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15 juillet 2021
Christina Victoria Craft

Covid-19 : ces BioTech françaises engagées dans la course aux traitements

Si les vaccins occupent le devant de la scène en matière de lutte contre le Covid-19, les traitements suscitent l’espoir. De nombreuses BioTech françaises se sont emparées d'un sujet stratégique à moyen terme.

Mise à jour d’un article paru le 9 mars 2021.

Le Covid-19 met les principaux acteurs de la recherche médicale française en difficulté. Tandis que Sanofi a annoncé repousser la demande de commercialisation de son vaccin à la fin de l’année 2021, prenant du retard par rapport à la concurrence étrangère, l’Institut Pasteur a tout simplement décidé d’arrêter les frais. L’espoir d’une percée tricolore repose donc désormais sur les BioTech, qui sont très nombreuses à s’emparer du sujet. Portées par le succès de leur homologue allemande BioNTech, dont le vaccin est produit par le groupe pharmaceutique américain Pfizer, elles planchent, au-delà des candidats-vaccins, sur des traitements visant à soigner la maladie une fois déclarée.

Le sujet est éminemment stratégique. Certains acteurs engagés dans le développement de tels produits ont déclaré à La Croix que « les vaccins réduiront la taille de la vague mais ne l’empêcheront pas et, surtout, ils contribuent à augmenter les variants en circulation » . L’intérêt des traitements est, d’un côté, d’apporter une réponse à ces futures mutations sur Sars-CoV-2. De l’autre, il s’agit d’empêcher la survenue de formes graves de Covid-19 et ainsi limiter la saturation des services de réanimation. Or c’est précisément ce facteur, très surveillé par les dirigeants politiques, qui influe sur l’instauration de nouvelles restrictions.

À l’image des vaccins, l’appui devra être plus marqué et les financements plus nombreux. Hydroxychloroquine, Remdesivir, Colchicine… Le repositionnement de médicaments existants – le fait d’utiliser un produit à d’autres fins que celles pour lesquelles il a été mis sur le marché – n’ayant pas vraiment porté ses fruits, des molécules spécifiques au virus sont à l’étude. En fin d’année 2020, le ministère des Solidarités et de la Santé a étiqueté une quinzaine d’études concernant les traitements anti-Covid comme des « priorités nationales de recherche ».

Maddyness passe en revue les projets en cours, initiés aussi bien par des sociétés installées qu’émergentes.

Celles sur qui l’État fonde ses espoirs

Basée à Nantes, Xenothera a été la première entreprise au monde à publier au sujet des traitements. Celui qu’elle a développé, nommé Xav-19, se destine « aux patients en début d’hospitalisation ». Il repose sur un cocktail d’anticorps polyclonaux qui, à l’inverse de leurs pendants monoclonaux, s’attaquent au Sars-CoV-2 sur plusieurs fronts à la fois. L’étude de la BioTech, en phase IIb et en cours en France comme dans d’autres pays européen, doit s’étaler sur l’année 2021. Une précommande de 30 000 doses a été passée par l’État, qui devrait les recevoir dès le mois d’octobre 2021 dans le cas où la Haute Autorité de Santé (HAS) délivrerait une autorisation d’accès précoce pour le marché national. Les premiers résultats de son étude clinique, menée sur 436 patients, sont attendus à l’automne. La startup, qui a reçu 10 millions du fonds du Conseil européen de l’innovation destiné aux innovations de rupture, vient de lever 20 millions d’euros.

Également basée à Paris, Inotrem développe, pour sa part, une molécule qui a démontré de bons résultats précliniques. D’après les premiers résultats, le nangibotide diminuerait la « sévérité des défaillances respiratoires » dans le but de restaurer une réponse immunitaire appropriée en cas de Covid-19 déclaré. Son étude clinique de phase II/III prévoit de recruter jusqu’à 730 patients en Europe comme aux États-Unis, et devrait dévoiler ses résultats finaux en 2022. La startup, qui est membre du French Tech 120, a reçu début juillet un financement additionnel de 45 millions d’euros. Ce qui porte à 52,5 millions d’euros le soutien total de l’État à son projet.

Celles qui pourraient surprendre

Le Marseillais Génoscience Pharma cherche à « bloquer la réplication virale » par le biais de sa molécule GNS561, initialement pensée pour combattre les cancers du foie et du pancréas. Cette thérapie cible le mécanisme d’inhibition d’un processus de protection et de recyclage d’éléments cellulaires connu sous le nom savant d’autophagie lysosomale. Concrètement, cela a pour effet d’empêcher le virus de sortir des cellules. La BioTech n’a pas encore avancé de calendrier, aucune date de mise sur le marché n’est donc connue.

