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#RH La blockchain peut-elle renverser le management traditionnel ?

#RH : La blockchain peut-elle renverser le management traditionnel ?
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L’organisation hiérarchique et hyper concurrentielle des entreprises traditionnelles est de plus en plus remise en cause. La blockchain permet elle une organisation du travail collaborative et auto-gérée.

Et si votre chef était remplacé par un algorithme ? La startup israélienne Backfeed a créé un système de gouvernance décentralisé basé sur le processus blockchain. Son fondateur, Matan Field, assure s’être inspiré des kibboutz pour imaginer sa plateforme collaborative “prête à l’emploi”. Le protocole blockchain prend la place de l’autorité et organise toute la vie de la société. Chaque salarié peut créer et rejoindre des projets, soumettre librement des contributions. Il se voit automatiquement attribuer un score de “réputation” en fonction de son niveau de participation (contribution ou commentaire jugé utile). Plus sa réputation est élevée, plus il aura un pouvoir de notation sur ses pairs. Car c’est aussi la communauté qui, à la majorité, décide de la rémunération de chacun. La fin des évaluations annuelles et des sempiternelles demandes d’augmentation auprès de son “chef”. Tout est transparent et gravé dans le marbre de la blockchain, librement consultable.

Selon Backfeed, le système permet à la fois l’émergence de consensus et l’émergence de points de vue alternatifs, en encourageant notamment les “bifurcations” dans les projets. Le business model de Backfeed repose sur une sorte une licence d’exploitation à vendre à l’entreprise, que celle-ci pourra adapter comme dans le cas des marques blanches. Pour l’heure, seuls Hylo, un réseau social collaboratif et OuiShare, qui organise des événements autour d’idées ou de communautés, sont utilisateurs.

Comme Backfeed, Colony.io promeut l’intelligence artificielle de la blockchain pour “auto-organiser” les entreprises et mesurer la productivité de chaque membre. Fondée par l’artiste joaillier Jack Du Rose, la startup a créé sa propre monnaie, le “nectar”, pour rémunérer les contributeurs. D’autres startups font le pari de se passer complètement de la structure de l’entreprise. Sur Zapchain, chaque individu ou PME peut créer une communauté sur un sujet ou un projet donné. N’importe qui peut alors proposer sa solution ou son avis et le système rémunère les meilleurs en Bitcoin. Une sorte “d’Uber de la créativité”.

La tyrannie du tout-collaboratif

Ces initiatives s’inscrivent dans une tendance lourde, celle du management “plat”,  où chacun gère lui-même son temps et son rôle au sein de l’entreprise (holacratie, coopératives, “entreprise libérée”…). 58% des grandes entreprises disposent aujourd’hui d’un réseau social interne selon le cabinet de conseil Lecko, et le succès d’applications comme Slack ou Evernote témoigne d’une véritable attente dans ce domaine.

Mais peut-on gérer des relations humaines comme des transactions financières ? Et surtout, ce mode tout-collaboratif est-il applicable à toutes les entreprises ? Pour Mark Bolino, professeur à l’université d’Oklahoma, certains employés sont tellement désireux de participer qu’ils sont ensuite sollicités sur n’importe quel sujet, y compris ceux qu’ils ne maîtrisent pas. Ils deviennent aussi des “goulets d’étranglement” : plus rien ne se passe avant qu’ils aient donné leur avis. Et ce alors que l’algorithme leur donnera une encore plus grande valeur. Autre risque : celui que les salariés passent plus de temps à essayer de “gagner des points de notoriété” au détriment d’un vrai travail de fond. Un peu comme la “culture du chiffre” dénoncée par certains dans la police. Bref, si l’intérêt de la blockchain dans le paiement semble à peu près établi, sa pertinence sur un sujet aussi délicat que le management reste encore en suspend.

