Le raisonnement qui a conduit à cette alliance part d'un constat sur l'état du marché. « La très grande majorité des fonds dédiés à la défense en Europe sont domestiques et de petite taille, entre 100 et 150 millions d'euros », observe Benoit Fosseprez, General Partner d'AVP. Pour viser une échelle paneuropéenne, il fallait donc construire une alliance entre deux pays, et s'appuyer sur une plateforme déjà installée dans celui jugé le plus central pour le secteur.

Ce pays, selon Benoit Fosseprez, ne pouvait être que l'Allemagne. « L’Allemagne doit aujourd'hui rattraper cinquante années de non-investissement dans son effort de défense », explique-t-il, en référence aux annonces budgétaires récentes de Berlin. Pour AVP, l'enjeu dépassait le symbole : « Je voulais que les entreprises de notre fonds aient accès au budget militaire allemand », précise-t-il.

Restait à choisir le partenaire allemand. Earlybird, fondé en 1997, s'est imposé par son ancienneté sur le secteur et sa complémentarité avec AVP. « C'est un des rares fonds qui a osé investir dans des sujets liés à la défense », souligne Benoit Fosseprez. Earlybird apporte une expertise deep tech historique, tandis qu'AVP est davantage positionné sur le logiciel et l'intelligence artificielle. « Cette complémentarité géographique et technologique fait la force de l'alliance », résume-t-il.

Un premier tour mixant institutionnels et industriels

Le fonds vise un premier closing à fin juin, sans en dévoiler le montant. Les souscripteurs réunissent à la fois des institutionnels financiers et des industriels français et allemands, sans que leurs noms soient communiqués à ce stade.

Pour Benoit Fosseprez, la présence d'institutionnels pèse particulièrement dans l'équilibre du fonds. « Pendant trente ans, les assureurs et les fonds de pension ont délaissé la défense pour des raisons de critères ESG, alors que c'est précisément ce capital qui peut redonner confiance dans le secteur », affirme-t-il. Un closing final est attendu au premier trimestre 2027, avec cette fois-ci des acteurs publics autour de la table.

Outre Benoit Fosseprez et Roland Manger, cofondateur d'Earlybird, un troisième partenaire rejoint le fonds, avec plus de dix ans d'expérience dans l'investissement défense.

Un fonds tourné vers la souveraineté européenne

E2D vise une vingtaine de participations, avec un ticket moyen d'environ 25 millions d'euros, sur des tours de série B et au-delà. Le fonds entend généralement mener les tours dans lesquels il investit, sans s'interdire de participer à des levées plus importantes aux côtés d'autres investisseurs. Il couvrira l'ensemble des domaines critiques, spatial, aérien, terrestre, maritime et sous-marin, en ciblant des entreprises aux modèles opérationnels modernes et à l'exécution rapide, qu'elles soient strictement militaires ou dual-use. Sa zone d'investissement s'étend à toute l'Europe, un axe que Roland Manger connaît bien pour avoir notamment bâti la stratégie d'Earlybird en Europe de l'Est.

Pour Benoit Fosseprez, cette couverture géographique reste indissociable de l'enjeu de souveraineté qui structure le fonds. « Notre rôle est de soutenir les entreprises technologiques qui permettront aux armées européennes de combler leurs lacunes », affirme-t-il. Pour identifier ces lacunes, AVP et Earlybird s'appuient sur un comité stratégique composé de militaires français et allemands ainsi que d'industriels, chargé de repérer les technologies jugées manquantes dans les lois de programmation militaire européennes.