Le Montpelliérain Medesis Pharma ne met pas au point un, mais deux traitements. À base de manganèse, le premier bloque les divers phénomènes inflammatoires sévères et permettrait de traiter de façon durable les cas graves de Covid-19. L’autre est un antiviral spécifique à cette maladie et sera destiné à la médecine de ville, pour traiter les premiers symptômes. Administrables par voie orale, les principes actifs du laboratoire en arrivent au stade de l’étude clinique. C’est pour financer cette dernière que l’entreprise a lancé le 26 janvier 2021 son introduction en bourse sur Euronext Growth Paris dans l’espoir de lever 5,5 millions d’euros – dont 75 % sont garantis et le montant peut être porté à 7,4 millions.

La BioTech parisienne Biophytis se concentre sur les causes de l’insuffisance respiratoire chez les plus de 65 ans. Elle affirme avoir trouvé une enzyme qui restimule cette fonction clé. Spécialisée dans les maladies du vieillissement, l’entreprise exploite les propriétés de son Sarconeos, développé comme un traitement contre la dégénérescence musculaire mais dont les capacités stimulantes en font un médicament contre les effets graves du coronavirus. Lors du 31e Congrès européen de microbiologie clinique et des maladies infectieuses (ECCMID), le 12 juillet 2021, la startup a assuré disposer de « données précliniques positives » sur des hamsters. L’étude clinique de phase II/III sur l’Homme se poursuit et des résultats intermédiaires sont attendus au troisième trimestre.

Elle aussi basée à Paris, Acticor BioTech entend inhiber la fibrose pulmonaire avec sa molécule phare, le glenzocimab, qui prévient l’apparition du syndrome de détresse respiratoire aiguë associé au Sars-CoV-2. L’étude clinique de phase Ib/IIA est en cours au Brésil et en France. De premières conclusions devraient être tirées dans les prochaines semaines.

D’autres entreprises sont sur les rangs, bien qu’elles semblent moins avancées dans leur recherche. C’est le cas du laboratoire pharmaceutique lyonnais Fab’entech, qui concocte « un antigène de grande qualité adapté aux mutations du virus ». Son homologue antibois Nicox mise, lui, sur le naproxcinod, une molécule de sa conception qui pourrait bien servir d’anti-inflammatoire dans le cadre d’un traitement adjuvant – à prendre en complément d’un autre.

Celles qui ont suspendu leur essai clinique

Abivax a annoncé début mars 2021 l’arrêt de son essai clinique. Le traitement imaginé par la BioTech parisienne reposait sur l’ARN messager, qui se trouve au cœur des premiers vaccins anti-Covid autorisés en Europe (Pfizer-BioNTech et Moderna). Fondée en 2013, elle cherchait à mettre au point ABX464, « un traitement antiviral et anti-inflammatoire qui permet la réparation tissulaire » . Son étude clinique, qui comptait plus d’un millier de participants, est l’une des premières à s’être achevées. Sur un résultat décevant, donc : la startup pointe « un manque d’efficacité » de son candidat-médicament. « La comparaison des données générées chez les patients traités avec ABX464 versus le groupe placebo n’a pas démontré de différence sur le taux de progression vers une maladie sévère entre le groupe placebo et le groupe ABX464 » , a-t-elle noté par voie de communiqué. Son but initial était de commercialiser le produit au troisième trimestre 2021. Pour rappel, Abivax avait reçu 36 millions d’euros de subventions de la part de Bpifrance en juin 2020.

Le laboratoire pharmaceutique parisien AB Science misait, lui, sur le Masitinib, qui se veut « insensible aux variants ». Cette molécule provoque une activité antivirale par l’inhibition de la protéase principale, qui est une enzyme « indispensable » au cycle de vie de l’ensemble des coronavirus. Elle serait, selon des résultats préalables, à l’origine d’un risque de cardiopathie ischémique (obstruction d’artères). Les essais cliniques, qui pourraient reprendre au cas par cas, ont donc été suspendus dans l’attente d’une enquête approfondie. L’entreprise, qui avait d’abord imaginé employer le Masitinib dans le cadre de la lutte contre la maladie d’Alzheimer, a reçu 15 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement.

Innate Pharma, l’une des principales BioTechs françaises avec 235 salariés, a elle aussi jeté l’éponge en fin de phase II. Elle misait sur l’Avdoralimab, une molécule biologique injectable qu’elle développe contre certaines formes de cancers du poumon et du foie. Cette dernière devait, dans le cas du Covid-19, diminuer l’inflammation pulmonaire chez les patients. L’entreprise marseillaise avait reçu 6,8 millions d’euros de subventions en septembre 2020.

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