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Pourquoi la charte Sista est-elle une avancée pour les entrepreneures ?

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Par Anais Richardin - 21 octobre 2019 / 21H00

La semaine dernière, le collectif Sista et le Conseil National du Numérique publiaient une charte de bonnes pratiques signée par 56 fonds d'investissement. Quel impact peut-elle avoir sur l’écosystème et pourquoi est-elle nécessaire ?

On ne va pas le répéter, les chiffres de l’entrepreneuriat féminin sont alarmants. Oh et puis si tiens, on le répète : les femmes représentent entre 9 à 12,4% des dirigeants de startups et récoltent 5% de l’investissement en capital-risque en France. Face à elles : 86% d’hommes investisseurs. Bien sûr, il ne suffirait pas tout « simplement »  qu’il y ait plus d’investisseuses pour que la situation des entrepreneures soit plus équilibrée, mais la faible représentativité des femmes chez les VCs est une partie du problème. Chez Elaia par exemple, fonds quasiment paritaire, 15% de startups financées ont été fondées ou cofondées par des femmes selon Les Échos. Un score bien supérieur à la moyenne nationale. Alors, si les actions pour favoriser l’entrepreneuriat féminin sont légion mais qu’il n’y a personne en face pour les financer, à quoi bon ?

C’est pour s’attaquer à cette partie du problème que le collectif Sista a décidé d’« engager la prise de conscience du monde de l’investissement ». Car si l’on parle souvent d’empowerment féminin et qu’on invite les femmes à se bouger le popotin pour saisir leur destin, on « parle beaucoup moins des biais des investisseurs », estime Valentine de Lasteyrie, associée chez Fiblac et secrétaire générale de Sista. Le collectif, créé par des femmes clés de l’écosystème a décidé d’agir et d’inviter les fonds d’investissement à se mettre autour de la table pour avancer et générer plus d’égalité dans le monde entrepreneurial. L’objectif ? Atteindre 25% de startups financées en 2025 fondées ou co-fondées par des femmes, 30% en 2030, 50% en 2050.

« Nous avons co-écrit une première version avec une dizaine de fonds, explique Céline Lazorthes, cofondatrice du collectif Sista et fondatrice de Leetchi et Mangopay. Il y a eu beaucoup de débats sur les seuils qu’il fallait mettre, initialement ils étaient plus engageants et on s’est dit qu’il valait mieux une version moins utopique mais plus massivement appliquée« . 

Un how-to nécessaire

« Nous voulions quelque chose de concret, d’actionnable tout en nous inscrivant dans une démarche positive d’engagement. Beaucoup de personnes de l’écosystème partagent le même diagnostic, il était temps de rallier tout le monde dans une action collective et collaborative », explique Valentine de Lasteyrie. Le meilleur moyen pour endiguer un problème restant encore de proposer des solutions, le collectif a donné l’impulsion pour l’élaboration de cette charte « quantifiée et basée sur une appréciation scientifique du problème ». 

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Pour nourrir leur réflexion et dresser une liste de recommandations, elles ont épluché rapports, études et autres jeux de données, à l’instar du baromètre Sista x BCG créé pour avoir des chiffres clairs sur les levées de fonds menées par des femmes. Un travail au long cours a également été mené avec le CNNum et plus de 500 entretiens avec des acteurs et actrices de l’écosystème ont été nécessaires.

Nous avons voulu comprendre l’étendue du problème avant de fournir une sorte de how-to le plus concret possible aux fonds d’investissement

Valentine de Lasteyrie

Plus de diversité pour plus de rendement

Mais toujours au rayon des chiffres, il n’y a pas que des problèmes. Certaines données sont si édifiantes  qu’elles ne peuvent qu’encourager les fonds à aller dans le sens de Sista. Le collectif l’a écrit dans le préambule de sa charte, « nos biais inconscients peuvent nuire à la rationalité de nos pratiques d’investissement » et derrière la rationalité se cache aussi… le profit !

C’est en tout cas ce qui ressort d’une étude de Paul Gompers, professeur de la prestigieuse Harvard business school, qui a passé en revue pendant des années les décisions des fonds d’investissement, ainsi que leurs performances et leur composition.

