77 % des entreprises de la tech utilisent désormais l'IA générative, contre moins de 50 % en 2024 — un bond de 31 points en deux ans. Et 14 % supplémentaires prévoient de l'adopter prochainement, portant le taux potentiel à plus de 90 %. Une dynamique que Victorine Bailleul, responsable de l'offre cyber chez Hiscox, a pu observer à VivaTech : « Que ce soit les solutions ou les conférences, l'IA était omniprésente. Et ça rejoint complètement ce qu'on a pu observer dans notre baromètre. »
70 % des dirigeants jugent désormais l'IA indispensable à la croissance de leur entreprise (+19 points vs. 2024), et 84 % anticipent une transformation profonde de leur organisation d'ici trois ans. Mais l'ambivalence est là : 79 % jugent l'avenir motivant, 58 % l'estiment incertain (+19 points). L'enthousiasme et l'inquiétude coexistent dans la même phrase.
L'adoption avant les règles
Si l'IA est partout dans les pratiques, sa gouvernance accuse un retard préoccupant. Victorine Bailleul le formule sans détour : « On a plus vite adopté l'IA qu'on a écrit les règles d'usage. L'IA, c'est une vraie opportunité — croissance, automatisation — mais c'est aussi un vecteur de manipulation de données, d'industrialisation des cyberattaques. »
Ce décalage se lit dans les données : sur 14 risques identifiés, l'IA ne se classe qu'en 12e position dans la perception des dirigeants. Seulement 24 % la considèrent comme un risque très important. Pourtant, 73 % reconnaissent que la perte de données par erreur humaine ou la non-conformité au RGPD constituent des freins réels — une contradiction que peu d'entreprises ont encore résolue. 68 % des dirigeants utilisent ChatGPT au sein de leur entreprise, et des données financières, humaines, opérationnelles transitent par des outils grand public sans cadre sécurisé défini. « Les entreprises de cybersécurité le disent elles-mêmes : elles ont un temps de retard face aux hackers qui utilisent déjà l'IA pour industrialiser leurs attaques », souligne Victorine Bailleul.
Souveraineté numérique : le grand écart entre conviction et pratique
Alors que Washington vient de restreindre l'accès à certains outils d'IA américains hors de ses frontières, la souveraineté numérique s'imposait comme l'une des questions les plus brûlantes des débats de VivaTech, au point de lui avoir consacré un village entier. Le baromètre le confirme avec une acuité particulière : 66 % des dirigeants jugent la souveraineté nationale ou européenne en matière d'IA cruciale pour leur entreprise.
Mais la réalité des usages raconte une autre histoire. 89 % des dirigeants s'appuient sur au moins un outil d'IA générative d'origine américaine. ChatGPT, Claude, Google Gemini trustent le podium, loin devant Mistral AI, seul acteur européen dans le classement. Pour Victorine Bailleul ce paradoxe doit être replacé dans son contexte sans pour autant en minimiser la portée : « Ce n'est pas un regret, c'est un constat. Les outils américains ont été développés en premier, les habitudes ont été prises. Mais la réglementation européenne pousse progressivement à revoir ces dépendances. »
C'est précisément là que se joue l'une des questions les plus ouvertes du secteur : comment construire une souveraineté réelle quand les solutions souveraines peinent encore à s'imposer face à des outils américains profondément ancrés dans les organisations ? Les dirigeants eux-mêmes s'imposent davantage de contraintes qu'en 2024 — contractuelles, réglementaires — et se tournent de plus en plus vers des réseaux d'entreprises pour s'orienter : 63 % en sont membres, dont 23 % ayant rejoint un réseau depuis 2024. La prochaine édition du baromètre, prévue pour 2028, permettra de mesurer si le curseur aura réellement bougé.