Le SEO n’a peut-être pas dit son dernier mot, mais une nouvelle bataille de la visibilité est déjà en train de se jouer. Chez les entreprises, on se soucie désormais aussi - et de plus en plus - d’apparaître dans les réponses générées par les IA conversationnelles populaires comme ChatGPT, Google Gemini, Claude ou Perplexity.

Dans le jargon, on appelle cela le GEO, pour “Generative Engine Optimization”. Voici ce qu’il faut savoir sur le sujet avec deux experts, Antoine Gurwitch, CEO de Ad's up Consulting et Idriss Khouader, CEO de Meteoria, qui travaillent conjointement sur ces enjeux.

“Google transforme progressivement son moteur de recherche en moteur conversationnel”

Chez Ad’s up Consulting, le sujet est devenu stratégique très tôt. “Quand ChatGPT est sorti, on est tous un petit peu allés dessus pour comprendre le changement qui était en train de s’opérer”, se souvient Antoine Gurwitch, CEO de Ad’s up Consulting. “Puis petit à petit, on s’est aperçus que ce type d’outil était quand même assez pratique pour faire des comparatifs, pour trouver des produits, ou des informations.”

Une première intuition, qui devient rapidement une conviction : la manière dont les internautes cherchent l’information est bel et bien en train de basculer. “Même Google, progressivement, transforme son moteur de recherche en un moteur conversationnel, surtout dans sa version américaine”, constate ainsi Idriss Khouader, CEO et cofondateur de Meteoria, une startup qui développe des outils d’optimisation GEO. “D’ici quelques années, l’interface de Chat GPT et celle de Google seront relativement similaires”, prédit-il.

Pourquoi le GEO est-il aussi important dans une stratégie marketing ?

Cette évolution fait directement écho à l’évolution des usages des consommateurs. On estime que plus d’un milliard de personnes utilisent au moins une fois par mois l’IA générative dans le monde, et d’après une étude publiée par Capital One, 58% des américains faisant du shopping en ligne utilisaient déjà en 2025 cet outil plutôt qu’un moteur de recherche traditionnel pour choisir leur prochain achat.

Si Antoine Gurwitch estime que l’on manque encore de données pour tirer des conclusions définitives sur l’impact du GEO, son entreprise Ad’s up Consulting a tout de même pu observer, pour ses clients, de meilleurs résultats et taux de conversion (jusqu'à 3 fois plus de conversions).

Lui comme Idriss Khouader évoquent également d’autres avantages comme les questions d’image de marque et de notoriété : “comment les IA parlent-elles de votre marque ? Racontent-elles des fake news à son sujet ? Et si oui, comment reprendre le contrôle du récit ?”. Le GEO joue ici un rôle primordial.

“Le GEO, ce n’est pas faire du SEO pour ChatGPT”

Chez Ad’s up Consulting, où 8 experts travaillent à plein temps au développement d’une méthode GEO-driven, on insiste sur le fait que le GEO ne consiste pas simplement à “faire du SEO pour ChatGPT”. Le changement est plus profond que cela. “Aujourd’hui, si deux personnes tapent exactement la même chose dans ChatGPT, elles peuvent avoir des réponses différentes selon leurs goûts, leur historique ou leur profil”, souligne par exemple Idriss Khouader. 

Là où Google standardisait la recherche avec une même page de résultats pour tous, les IA génératives personnalisent les réponses à l’extrême. Et les marques doivent désormais réfléchir non seulement aux mots-clés, mais aussi aux intentions, aux personas et aux contextes d’usage…

Concrètement, les stratégies GEO commencent souvent par un travail très proche du SEO traditionnel. “Les clients partent beaucoup des données Google”, explique Idriss Khouader. “Les mots-clés deviennent ensuite des questions susceptibles d’être tapées dans les LLM.” Puis très vite, les approches divergent. Les équipes de GEO testent différents prompts, différents profils utilisateurs et monitorent les variations de réponses générées par les IA.

Reddit, YouTube, LinkedIn… : où faire du GEO

Parfois, les résultats sont surprenants. Les experts de l’agence GEO Ad’s up Consulting citent notamment le cas d’une plateforme de paris sportifs ciblant les parieurs experts. “Sur les profils novices, ils avaient entre 80 et 90 % de visibilité. Sur les profils experts en revanche, ils étaient à 11 ou 12 %.” Une démonstration assez brutale du niveau de granularité que permettent désormais les IA conversationnelles… Et qui nécessitent un ajustement de sa stratégie marketing, pour être certains de cibler le bon public.

Autre différence majeure : les LLM ne se contentent pas du site officiel d’une marque pour construire leurs réponses. Ils vont puiser partout. Reddit, LinkedIn, YouTube, Google Maps, médias spécialisés, forums… “Quand on veut améliorer sa visibilité dans les LLM, il faut améliorer sa visibilité un peu partout sur le web”, résume le CEO de Meteoria. 

Ce “global search” exige une restructuration en profondeur de ses stratégies, et des investissements financiers et humains importants, en formant ses équipes notamment.

Le GEO, un Far West algorithmique à explorer, dès que possible

À ce jour, le GEO reste, faute de moyen pour beaucoup - et sans doute aussi de visibilité claire sur l’impact - encore un terrain d’exploration, plus qu’un véritable levier de rentabilité immédiate. Beaucoup d’entreprises se contentent de monitorer leur visibilité dans les réponses IA, d’essayer de comprendre quels contenus sont repris, quelles sources sont citées, quels prompts déclenchent leur apparition. La partie réellement “actionnable” reste quant à elle plus complexe, même si les plus grosses entreprises et groupes estiment qu’il s’agit de l’une de leurs priorités marketing.

Mais l’un dans l’autre, c’est un bon début !

Peu importe, si le GEO est encore une sorte de Far West algorithmique : ne pas du tout “prendre le train en marche” serait une erreur monumentale selon Antoine Gurwitch et Idriss Khouader. Ce, d’autant plus que les effets du GEO semblent se matérialiser sur le plus long terme… “En s’y prenant dès maintenant, on aura des résultats dans 6 mois, voire parfois un an”, illustre le CEO de Ad’s up Consulting. “Et je suis persuadé que dans un ou deux ans, cela deviendra sûrement un des leviers prioritaires de revenus pour la plupart des entreprises”, affirme l’expert.