Kelbongoo ("Quel bon goût !") est un projet solidaire de l’Est parisien qui propose des produits fermiers à petits prix, tout en rémunérant équitablement ses producteurs. Charlotte Ciabrini, chargée de communication chez Kelbongoo, a souhaité répondre aux questions de la rédaction.


Quel est votre constat de départ ?

Tout le monde sans condition de revenus, de classes sociales, d’âge ou de capacité à la mobilité devrait pouvoir s’approvisionner à prix accessibles, en produits frais, bons pour la santé et de qualité. Or, aujourd’hui, différents modèles existent, mais il semble qu’ils soient toujours au détriment d’une ou l’autre partie : des supermarchés qui écrasent certes les prix mais aussi les producteurs et des systèmes qui soutiennent fortement les agriculteurs mais restent inaccessibles ou trop contraignants pour une grande partie de la population…

Quelle est votre solution ?

Face au système actuel, Kelbongoo souhaite apporter une vraie alternative et un modèle qui soit satisfaisant pour tous. Kelbongoo est un projet solidaire de l’Est parisien qui propose des produits fermiers à petits prix, tout en rémunérant équitablement ses producteurs. Le projet est guidé par deux principes :

  • Manger des produits frais, locaux et de qualité en milieu urbain ne devrait pas être un luxe,
  • Des producteurs locaux, garants d’une agriculture paysanne durable, doivent pouvoir vivre de leur production car ce sont eux qui nous font vivre.

Chaque semaine, dans le 20ème arrondissement de Paris nous distribuons fruits, légumes, viande, volaille, produits laitiers, confitures… en direct de petites fermes familiales à moins de 200km de Paris et en Picardie. Les produits ont été commandés en ligne quelques jours avant par les habitants du quartier. Transparence totale sur les pratiques de production, produits ultra frais récoltés 48h avant, animaux élevés en plein air, agriculture bio ou raisonnée…

Qui sont les fondateurs ?

L’histoire commence en septembre 2013, dans le 19ème arrondissement de Paris. À cette époque, Léa Barbier, 27 ans, travaille pour un festival de sensibilisation à l’environnement tandis que Richard Fielding, 32 ans, a monté une plateforme d’e-learning destinée aux élèves en difficulté. Tous deux engagés, ils rêvent d’un autre modèle, de changer le système… Tout le monde sans condition de revenus, de classes sociales, d’âge ou de capacité à la mobilité devrait pouvoir s’approvisionner à prix accessibles en produits frais, bons pour la santé, de qualité.

Et si c’était possible ? Et si bien manger n’était plus un luxe ? Petit à petit, l’idée germe et les deux rêveurs mettent sur papier leurs idées… le projet se construit. Début 2013, Richard quitte tout et part sillonner la Picardie à la rencontre des petits producteurs. Tantôt au volant d’une vieille voiture empruntée, tantôt en stop, mais jamais sans son accent anglais, il fait la tournée des fermes : "Bonjour, nous sommes deux Parisiens, sans connaissance du monde agricole… Nous vous proposons des débouchés sur Paris, on s’occupera du transport et de la logistique ! Vous êtes partants ?".

Certains le prendront pour un hurluberlu, d’autres se lanceront instantanément dans l’aventure. En avril, les statuts sont déposés : le projet s’appellera Kelbongoo. Léa et Richard diffusent l’info autour d’eux et pendant un mois, les distributions se font dans leur petit appartement. Les copains sont au rendez-vous pour aider à peser les fruits et légumes et préparer les commandes. Pour se faire connaître, des dégustations de fraises sont organisées à deux pas des Buttes Chaumont. Très vite, le bouche-à-oreille fait son effet, les commandes augmentent, il faut migrer… Pas de problème : la sœur de Léa met sa cave à disposition et les distributions continuent rue de Crimée.

Mais le petit projet commence à faire du bruit dans le quartier : chaque samedi, la file d’attente se fait plus longue, il faut acheter des frigos supplémentaires pour stocker les produits frais.

Dès septembre, Léa et Richard se rendent à l’évidence : trop à l’étroit dans sa petite cave, Kelbongoo a besoin d’espace. Pas loin de là, une fleuriste cède son local et c’est rue du Borrégo, dans le 20e arrondissement, que Léa et Richard poseront leurs cagettes en octobre. Kelbongoo est rapidement rejoint par une équipe de passionnés et une horde de consommateurs prêts à tout dévorer sur leur passage… Tous s’accordent pour court-circuiter la grande distrib’ !

KelbongooPouvez-vous nous raconter votre plus belle anecdote de startuper ?

En octobre 2014, nous avons intégré la promotion des Acteurs du Paris Durable, une reconnaissance qui arrivait après des mois de travail intense et qui a boosté l'équipe ! Au quotidien, ce sont les échanges avec nos producteurs, avec nos consommateurs, que nous commençons à bien connaître, après plus de deux ans d'aventure !

Quelle a été votre plus grosse galère ?

Comme toute startup, Kelbongoo a connu mille et unes galères... on pourrait en écrire un roman ! Parmi elles, cette fois où Richard, en pleine tournée en Picardie, s'est retrouvé coincé car le camion - plein de fruits et légumes- avait crevé... Et l'équipe qui attendait désespérément à Paris pour décharger les produits, puis les peser, les mettre en unités et préparer les commandes pour la distribution du lendemain matin...

Une actualité particulière à mettre en avant ?

Le projet est en plein développement et grâce à une formidable campagne de financement participatif, nous avons pu collecter 25000 euros et ouvrirons très bientôt un deuxième point de distribution... dans le quartier Saint-Blaise !