A moins d’un an de la fin de son second quinquennat à l’Élysée, Emmanuel Macron veut poursuivre l’effort de guerre pour soutenir les filières quantique, électronique et semi-conducteurs. Dans ce cadre, le président de la République se déplace ce vendredi au Très grand centre de calcul (TGCC) du CEA, à Bruyères-le-Châtel, dans l’Essonne.
C’est l’occasion pour le chef de l’État de visiter Lucy, l’ordinateur quantique phonique installé au sein du TGCC, et surtout de faire des annonces pour fournir les moyens de leurs ambitions aux entrepreneurs, chercheurs et investisseurs de ces secteurs stratégiques pour la souveraineté technologique de la France et de l’Europe. Un déplacement pensé comme un Forum européen sur les technologies de calcul, du quantique et des semi-conducteurs, selon l’Élysée qui rappelle «la domination américaine» en matière de puissance de calcul et «la bascule du marché avec l’IA» sur le marché des semi-conducteurs.
Doper la commande publique dans le calcul quantique
Ainsi, Emmanuel Macron a décidé d’allouer une enveloppe supplémentaire d’un milliard d’euros au secteur quantique au travers du programme France 2030. Elle vient ainsi renforcer la stratégie nationale lancée en 2021 avec un ticket de 1,8 milliard d’euros sur la période 2021-2025. Ce plan initial avait été complété en 2021 par le programme Proqcima, doté de 500 millions sur cinq ans, pour soutenir la commande publique dans le calcul quantique, notamment pour répondre aux besoins croissants de défense face à la menace russe.
Après avoir assisté à l’émergence de champions comme Pasqal, Quandela, Alice & Bob, Quobly ou encore C12, l’exécutif accorde une rallonge d’un milliard d’euros pour monter notamment en puissance dans le calcul quantique. Dans ce cadre, cette enveloppe doit permettre d’accélérer le programme d’achats publics Proqcima sur la période 2026-2032 et de se tourner vers le co-financement de programmes européens pour l’acquisition de supercalculateurs. Soutenir le socle de recherche et de talents dans le secteur et investir dans les capteurs et communications quantiques sont les autres axes de ce milliard d’euros supplémentaire mobilisé par l’État.
Vers une coalition avec l’Allemagne pour le Quantum Act ?
Toujours dans le quantique, Emmanuel Macron appelle également accélérer sur Quantum Act, le futur cadre réglementaire actuellement en chantier à Bruxelles pour faire monter en puissance le secteur aux quatre coins de l’Union européenne. Dans ce cadre, le chef de l’État souhaite que la France travaille main dans la main avec l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et la Pologne pour introduire un programme européen massif d’achat public de supercalculateurs, conçus, fabriqués et opérés par des entreprises européennes, afin de se prémunir de toute législation extraterritoriale. «Il faut être beaucoup plus volontariste au niveau européen», estime l’Élysée.
Dans cette perspective, Emmanuel Macron plaide en faveur d’un emprunt européen sur la recherche et l’innovation pour que l’Europe soit davantage à la pointe sur les nouvelles technologies. Il appelle aussi les investisseurs privés à mettre davantage la main à la pâte et demande aux instituts de recherche comme le CEA, le CNRS ou encore l’Inria de constituer une coalition européenne de recherche et technologie. Cette dernière pourra s’appuyer sur les conclusions de la mission franco-allemande sur l’innovation de rupture, conduite par Bpifrance et l’Agence fédérale allemande pour l'innovation disruptive (Sprind), qui seront présentées à VivaTech, dont Emmanuel Macron est un fidèle visiteur depuis sa création il y a dix ans.
Le chef de l’État n’a pas seulement les supercalculateurs dans le viseur. Il pense également aux semi-conducteurs, au cloud ou encore aux gigafactories. Concernant ces dernières, Emmanuel Macron a sans doute apprécié de voir mercredi Iliad, Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, Orange et Scaleway annoncer la création d’un consortium, baptisé «AION», pour bâtir une gigafactory d’IA en France. Le groupement, qui rassemble 28 entreprises à l’heure actuelle, vise à porter une candidature française dans le cadre du programme européen des gigafactories d’IA, qui sont des infrastructures clés pour faire tourner les modèles d’IA. L'appel d'offres doit être lancé prochainement par Bruxelles.
Une nouvelle stratégie pour l’électronique présentée en juillet
Outre le quantique, le président de la République profite de cette séquence pour annoncer également la volonté de la France de s’engager dans un nouveau programme de financement européen sur l’électronique (IPCEI Advanced Semiconductor Technologies) à hauteur de 550 millions d’euros. Cette enveloppe doit permettre de contribuer à financer la recherche et l’industrialisation sur le Vieux Continent dans le secteur des semi-conducteurs, plus stratégique que jamais à l’ère de l’IA.
En parallèle, Emmanuel Macron appelle à une alliance avec l’Allemagne et les Pays-Bas dans le cadre de la révision du Chips Act pour y inclure une exigence de valeur ajoutée européenne dans les marchés EuroHPC pour faire émerger des champions au rayonnement mondial en matière de calcul à haute performance. A noter que le gouvernement doit présenter en juillet prochain une nouvelle stratégie pour l’électronique pour doter la France d’une feuille de route jusqu’en 2035. Elle viendra compléter la stratégie nationale d’accélération pour l’industrie des semi-conducteurs lancée en 2022 avec une enveloppe de 5,5 milliards d’euros.
Une semaine d’annonces clés
Pour illustrer les ambitions tricolores dans le quantique et les semi-conducteurs, Emmanuel Macron peut s’appuyer sur plusieurs exemples récents. A la veille de son déplacement au TGCC du CEA, la pépite française Pasqal a ainsi annoncé avoir inauguré pour Aramco le premier ordinateur quantique d’Arabie saoudite, ainsi que la première plateforme commerciale de calcul quantique de la région. Le système développé par la startup française repose sur un processeur quantique de 200 qubits utilisant la technologie des atomes neutres.
On peut également citer VSORA, qui a réceptionné cette semaine les premiers exemplaires de sa puce Jotunn 8, fabriquée par TSMC, Quandela qui prévoit de mette en service début 2027 un site de 1 000 mètres carrés à Munich dédié aux semi-conducteurs, ou encore Scaleway et QbitSoft qui ont présenté le Quantum Adoption Program, une offre souveraine destinée aux industriels souhaitant adopter le quantique. Autant d’initiatives qui permettent à la France et à l’Europe d’entretenir l’espoir d’accrocher le wagon de l’innovation dans le quantique et les semi-conducteurs après avoir complètement raté l’envol du cloud.