La diversité améliore de manière significative les performances financières (des fonds, NDLR) que ce soit en termes de rentabilité des investissements dans chaque société du portfolio qu’en termes de rendement global du fonds.

Paul Gompers

La diversité serait-elle donc bénéfique ? Ça alors, quelle drôle d’idée !  « Plus les partners se ressemblent, plus les performances de leurs investissements diminue, explique-t-il. Par exemple, le taux de succès des acquisitions et IPOs était plus faible de 11,5%  chez les investisseurs passés par les mêmes écoles que chez les investisseurs aux parcours divers. »

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Côté féminisation de la profession, là aussi les bénéfices se font sentir. Paul Gompers a remarqué qu’une femme avait plus de chances d’obtenir un emploi dans un fonds d’investissement si l’un des investisseurs était père d’une fille, un « daughter effect » comme l’appelle le chercheur, qui a un effet important sur les performances.

Les fonds d’investissement qui « ont augmenté leur proportion de femmes partners de 10% ont vu, en moyenne, une hausse d‘1,5% du rendement global du fonds chaque année et ont enregistré 9,7% de sorties profitables supplémentaires ».

Mais pourquoi, si la rationalité incite à ouvrir les portes plus largement, ne voit-on que le même type de profil dans les fonds, et qui plus est aux postes les plus « gradés » de partners ? « Les VCs ont une forte propension à s’associer à des personnes qui leur ressemblent, que l’on parle de genre ou de « race », poursuit le chercheur. Ils ont également plus de chances de collaborer avec des personnes qui sont passées par les mêmes écoles ou le même employeur. »  Un constat, qui n’est pas une surprise et que beaucoup essayent de bousculer aujourd’hui.

Des fonds pour tous et toutes !

Aux États-unis, et en Europe plus récemment, la focale sur l’investissement semble s’être déplacée sur la diversité et l’égalité depuis quelques mois déjà. Le premier événement « Gender Smart investment summit » s’est ainsi tenu à Londres en 2018, et 350 leaders sont invités à renouveler l’expérience en 2020. De l’autre coté de l’Atlantique, le collectif All Raise affiche la même ambition que Sista et espère atteindre les 25% de startups financées fondées par des femmes d’ici 5 ans et passer de 9% à 18% de femmes investisseurs en 10 ans. Et les initiatives viennent aussi des fonds eux-mêmes. Virgin Startup, le fonds du groupe de Richard Branson, s’est ainsi engagé il y a quelques mois à financer hommes et femmes à égalité d’ici la fin de l’année 2020.

Partout, les plaques bougent et l’on se rend compte que ce n’est pas dans les vieux pots que l’on fait la confiture la plus rentable, ni la plus juste. Parce qu’on ne peut pas nier que la tech façonne le monde, au moins en partie, et que le monde n’est pas à 86% masculin, il semble important de rééquilibrer les forces. « Nous souhaitons rallier beaucoup plus largement l’Europe et sommes déjà en discussion avec des acteurs européens du financement », explique Valentine de Lasteyrie. Mais pour l’heure, le changement commence par 56 fonds de capital-risque qui ont répondu à l’appel de Sista et se sont engagés à agir sur quatre volets majeurs :

  • Examiner le dealflow et mesurer la place du genre dans leur portefeuille
  • Adopter des pratiques de recrutement plus inclusives
  • Adopter des pratiques d’investissement plus inclusives
  • Faire rayonner les bonnes pratiques dans l’écosystème

Dans une période de prise de conscience collective majeure telle que l’on vit actuellement, les fonds les plus « modernes » avaient-ils le choix de ne pas signer ? « Ils ont pris un engagement que l’on pense très sincère, estime Valentine de Lasteyrie. Nous allons les suivre et communiquer avec eux et leur donnons rendez-vous dans un an. Ils se sont tous engagés à fournir au CNNum les données anonymisées qu’ils auront remontées. Nous sommes dans une démarche de co-construction réelle ». Une co-construction essentielle pour faire avancer le bateau dans le bon sens. Et puisque les VCs ne sont pas les seuls à financer l’écosystème, Sista prépare une deuxième version de la charte qui portera cette fois-ci sur les grands corporate et les LPs.

Par

Anais Richardin

21 octobre 2019 / 21H00
mis à jour le 22 octobre 2019
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