Hakan Nural

Covid-19 : la France dispose de technologies pour accélérer la vaccination

En matière de vaccination contre le Covid-19, le gouvernement français est accusé d'avoir pris du retard. D’un fabricant de super-congélateurs à des startups spécialistes du suivi de température en temps réel, l'Hexagone regorge pourtant d’entreprises dont les technologies peuvent répondre au défi logistique d'une telle campagne.

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On ne compte plus les critiques à l’encontre de la gestion de la campagne de vaccination contre le Covid-19 en France. Voilà près de deux semaines que le vaccin mis au point par les laboratoires Pfizer et BioNTech a été coup sur coup autorisé par l’Agence européenne des médicaments (EMA) et la Haute-Autorité de Santé (HAS), et seules 2000 personnes en auraient bénéficié dans le pays au 5 janvier selon CovidTracker – dont la véracité des données a déjà été confirmée par le ministère des Solidarités et de la Santé. Un chiffre qui contraste avec celui affiché par l’Allemagne, par exemple : pas moins de 239 000 vaccinés à date.

Le gouvernement a jusqu’ici « assumé » sa stratégie consistant à prendre son temps pour faire de la pédagogie et expliquer les enjeux aux patients, notamment dans les Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Un démarrage « très lent » selon l’Académie de médecine, qui a jugé que ces précautions sont « excessives ». En attendant le conseil de défense devant se tenir jeudi, Olivier Véran a annoncé ce mardi 5 janvier que la cadence allait s’accélérer. Un défi loin d’être insurmontable : la France possède déjà des atouts en matière de technologies permettant d’améliorer la gestion de l’ensemble de la chaîne logistique.

« Les gouvernants ne font pas assez confiance à l’initiative privée. On le voit avec l’histoire du vaccin, alors qu’on a des gens très bons en logistique ! On a des entrepreneurs de génie, et c’est bien de se reposer sur notre administration, elle est fantastique, mais elle est lourde et obsolète quand il faut agir dans l’urgence » , a ainsi déploré Xavier Niel sur BFMBusiness.

Un fabricant de super-congélateurs

Le vaccin Pfizer-BioNTech requiert ainsi d’être conservé à des températures extrêmement basses, de l’ordre de -70° C. C’est également le cas de celui de Moderna, qui devrait être autorisé dans les tous prochains jours et doit être stocké à – 20°C. Cette condition impose de suivre son état tout au long de son acheminement jusqu’aux entrepôts, qui renferment des super-congélateurs à même d’assurer leur intégrité. Si tous les pays ne disposent pas de tels appareils, très coûteux, la France en dispose en bonne quantité. Elle fait surtout état d’une rareté : seuls cinq fabricants existeraient à l’échelle mondiale… et l’un d’entre eux est basé dans la région lyonnaise. Froilabo produit des congélateurs pouvant descendre jusqu’à -86°C.

Si les hôpitaux en ont habituellement usage pour conserver des prélèvements biologiques, ces derniers sont l’objet de toutes les attentions depuis l’annonce des vaccins. Christophe Roux, le directeur général de l’entreprise, a ainsi indiqué aux Échos avoir été consulté par le ministère des Solidarités et de la Santé. Il précise toutefois que les commandes tardent à arriver, confiant son « impatience » de participer à l’effort français. La Grèce lui aurait déjà passé une commande pour ses propres établissements. La France, elle, aurait fait le choix pour le moins étonnant de privilégier le matériel du Japonais PHC – filiale du géant Panasonic–, si l’on en croit les multiples photos relayées par les médias locaux pour annoncer l’arrivée de ces appareils dans les centres hospitaliers. Un comble, alors que se fait sentir la nécessité de relocaliser les produits de santé stratégiques, telles que la production des principes actifs.

Une volonté politique devra s’exprimer

Comme le rapporte LCI, qui s’est également entretenu avec le chef d’entreprise, les autres pays européens « sont beaucoup plus concrets ». Selon Christophe Roux, qui affirme que Froilabo est actuellement « en train de tripler » ses capacités par le biais d’investissements et de réorganisations, « la prise de décision est plus rapide » dans d’autres pays européens. Or, nul ne sait combien de super-congélateurs les cinq fabricants pourront produire dans le courant de l’année 2021. Selon LCI, le programme engagé par Froilabo avant même que la France ne connaisse le risque épidémique devrait permettre de fournir « des centaines » d’appareils d’ici à la fin du mois de février. Un atout de taille dans le but d’organiser une vaccination de masse au travers du pays, comme semble désormais l’appeler de ses vœux le gouvernement.

Et ça n’est pas tout. D’autres entreprises, plus petites, planchent aussi sur des réponses à apporter à l’enjeu logistique. La startup montpelliéraine Koovea, par exemple, a développé un capteur permettant de mesurer en temps réel l’évolution de la température dans divers environnements. De quoi répondre à un autre grand défi de la chaîne logistique : celui du transport, à l’heure où le vaccin Pfizer-BioNTech est uniquement fabriqué en Belgique sur le continent européen… et où celui de Moderna devrait, quant à lui, voyager en avion. Un savoir-faire que la jeune pousse avait déjà mobilisé dans le cadre du transport des réactifs visant à réaliser les tests PCR (Polymerase Chain Reaction) pour détecter le Sars-CoV-2, le virus à l’origine du Covid-19. Là aussi, la décision de recourir à des technologies tricolores sera éminemment politique.

Article écrit par Arthur Le Denn
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