Décryptage#Étude
18 novembre 2019

L’exit, épine dans le sabot des wannabe-licornes françaises

Sans exit au-delà de 300 millions d'euros, l'écosystème startup français pâtit de la comparaison avec ses voisins européens. Un retard qui pourrait être comblé dans les prochains mois.

L’entrée d’un investisseur au capital est une chose, sa sortie en est une autre. Pour preuve : si les levées de fonds pleuvent dans l’écosystème startup français, les exits se font rares, très rares, trop rares. « Les tours de table augmentent rapidement mais, pour l’instant, l’industrie tech en France est toujours immature en comparaison de ses voisins anglais et allemand – sans parler des États-Unis – et n’a pas encore produit de sortie de géant« , assène tout de go Arthur Porré, cofondateur d’Avolta Partners, en préambule d’une étude circonstanciée sur la question. Un uppercut qui vise très directement la startup nation… qui peine à voir le jour.

Depuis 2017, le cabinet spécialisé dans les fusions et acquisitions a recensé 493 exits technologiques, pour un total de 23,7 milliards d’euros. Youpi ? Pas vraiment : seules 12,5% de ces opérations ont dépassé les 150 millions d’euros et six ont affiché une addition à dix chiffres. Et parmi ces six… aucune startup, la plus jeune entreprise, Exclusive Networks, étant née en 2003. Il faut élargir au top 10 des exits pour voir apparaître les premières jeunes pousses, Teads et Drivy – respectivement 9ème et 10ème – avec des opérations bien loin du milliard : 285 et 268 millions d’euros.

La Bourse, Graal des startups et des investisseurs ?

Qu’est-ce qui explique cette moisson aussi pauvre ? L’une des causes est à trouver du côté de la Bourse : sur les trois dernières années, 17% des exits en moyenne ont été réalisées via une cotation sur le marché boursier. Or c’est par ce biais que les multiples sont les plus élevés : jusqu’à 9,8, avec une moyenne de 4,5, contre 6,1 et une moyenne de 2 pour un rachat par un grand groupe. La Bourse n’est cependant pas la voie royale à un exit réussi : la performance moyenne des entreprises tech sur le marché coté est de -18,2%. Pas franchement une sinécure.

Autre explication : les startups françaises peinent à trouver des acheteurs prêts à mettre de grosses sommes sur la table. Les deux tiers des exits de ces deux dernières années ont été réalisées par des acheteurs français. Mais en valeur, ces derniers n’ont plus représenté qu’un tiers en moyenne des opérations, contre 51% pour les Américains qui se montrent donc plus sélectifs dans leurs acquisitions… mais récupèrent ainsi la crème de la crème des pépites tricolores !

A-t-on tout de même quelque raison d’être optimiste ? Oui : l’âge médian des sociétés qui opèrent un exit est de douze ans. Ce qui implique que de nombreuses startups – et notamment parmi celles qui ont réalisé récemment des méga-levées – n’ont pas encore atteint une maturité suffisante pour envisager une sortie. En outre, plus des deux tiers (72% en moyenne) des exits concernent des startups B2B. Or, quelles sont les startups qui ont le plus de chances d’entrer en Bourse dans les prochaines années ? Nous vous le donnons dans le mille : les startups B2B. Préparons-nous donc à être époustouflés dans les mois à venir !