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5 octobre 2020
Kajou

Kajou lève 200 000 euros pour lutter contre les effets de la précarité numérique

La startup francilienne Kajou utilisera cette somme pour produire des cartes SD remplies de contenus multimédias éducatifs et informatifs. Elle cible des populations ayant pas ou peu accès à l’Internet, aussi bien en Afrique qu'en Europe.

Permettre aux populations privées d’Internet de s’instruire et s’informer. C’est le sens de la démarche de la startup francilienne Kajou, fondée en janvier 2020 par l’ONG Bibliothèques sans frontières – qui détenait à l’origine 100 % du capital. Cette dernière produit des cartes SD pouvant contenir jusqu’à 32 Go de fichiers multimédias, créés par divers partenaires issus du monde de la culture. La jeune pousse vient de lever 200 000 euros auprès de différents business angels (leur identité n’a pas été dévoilée) afin de produire puis livrer ses toutes premières commandes.

Des partenariats avec des créateurs de contenus

« À l’origine, nous concentrions notre attention sur l’Afrique, où l’accès à l’Internet est limité et le prix de la data très élevé. Or, dans certains pays, jusqu’à 80 % de la population possède un smartphone », explique à Maddyness Héloïse Pierre, directrice des opérations de Kajou, pointant l’opportunité de partager des contenus en mode hors connexion par le biais de périphériques de stockage externes. La startup commence à nouer des partenariats d’envergure. Des pourparlers ont été entamés avec le ministère de l’Éducation nationale du Sénégal pour assurer la continuité pédagogique auprès des élèves. C’est aussi le cas avec l’Unicef au Burundi, dans l’objectif d’accompagner l’entrepreneuriat des jeunes. « Des influenceurs réalisent, par exemple, des vidéos pour nos cartes SD », se réjouit Héloïse Pierre, qui juge que ces dernières constituent « un mix entre YouTube et Wikipédia ».

Kajou estime qu’il y a urgence de déployer une telle solution avec la pandémie mondiale. « Le contexte sanitaire actuel a décuplé l’intérêt de notre projet, qui peut aussi jouer un rôle dans des pays développés tels que la France », estime la directrice des opérations, mettant en exergue le fait que jusqu’à 8 % des enfants ont décroché scolairement depuis le confinement du début d’année du fait de problèmes de connexions à Internet ou de précarité numérique.

L’application mobile de la jeune pousse, accessible en ligne comme hors ligne, n’en est qu’à sa première version – mais elle contient d’ores et déjà plus de 35 000 références en 25 langues différentes. Une deuxième version devrait voir le jour début 2021 et offrir davantage de fonctionnalités, avec notamment la possibilité de recevoir des données pensées pour l’e-learning par SMS.

Les cinq employés réfléchissent déjà à poursuivre l’internationalisation de leur projet, qui serait, selon eux, intéressant pour un certain nombre de pays d’Asie centrale – au premier rang desquels, l’Inde. Une seconde levée de fonds est ainsi d’ores et déjà prévue d’ici à l’été 2021. « Après cette année pilote, il s’agira d’industrialiser la production et de toucher un public plus large », souligne Héloïse Pierre, qui convient toutefois que les cartes SD de la startup ne constituent qu’une solution « à très court terme ».

Ces dernières n’ont pas vocation à durer dans le temps, dans la mesure où le déploiement des infrastructures progresse un peu partout à travers la planète. Il n’en reste pas moins que Kajou cherche à éviter qu’une part non-négligeable de la génération actuelle ne soit laissée sur le bord de la route.