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L’échec c’est bien, le rebond c’est mieux !

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L’échec c’est bien, le rebond c’est mieux !

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Par Isabelle Saladin, I&S Adviser - 28 novembre 2017 / 00H00 - mis à jour le 22 mars 2018

L’idée que l’échec n’est pas une fatalité avance petit à petit en France, avec notamment comme conséquence la levée d’un certain nombre de sanctions pour les entrepreneurs. Mais pour que les barrières culturelles tombent vraiment, il faut aller plus loin et s’intéresser, soutenir et valoriser la capacité à se relever et à réussir à partir des leçons de leur(s) échec(s) – autrement dit la capacité de rebond.

Petit à petit, l’idée est en train de faire son chemin en France que l’échec n’est pas une fatalité. Depuis quelques années, des groupements d’entrepreneurs agissent ouvertement pour faire accepter l’idée de m’échec, comme La FailCon ou encore 60 000 rebonds. Ce qui change en 2017, c’est que leurs prises de paroles sont de plus en plus audibles, que les chefs d’entreprise osent s’exprimer sur le sujet, et surtout, qu’on les écoute, comme j’ai moi-même pu le constater quand j’ai raconté mon histoire…

En 2017, les décideurs politiques s’en sont aussi emparés. En juillet dernier, le projet de loi sur le droit à l’erreur des entrepreneurs a commencé à être discuté. Fin octobre, la concertation sur le « plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises » a été lancée, avec un groupe sur “la création, la transmission et le rebond” piloté par la députée Olivia Grégoire et Clémentine Gallet, la présidente de Coriolis Composite. Signe d’un changement en profondeur ?

Un changement avant tout culturel

La France a quand même une vraie révolution copernicienne à faire : là où les États-Unis, pays jeune bâti par des pionniers, voient l’échec comme une évidence et une étape essentielle du processus d’apprentissage vers la réussite, la France hérite d’un lourd passé historique. Le colbertisme a donné naissance à des organisations pyramidales qui ne donnent pas vraiment aux individus la possibilité de prendre des risques. Considérée comme l’un des pays les plus élitistes au monde, la culture « grandes écoles » est toujours dans son ADN.

Preuve en est : les chasseurs de tête français ont encore tendance à être circonspects, voire carrément négatifs sur des candidats qui ont échoué à un moment de leur vie professionnelle. Les investisseurs vous jaugent davantage quand vous cherchez des fonds si votre entreprise précédente a failli. Un entrepreneur, s’il veut retenter l’aventure – et un récent sondage Opinion Way pour Legalstart en juillet 2017 a montré qu’ils étaient nombreux dans ce cas – est freiné dans son élan par les fichages Banque de France qui demeurent (notamment les 050 et 060). L’échec reste donc encore marqué au fer rouge.

Pour avoir vécu le dépôt de bilan de la première entreprise que j’avais créée, Art-DV, je peux affirmer qu’échouer sa création d’entreprise provoque un triple traumatisme : personnel, sociétal et financier. Personnel parce qu’il faut reconnaître ses erreurs. Sociétal parce qu’en France, le regard que l’on vous porte change du jour au lendemain et les portes qui jusque-là s’ouvraient se referment d’un coup d’un seul. Financier parce que, si vous avez dû vous porter caution personnelle auprès des banques pour votre société, vous devez rembourser les emprunts et les garanties d’emprunts sur vos biens personnels, visite d’huissier à la clé.

Plutôt que d’échec, parlons de rebond

C’est pourquoi, plutôt que de marquer au fer rouge les échecs, on devrait s’attarder à la capacité de rebond dont fait preuve chaque individu, en particulier chaque entrepreneur. Un entrepreneur sait, dès le jour où il crée sa société, qu’il prend des risques ; mais il les assume et il est prêt à connaître l’échec. Ce qui doit changer, c’est ce regard que l’on porte en France sur les personnes qui ont échoué et la façon dont cela se traduit dans les dispositifs économiques, notamment bancaires.

Plus que parler d’échec, ce dont la France a besoin pour opérer ce changement de culture, c’est de valoriser le rebond, c’est de féliciter ceux qui ont surmonté l’épreuve de l’échec pour aller de l’avant. C’est sans doute un mode de pensée très anglo-saxon, lié à mon parcours personnel, mais ça marche.

Je ne me lasse pas de comparer les entrepreneurs aux sportifs : qui imaginerait une seule seconde que Teddy Riner, avant de devenir le champion, n’a pas essuyé quelques défaites au début de sa carrière sportive ? Qui aurait prédit, vu les résultats qu’il obtenait précédemment, que Frédéric Lemaître courrait et décrocherait la médaille de bronze face à Usain Bold en finale du 200 m aux JO ? De leurs échecs, ils apprennent pour mieux réussir la fois d’après.

Personnellement, de ma première aventure entrepreneuriale, j’ai appris les codes et le langage des fonds d’investissement, les subtilités des droits fiscal et social, l’importance d’être entouré et épaulé dans le développement de sa société. J’ai surtout compris qu’être entrepreneur est un métier qui ne s’improvise pas et qui ne convient pas à tout le monde – mais que c’était bien ce métier-là que je voulais faire !

Aujourd’hui, il faut que les entrepreneurs aient ce droit d’échouer qui est intrinsèque à ce métier. Aux États-Unis, un échec est un « plus » sur un CV. On pourra dire que les choses auront changé en France quand ce sera aussi le cas ici et qu’échouer n’empêchera plus d’avancer.

Par

Isabelle Saladin, I&S Adviser

28 novembre 2017 / 00H00
mis à jour le 22 mars 2018
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