Quand Jean Roubas rejoint 50 Partners en 2019, la verticale santé n'existe pas encore officiellement. Ingénieur de formation, passé par Centrale Lyon puis Duke University, il a travaillé cinq ans chez Urgo avant de se tourner vers l'entrepreneuriat en medtech. C'est à cette période qu'il croise la route de Jérôme Masurel, fondateur de 50 Partners, qui a déjà en tête le développement d'un pôle dédié à la santé. La verticale voit officiellement le jour en 2021, dans un contexte favorable : le Covid vient de braquer les projecteurs sur un secteur en pleine effervescence.

« La santé est un secteur qui touche tout le monde, qui résiste aux aléas économiques, et qui peut bénéficier à plein des grandes innovations », résume Jean Roubas.

Bonne nouvelle supplémentaire, la France est particulièrement dynamique dans ce domaine. Il s’agit du deuxième écosystème européen pour le financement de l'innovation en santé, derrière le Royaume-Uni. Le panorama EY de la French Healthtech 2026, montre que le capital-risque santé français a progressé de 15% en 2025, passant de 895 à 1 028 millions d'euros levés, à contre-courant du recul européen et américain.

“Les entrepreneurs français de la Santé ont les moyens de développer des leaders au niveau mondial, mais ils manquent de soutien pour passer les obstacles propres à ce secteur (besoins en financements massifs, autorisations de mises sur le marché, business models complexes etc.)” constate Jérôme Masurel.

Concentrer un soutien important sur une sélection de projets à fort potentiel

Parmi les centaines de sociétés sourcées chaque année par l'accélérateur, il n’en sélectionne que six ou sept par an. Ce filtre est d’autant plus précieux qu’il est assuré par les entrepreneurs associés du programme. Les “Partners” sont les fondateurs et les fondatrices des success stories du secteur. On peut citer parmi eux Sacha Loiseau (Mauna Kea), Edouard Gasser (Tilak Healthcare), Corinne Danan (HalioDx), Joana Cartocci (Robeauté), Jérôme Nouzarede (Elsan), François Lescure (MedecinDirect) ou encore Fabrice Romano (Eye Tech Care, Keranova).

Le fil conducteur de la sélection tient en une question : le soignant occupe-t-il une place centrale dans la raison d'être de la startup ? « L'ambition première est de porter les innovations fondamentales qui vont permettre le meilleur soin au plus grand nombre. Soit par des technologies qui accélèrent tout ou partie de la chaîne de soins, soit par des transformations redonnent du sens et de l’efficacité aux métiers des soignants », avance Jean Roubas.

L'accompagnement démarre tôt, avant les premiers financements. L'enjeu central est de dépasser la promesse technologique pour s'inscrire dans la chaîne de valeur et d’usage bien réelle. « En France, beaucoup de technologies naissent de la recherche fondamentale et non pas d'un besoin métier. L’expérience du terrain est essentielle pour s'assurer que la technologie devienne un produit et que l’usage de ce produit s’ancre dans une chaine », observe Jean Roubas.

Et le soutien est proposé sur le long terme, afin d’aider à faire face aux nombreux challenges de la société. Aux enjeux réglementaires, pour lesquels l’expérience d’entrepreneurs aguerris est précieuse, s'ajoutent les questions de financement, de développement international ou de ressources humaines. L’humain est souvent un facteur déterminant : les équipes passent de quelques personnes dans un laboratoire à plusieurs dizaines en peu de temps. « On se retrouve à des kilomètres de la science. Les fondateurs font face à des sujets critiques de recrutements, d'organisation, et de gouvernance», note-t-il.

Un portefeuille de pépites, et un premier fonds

Les 18 sociétés accompagnées représentent bien la diversité des sujets d’innovation en santé.

De la première société à avoir intégré l'accélérateur, Pixacare, un outil de gestion de la photographie médicale pour le suivi des plaies, déployé dans une trentaine d'établissements en France et en expansion à l'international; au plus récemment sélectionné, Hemodynes, qui mesure la viscosité sanguine pour un meilleur diagnostic cardiovasculaire, les exemples de solutions d’avenir en santé ne manquent pas.

Citons également Surge (tests sanguins permettant de prédire les réactions du système immunitaire), Encarta (test kit léger de détection de la maladie de Lyme), Jeen (centres de santé dédiés aux femmes) Beliver (oncologie prédictive augmentée par l'IA) ou Five Lives (thérapie digitale pour limiter le déclin cognitif des patients Alzheimer).

Une première cession a même eu lieu avec GutyCare, spécialisée dans la prise en charge des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, rachetée fin 2023 par Resilience.

L’accélérateur a également lancé un premier fonds d’investissement afin de permettre aux investisseurs de participer au financement de l’innovation. “Les investisseurs de la première heure accèdent à des valorisations d’entrée raisonnables, et des perspectives de multiples très importants lorsque les sociétés se développent”.

Les souscripteurs sont également engagés dans le soutien des sociétés grâce aux différentes expertises qu’ils représentent. “La particularité du modèle 50 Partners, c’est d’associer le financement et l’engagement de ceux qui veulent soutenir les entrepreneurs afin de participer à l’émergence des succès de demain“ conclut Jérôme Masurel.