Mots clés : blockchain, organisation, RH
  • http://barthox.tumblr.com/ Barthox

    Je rejoins assez le commentaire sur le fait de gagner des points de notoriété.
    C’est dans la nature des gens. On l’a bien vu lors de l’émergence de services tels que Klout: certains internautes ont vite compris comment optimiser leurs contributions en ligne pour maximiser leur Klout et se positionner en expert en social media marketing.
    Et ce sera probablement la porte ouverte à plus de copinages et de bidouilles internes …

    • baleineau

      Toute innovation suscite des inquiétudes quant à ses dérives supposées, qu’on se complaît d’ailleurs à exagérer en les présentant comme tyranniques pour justifier ses réticences et par conséquent son immobilisme. Le goulet d’étranglement ? il existe déjà : c’est votre chef à qui vous devez présenter un rapport complet pour justifier la moindre dépense ou la moindre tentative de projet. Vous attendez sa réponse des semaines et elle ne vient jamais. En fait il/elle a aussi demandé à son/sa chef qui a fait pareil et ainsi de suite… dans cette chaîne hiérarchique ascendante il y en a un/une qui a enterré l’idée car elle ne vient pas de lui/elle…La course à la notoriété ? elle existe déjà : c’est votre collègue qui passe plus de temps à mettre en valeur son travail auprès de ses supérieurs qu’à travailler et ça marche : tout le monde pense qu’il/elle est plus compétent/e et personne ne sait ce que vous faites, vous qui travaillez.

      Qu’y-a-t-il de nouveau en matière de tyrannie ? rien. Cela vaut le coup d’essayer de nouvelles formes d’organisation. Il en restera forcément des expériences enrichissantes sur lesquelles on pourra disserter ensuite. Je dirais même que c’est urgent.

      Je ne connais pas Klout mais si je prends l’exemple de Stack Overflow : oui il y a des gens qui passent leur vie à se forger une réputation sur ce forum. Et bien le résultat c’est qu’on a 10 fois plus de chances d’y trouver très vite la bonne réponse que sur n’importe quel autre forum.

      Quant aux bidouilles internes et autres copinages, comme vous dites, c’est dans la nature humaine, donc cela ne disparaîtra pas, certes mais cela ne va pas empirer pour autant…

      Je dirais au contraire que la probabilité que cela diminue est plus importante du fait de la transparence généralisée : les comportements vertueux seront mieux récompensés et les vicieux démasqués.

      • http://barthox.tumblr.com/ Barthox

        en fait, j’ai envie d’être d’accord avec vous.

        Et je ne dis pas qu’il ne faut pas essayer, mais je pense qu’il faut rester réaliste et ne pas s’attendre à un monde de bisounours.

        Ce n’est pas la première fois que j’entends qu’une technologie ou de nouvelles pratiques vont amener transparence et harmonie dans le monde des entreprises, et aucune n’a à ce jour tenu sa promesse … ;o)

        • baleineau

          Tout à fait d’accord avec vous, ma critique s’adressait davantage à la conclusion de l’article qui cite le chercheur et qui laisse entendre que le frein principal à l’adoption de ces nouvelles pratiques serait les supposées conséquences dommageables sur la productivité des employés. Je n’y crois pas du tout. Le type qui a inventé le concept s’est appuyé sur des exemples qui ont montré leur efficacité et qui ont nécessairement des effets pervers mais marginaux.
          Le frein principal à l’adoption de ces pratiques est en premier lieu le conservatisme et la peur du changement (on a toujours fonctionné comme ça et ça marche plutôt pas mal, on voit pas pourquoi on changerait et on craint d’ouvrir la boîte de Pandore), la protection des intérêts de ceux qui profitent du système actuel (et qui généralement sont les décideurs ou ceux qui ont des choses à cacher et redoutent la transparence) et bien entendu la question de l’argent (qu’ai-je à gagner à changer ?).
          De ce fait, sur ce projet, j’ai un gros doute sur l’adoption en raison de l’esprit kibboutz, la volonté de transparence et de collaboration sur les rémunérations, mais ce que je crois c’est qu’on va de plus en plus aller vers des systèmes où les prises de décision sont de moins en moins centralisées. C’est une tendance générale qui caractérise l’évolution de notre société : l’individualisation, la production autonome, le non-salariat…le management n’y échappera pas à mon avis …