Actus#Accélérateur
7 octobre 2020
Renaud Wailliez

À Roubaix, la RetailTech nourrit l’espoir d’un nouvel essor économique

La pépinière d’entreprises roubaisienne Blanchemaille, gérée par EuraTechnologies, capitalise sur le savoir-faire local pour faire émerger des RetailTech sur un territoire qui a souffert économiquement.

Roubaix a le caractère bien trempé. Déterminée à ne pas sombrer suite à une série de revers survenue ces dernières années, tels que le désengagement de La Redoute, la troisième ville de la métropole européenne de Lille (MEL) cherche à rebondir par le biais d’investissements d’avenir. La pépinière d’entreprise Blanchemaille, chapeautée par l’incubateur et accélérateur lillois EuraTechnologies, est un trait d’union entre deux époques : celle des grands groupes du commerce de détail et celle des startups de la RetailTech. La cité qui a également vu naître les 3 Suisses et Auchan fait état de forces vives et d’un savoir-faire unique.

Une politique d’essaimage territorial

À l’origine du projet, la nécessité d’un rééquilibrage entre Lille et le reste des Hauts-de-France. La préfecture de région, qui a longtemps eu tendance à tirer à elle les acteurs de l’innovation au détriment d’autres communes, accompagne à présent le développement de l’écosystème numérique au-delà de ses frontières. « EuraTechnologies, six ans après sa fondation, a proposé à ses actionnaires publics de transposer ailleurs sa méthodologie d’accompagnement » , explique Samuel Tapin, responsable de Blanchemaille.

Premier site concerné par cette politique d’« essaimage territorial », la structure s’est installé en 2015 dans une partie des bâtiments dont La Redoute s’est séparée après que le groupe Kering a cédé ses parts dans l’entreprise. Une opération qui a été rendue possible du fait du soutien de la municipalité roubaisienne. « Le maire, Guillaume Delbar, a souhaité donner un support physique à l’écosystème local naissant autour de l’e-commerce et du retail », se souvient Samuel Tapin, rappelant que la conversion du site de 8 000 m2 a été financée sur deniers publics. Tristement connue pour son taux de chômage élevé, à 31 %, Roubaix mise sur ses écoles de commerce et d’ingénieurs pour venir alimenter le programme sur le long cours.

Quelque 53 entreprises et 400 salariés peuplent aujourd’hui les couloirs de Blanchemaille, qui attire au-delà des frontières du Nord du fait de son expertise. « Depuis notre création au sein de la structure en 2017, nous sommes passés par deux stades d’accompagnement. Pouvoir bénéficier d’un environnement hyper-spécialisé et de la proximité immédiate des sièges des entreprises de la Retail Valley a été décisif, indique Simon Vancoppenolle, le dirigeant belge de la startup Stocklear, qui a développé une marketplace visant à aider les entreprises à gérer les invendus par le biais du déstockage. Nous sommes un pur produit EuraTechnologies. « 

Les entrepreneurs qui ont investi les espaces se rendent, par ailleurs, régulièrement service lorsqu’il s’agit d’obtenir des contacts ou autre assistance technique. Un atout souligné par Abordage qui, évoluant dans le secteur du textile, se dit attachée à « redynamiser Roubaix » . « Les discussions avec les confrères peuvent, en cinq minutes, faire gagner des semaines de réflexions » , assure Hugo Bâlon, directeur général de l’e-shop dédié à l’équipement des cyclistes urbains.

Un accompagnement évolutif

Premier étage de la fusée, le programme Start accueille de nouvelles recrues jusqu’à trois fois par an. « Il est entièrement financé par la métropole lilloise et la région Hauts-de-France, qui y voient une opportunité de développement économique et un moyen de créer de l’emploi » , souligne Samuel Tapin. Pendant 80 jours, les entrepreneurs sont suivis dans l’objectif de « compresser » leur projet en amont de la création d’une société. Il s’agit de valider un concept en s’assurant qu’une problématique existe et que la solution imaginée pour y répondre puisse être monétisée.

Le volet accélération de Blanchemaille permet, lui, aux sociétés de louer des locaux de tailles diverses, allant de 20 à 300 m2 – le loyer le plus bas démarre à 200 euros par mois. Les jeunes pousses hébergées sont amenées à en changer à mesure qu’elles grossissent… tout comme de formule d’accompagnement. Si le programme Scale est ainsi prescrit pour les entreprises qui connaissent une croissance rapide, Grow convient davantage à celles dont le modèle ne permet pas d’exploser dès le démarrage.

« Dans tous les cas, les acteurs viennent chercher une expertise sur une verticale. C’est cette valeur ajoutée qui justifie certains déménagements à Roubaix » , avance Samuel Tapin, estimant disposer d’un « rayonnement national, voire européen » . L’e-marchand Showroomprivé, qui a ouvert une unité de production de contenus visuels dans la ville aux mille cheminées en 2015, apporte sa pierre à l’édifice de la formation des entreprises.

Blanchemaille tend à élargir son champ d’action à d’autres secteurs porteurs. Forte de partenariats avec une poignée d’acteurs majeurs, tels que plusieurs filiales du groupe Vinci ou bien la chambre interdépartementale des notaires du Nord et du Pas-de-Calais, la structure soutient depuis peu des sociétés issues de la PropTech. Elle collabore également avec une ancienne pépite locale, l’hébergeur OVHcloud, à qui elle a apporté son expertise en matière d’accompagnement de projets pour l’aider à lancer son propre programme : Digital Launch Pad. « Ce ne sont pas les projets qui manquent », sourit Samuel Tapin, qui se réjouit que du fait que de nouveaux incubateurs et accélérateurs fleurissent dans la région. L’AgriTech prendra bientôt ses quartiers dans un lieu dédié à Willems, tandis que la robotique s’installera à Saint-Quentin.