisseurs et auprès de vos partenaires.”
Le service commercial de l’Ambassade du Royaume-Uni à Paris accompagne les entreprises françaises dans leur projet d’implantation. Cliquez ici pour en savoir plus.