Jeff Bezos aura été incontestablement la grande star de cette première journée de VivaTech. Très attendu, le fondateur d’Amazon s’est exprimé pendant 50 minutes sur la scène principale du salon parisien, aux côtés du directeur général de Blue Origin, Dave Limp, et de Mike Massimino, ancien astronaute de la Nasa. Forcément, il a beaucoup été de conquête spatiale et un peu d’intelligence artificielle.

Concurrent direct d’Elon Musk et de sa société SpaceX, Jeff Bezos se sait attendu au tournant avec Blue Origin dans ses ambitions spatiales, surtout trois semaines après l’explosion de la fusée New Glenn sur son pas de tir lors d’un essai au sol à Cap Canaveral, en Floride. Mais sans surprise, il a rappelé son souhait d’aller sur la Lune, et pas seulement de manière temporaire. «Cette fois, nous allons sur la Lune pour y rester, pas juste pour la visiter», a-t-il assuré devant une audience conquise. Avant d’ajouter : «La Lune est la première étape vers Mars.»

Placer toutes les industries polluantes «loin de la Terre»

Si Jeff Bezos s’intéresse autant à la conquête lunaire, c’est notamment pour son potentiel énergétique. «Vous avez de l'eau glacée dans les cratères plongés en permanence dans le noir près des pôles de la Lune. Et celle-ci peut être, par électrolyse, convertie en oxygène liquide et en hydrogène liquide», a souligné le multi-milliardaire américain. «Un jour, dans un futur pas trop éloigné, nous pourrons utiliser des matières premières trouvées sur place pour recharger en carburant son alunisseur.»

Plus largement, Jeff Bezos voit l’espace comme un moyen de décarboner la Terre. «Notre vision de long terme, notre rêve, est que toutes les industries polluantes puissent être implantées loin de la Terre», a-t-il indiqué. Aux yeux de l’entrepreneur américain, le triste état de l’environnement sur la planète est même «la seule chose dans laquelle le monde est pire aujourd’hui par rapport à comment il état il y a 500 ans».

Selon lui, «tout est mieux aujourd’hui». D’où son vœu pour l’avenir : «Si le voyage spatial devient suffisamment fiable et bon marché, et si nous pouvons obtenir nos matières premières d'astéroïdes et d'objets proches de la Terre et de la Lune, alors cette planète-jardin pourra être rendue à son état d'avant la Révolution industrielle.» Des déclarations saluées par Dave Limp, qui s’est amusé du bon niveau de connaissances de Jeff Bezos dans l’univers spatial : «Jeff s’y connait désormais plus en fusées qu’en e-commerce !» Blue Origin espère atteindre rapidement une centaine de lancements annuels dans l’espace.

En voulant placer en orbite ce qui pollue sur Terre, Jeff Bezos avait sans doute en tête le projet «Terafab» de son rival Elon Musk. Dans le cadre de celui-ci, pour lequel le patron de Tesla prévoit d’investir au moins 55 milliards de dollars, il est notamment prévu d'envoyer des centres de données dans l'espace et de produire des puces pour l’IA et la robotique. A terme, le projet vise à produire des puces capables de soutenir entre 100 et 200 gigawatts de puissance de calcul sur Terre, et un térawatt dans l'espace.

L’IA, un boosteur de créativité plutôt qu’un destructeur d’emplois

Outre le spatial, Jeff Bezos a logiquement évoqué l’impact de l’intelligence artificielle sur le monde. En effet, l’IA représente une opportunité pour décupler sa créativité et transformer ses idées en réalités concrètes. Autrement, il s’agit selon lui d’un levier idéal vers l’entrepreneuriat. «Nous vivons au moment le plus incroyable. Et tout jeune aujourd'hui devrait être enthousiaste d'être là où il est maintenant, parce qu'il n'y a jamais eu de meilleure époque pour être entrepreneur, de meilleure époque pour lancer une entreprise», a-t-il lancé de manière enthousiaste. «Nous sommes limités non pas par notre imagination, mais par ce que nous pouvons faire en réalité. Il y a une gamme infinie de choses à inventer», a renchéri la star américaine de la tech.

Cette dernière est même allée plus loin, bottant en touche les craintes autour des destructions potentielles d’emplois engendrées par l’IA. «Je sais qu'il y a beaucoup d'inquiétudes chez de nombreuses personnes. Elles pensent que l'IA va rendre les humains superflus et inutiles. Je suis en total désaccord avec ce point de vue», a lancé le fondateur d’Amazon, qui a également créé la startup d’IA Prometheus. A entendre Jeff Bezos, le meilleur est à venir. Pourvu qu’il ait raison…