Andjaro lève 13,4 millions d’euros et vise l’Europe de l’Ouest

Depuis son lancement sous le nom de OuiTeam, Andjaro a bien grandi et ses ambitions aussi. Avec son troisième tour de table, d’une valeur de 13,4 millions, la startup veut financer ses rêves d’international et recruter de nouveaux talents.

Une grippe, une mauvais chute qui immobilise un salarié ou un enfant malade, quelqu’en soit la raison, gérer l’absentéisme des salariés est une composante clé du rôle de manager et de RH. Pour éviter que des opérations soient mises en danger, ceux-ci doivent “appeler leur réseau, leurs amis, des collaborateurs, des gens au repos jusqu’à ce qu’ils trouvent quelqu’un pour effectuer un remplacement, ce qui peut parfois prendre des heures” , explique Quentin Guilluy, co-fondateur d’Andjaro. C’est pour palier ce genre de situation qu’il lance avec Ivan de Pontevès OuiTeam en 2015 qui deviendra Andjaro trois ans plus tard. 

Piloter son équipe à distance en quelques clics

L’entreprise propose une solution software de staffing interne qui permet aux grandes entreprises de piloter leurs effectifs. Le manager n’a qu’à indiquer le profil recherché (manutentionnaire, coiffeur, électricien…), la date, le lieu géographique… Les algorithmes développés par la startup parisienne vont alors chercher au sein de l’entreprise le salarié qui correspond aux critères. La solution fonctionne en entonnoir. Si aucune personne n’est trouvée, le logiciel cherche ensuite parmi les collaborateurs à temps partiel puis les travailleurs occasionnels et, finalement, les intérimaires. La solution génère également les documents légaux et les éléments de salaire, facilitant la gestion à distance des effectifs. Andjaro fait ainsi gagner du temps, fait réaliser des économies aux entreprises et pérennise les emplois. 

En général, on observe un taux d’absentéisme moyen de 5% par jour dans les grandes entreprises. Plutôt que de faire appel à 50 ou même 500 intérimaires de manière régulière, qui coûtent 50 à 100% plus cher, les dirigeants préfèrent souvent embaucher. Ils savent qu’avec notre solution ils pourront les assigner à une autre tâche” , poursuit Quentin Guilluy. La solution a fait ses preuves et a remporté de nombreux concours parmi lesquels celui du grand prix Next Innov en 2019, porté par Banque Populaire et Maddyness. Aujourd’hui, l’entreprise compte plus de 40 000 collaborateurs parmi lesquels se trouvent Elior, Sodexo, Engie ou encore Dalkia et a déjà réalisé ses premiers pas à l’international. Et elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. 

Direction : l’Europe de l’Ouest

Après le Royaume-Uni en 2018, Andjaro s’est lancé en Belgique et vise désormais l’Europe de l’Ouest. “Cette région concentre deux grands schémas de marché du travail, l’un libéral, l’autre social démocrate. Si nous arrivons à nous implanter là-bas, ce sera une preuve assez rapide que notre système colle avec n’importe quel marché” , reconnaît Quentin Guilluy. D’ici cinq ans, en effet, l’entrepreneur ne veut plus qu’un manager en Europe soit obligé de passer 40 coups de fil pour combler l’absentéisme d’un salarié”.

Grâce à Andjaro, il pourra bénéficier d’un aperçu de tout son personnel disponible en moins de deux minutes. Pour mener cet ambitieux projet, Andjaro vient de lever 13,4 millions d’euros auprès d’IDinvest Partners, Sofiouest, Arkéna via We Positive Invest, Alliance Entreprendre et SWEN Capital Partners. Ce tour de table est le troisième et plus important mené par l’entreprise depuis sa création et triple presque le précédent de 5 millions d’euros. La startup cherche à renforcer ses équipes, notamment au niveau opérationnel et tech. “Nous avons un plan d’embauche assez agressif. Pour le moment, une quinzaine de postes sont ouverts, principalement tournés vers la technologie pour développer notre outil et l’importer à l’international” , souligne Quentin Guilluy. L’entreprise compte déjà une cinquantaine de salariés et ce chiffre devrait “s’accroître au fil de l’eau”. Mais nul doute que ses besoins iront en grandissant. 

Sécuriser les emplois en pleine crise

Depuis le début de la crise, Andaro ne chôme pas. “La première semaine, nous avons reçu 50% de contacts en plus” , indique le co-fondateur. Si peu de contrats se sont vraiment finalisés à ce moment là, “beaucoup de prospects reviennent vers nous aujourd’hui pour les aider à préparer le déconfinement. Recourir à l’intérim dans la période actuelle où des emplois sont parfois menacés en interne n’aurait aucun sens”

L’État a bien compris l’atout que joue et jouera Andjaro dans la crise. L’entreprise a été sélectionnée dans le cadre du plan de continuité d’activité développé par le gouvernement. “Nous avons réalisé un partenariat avec le gouvernement et baissé notre proposition tarifaire” , explique Quentin Guilluy. La crise économique qui commence déjà à impacter des emplois pourrait mettre à mal plus de 65 millions d’emplois en Europe. Le CDI redeviendra sans doute un Graal pour de nombreux travailleurs.  En facilitant indirectement leur développement dans certaines entreprises, la startup devient “plus qu’un simple outil RH mais introduit un nouveau mode de management tout en remplissant une mission sociale”, estiment les fondateurs.