Actus#Finance
10 décembre 2020
Ava

La technologie d’Ava aide les personnes sourdes à sortir de l’isolement

La startup française Ava , qui a développé une solution de sous-titrage, annonce une levée de fonds de 4 millions d'euros avec deux fonds américains pour aider la communauté sourde et malentendante, gravement isolée pendant la pandémie de Covid-19.

Le sentiment d’isolement social de la population a grimpé en temps de Covid-19. 31% des salariés déclarent que le télétravail en période de confinement a eu un impact négatif sur leur santé psychologique, selon une étude de Malakoff Humanis, en juin dernier. « Ce problème est décuplé pour les personnes sourdes et malentendantes, se désole Thibault Duchemin, fondateur de la startup Ava. En période de pandémie, leur vie est devenue un enfer, les masques ont coupé toute possibilité de lecture sur les lèvres et, lors des réunions à distance, pour peu que les participants n’activent pas leur caméra, cela coupe court à toute chance de compréhension de cette communauté » . 

Ce sombre constat a fait décoller la startup qui propose des outils de sous-titrage. « Le besoin est énorme, il est urgent de trouver des réponses pour les 450 millions de personnes touchées » , poursuit cet entrepreneur qui a vu la demande de sa solution multipliée par cinq depuis le début de la crise. Ava vient d’annoncer une levée de 4 millions d’euros dans un nouveau tour de financement mené par les VCs américains Khosla Ventures et Initialized Capital, portant l’investissement total à 6 millions d’euros.

Entendant dans une famille sourde

Thibault Duchemin n’est pas arrivé par opportunisme dans ce secteur : il a lui-même connu été confronté à ce handicap. « Mes parents et ma soeur sont sourds et, comme dans ‘La Famille Bélier’ (film sorti en 2014, ndlr), j’étais le seul entendant. J’ai grandi depuis mes cinq ans en faisant le relai entre les diverses communications entre eux et un monde inaccessible comme les émissions TV, les rendez-vous chez le banquier ou chez le médecin, se rappelle-t-il. Quand je suis parti faire mes études d’ingénieur à Berkeley, j’ai réalisé l’ampleur du problème : j’étais loin d’eux, je ne pouvais plus les aider » .

Le but de la startup, qui compte déjà Air Liquide, EDF, Airbus, Assas ou encore Sophia Antipolis parmi ses clients, vise à proposer des solutions fiables, précises et instantanées de sous-titrage des échanges d’une personne sourde ou malentendante en milieu professionnel. La solution, dont l’offre commence à 99 euros par mois, se veut aussi une réponse aux problématiques budgétaires des personnes porteuses de ce handicap : « Toutes n’ont pas les moyens de faire appel à un interprète, dont la disponibilité est limitée… Ce n’est pas adapté aux besoins de communication actuelle » , insiste celui qui a été distingué, en 2017, comme « l’innovateur de l’année de moins de 35 ans » par la Technology Review du MIT.

Avec des utilisateurs en Europe, aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, Ava est donc le résultat de la prise en compte de ce problème par son fondateur, combinée à un travail et recherche et d’innovation sur la reconnaissance vocale. « L’idée de notre technologie est d’identifier deux types d’informations : qui parle et qu’est-ce que dit cet interlocuteur, précise le startupper. Notre application permet déjà depuis quatre ans aux personnes sourdes et malentendantes de suivre toutes les conversations en présentiel » . 

L’entreprise fait évoluer son offre en cet hiver de pandémie avec un nouveau produit, « Ava sous-titres » , qui permet aux utilisateurs de bénéficier du même service sur leur ordinateur, en un clic, pour toutes les réunions et contenus, et sur toutes les plateformes. Une autre innovation, « Ava Scribe », propose à l’utilisateur de faire appel à un professionnel qui, en temps réel, va améliorer la qualité du travail fait par l’intelligence artificielle, pour une réunion importante ou un entretien d’embauche par exemple. « Ce produit va doper les 95% de précision de sous-titrage du logiciel pour les faire passer à 99% avec les suivi du professionnel. On veut dépoussiérer une industrie âgée en la faisant passer à l’ère de l’IA » , souligne Thibault Duchemin.

Technologie, business, impact

Ce développement a permis à Ava de lever 4 millions d’euros auprès des capital-risques Khosla et Initialized. « Ces deux investisseurs ont su reconnaitre le potentiel de notre solution, qui combine technologie, business et impact » , se réjouit le jeune entrepreneur. 

Et pour le futur? « Nous voulons remédier à l’inertie quant aux besoins dans ce secteur. On fait presque le travail du gouvernement ! Personne ne propose une solution de sous-titrage à distance totalement autonome aujourd’hui, les plateformes développent parfois des solutions utilisables uniquement sur leur service » , alarme-t-il. « On doit maintenant se diffuser plus largement dans les campagnes et dans d’autres pays » .

Et pourquoi pas se tourner ensuite vers le marché de la transcription en général, « au même titre que l’abaissement des caniveaux pour les fauteuils roulants a rendu service aux vélos et aux poussettes en ville, notre technologie peut servir ces autres besoins » .