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6 mai 2021
shift technology
Shift Technology

Comment Shift Technology compte attirer massivement les talents de l’IA

À l’origine d’une solution permettant à ses clients assureurs de détecter les déclarations frauduleuses, Shift Technology vaut désormais 1 milliard de dollars après une quatrième levée de fonds. La startup, qui opère également au Royaume-Uni et aux États-Unis, va étoffer son équipe de data scientists, notamment en France.

Shift Technology passe la quatrième. La startup, qui fournit des solutions d’automatisation et d’optimisation des prise de décisions basées sur l’intelligence artificielle pour le secteur de l’assurance, annonce ce jeudi 6 mai une quatrième levée de fonds — une série D dans le jargon —de 220 millions de dollars – soit environ 183,2 millions d’euros – auprès d’Advent International, Avenir Growth, Accel, Bessemer Venture Partners, General Catalyst, Iris Capital ainsi que Bpifrance. Une somme qui doit lui permettre de « structurer » sa R&D, alors que son offre s’est élargie depuis sa fondation en 2013. Shift Technology s’est, dans un premier temps, concentrée sur la détection de fraudes. La jeune pousse entend désormais proposer un outil « à même de gérer l’ensemble de la chaîne » . Elle ambitionne aussi de poursuivre son déploiement au Royaume-Uni et aux États-Unis, forte de son récent statut de licorne : sa valorisation dépasse désormais le milliard de dollars.

2 milliards de sinistres analysés

À l’origine, la startup cherche à « faciliter le parcours d’indemnisation client » proposé par les assureurs en cas de sinistre – dégât des eaux, accident de voiture, etc. « C’est la première crainte des assurés et, à ce titre, un enjeu majeur pour nos clients » , indique à Maddyness Jérémy Jawish, président-directeur général et co-fondateur de Shift Technology. Une fois cette brique posée, au cours de ses premières années d’existence, la startup a pris le parti d’aller « au-delà de la seule fraude à la déclaration » en faisant de sa solution une aide à la décision pour les assureurs. « Nous proposons désormais l’automatisation de la clôture des dossiers de sinistres ou la détection des fraudes à la souscription » , note ainsi le dirigeant. Ces produits complémentaires, dont le lancement a été permis par la dernière levée de la startup réalisée en mars 2019 pour un montant de 53 millions d’euros, sont d’ores et déjà “en production” chez ses clients – qui sont, à date, une centaine dans quelque 25 pays.

Shift Technology dit avoir analysé « 2 milliards de sinistres » pour le compte de ces derniers depuis sa création. « Nous recevons les données que nous fournissent les assureurs, ainsi qu’un certain nombre de données publiques au sujet du requérant. Nos algorithmes lisent, entre autres, la déclaration de sinistre avant de déterminer s’il faut déposer un recours ou réaliser une vérification quant au blanchiment d’argent » , illustre Jérémy Jawish, précisant que la Banque postale a adopté sa solution pour « accélérer la gestion des sinistres chez ses clients ». Tout comme le groupe Axa, lui aussi utilisateur. Il s’agit pour cette dernière de « limiter les actions manuelles » que doivent réaliser ses collaboratrices et collaborateurs. Et pour satisfaire sa clientèle, Shift Technology mise sur son équipe de data scientists qu’elle dit être « la plus importante dans le secteur des assurances » et qui va encore se renforcer.

Garder le cap face à la concurrence

Forte de 350 salariés, la scaleup assure que les recrutements constitueront l’essentiel de sa stratégie d’investissement à la suite de sa série D. « Nous allons beaucoup recruter en France et un peu aux États-Unis » , garantit Jérémy Jawish, qui souhaite aussi « aborder le sous-secteur de l’assurance santé de manière plus agressive » . Shift Technology affirme vouloir mettre sur pied « le plus grand centre français dédié à l’intelligence artificielle dans l’assurance » avec 300 experts d’ici à 2023. Avec une arrière-pensée : montrer que « des champions se créent en France » . L’entreprise, qui juge que son statut de licorne « ne va pas changer la donne » pour elle, entend tout du moins l’exploiter comme une vitrine. La crise du Covid-19 a eu « un gros impact » sur ses activités selon ses propres aveux, mais n’a pas pas freiné le rythme de ses ouvertures de marché. Un rythme qui devrait rester assez soutenu.

Shift Technology a pour objectif de s’imposer sur son marché à l’échelle internationale. La scaleup table, pour ce faire, sur son modèle « unique » axé sur une seule verticale — l’assurance encore et toujours. Elle n’en oublie pas, pour autant, la concurrence… notamment américaine. « C’est plutôt sain de se confronter à d’autres. Ce sont principalement des acteurs installés, de grosses machines. Nous allons continuer à nous concentrer sur notre solution plutôt qu’à nous positionner par rapport à eux, tranche Jérémy Jawish, qui n’écarte pas l’idée d’une introduction en Bourse à l’avenir. Nous y penserons lorsque nous aurons la volonté de lever sur le marché public, mais ça n’est pas une finalité en soi. »  Pour rappel, cette série D porte à 320 millions de dollars (près de 267 millions d’euros) le total des fonds levés par l’entreprise depuis 2013.