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21 juillet 2021

« La sextech n’est plus un secteur de niche mais une industrie lifestyle »

Avec la pandémie, le marché de la sextech est en plein boom. Jusque-là plutôt réservés aux femmes, les sextoys connectés ciblent un nouveau public : la gent masculine. Les lignes sont-elles vraiment en train de bouger ? Explications avec Lelo, acteur phare de la sextech.

Selon une étude du cabinet Allied Market Research, le marché mondial du « bien-être sexuel » pourrait peser 108 milliards de dollars en 2027. Un chiffre colossal si l’on considère qu’il ne représentait, toujours selon Allied Market Research, que 23 milliards de dollars en 2014. Le magazine Forbes va encore plus loin et prédit, quant à lui, 122 milliards en 2024. Comment expliquer une telle montée en puissance ? 

Si la crise sanitaire et les différents confinements offrent un élément de réponse, le marché est également favorisé par un nombre croissant de consommateurs masculins. Amandine Ranson, marketing et communication manager de Lelo France, leader du marché en matière de design, d’innovation et de technologie, fait le point. 

Aujourd’hui, les sextoys s’adressent de plus en plus aux hommes. Comment expliquez-vous ce changement ?

Dans l’Histoire, jusqu’au XXème siècle, la recherche de l’orgasme était surtout associée au plaisir de l’homme, que lui seul pouvait facilement atteindre. La masturbation féminine était considérée comme une pratique sale, et même honteuse. Depuis les années 2000, Internet a permis de délier les langues. Les femmes parlent plus facilement de leur corps et de la recherche de leur propre satisfaction. De ce fait, la sexualité masturbatoire des femmes est plus facilement abordée, tandis que celle des hommes – notamment les hommes cis hétéro – reste encore largement tabou. Elle est associée à la masculinité toxique, qui correspond à certaines normes du comportement masculin qui ont un impact négatif sur la société et sur les hommes eux-mêmes. Cependant, les choses sont en train de changer car les nouvelles générations n’ont pas peur d’exprimer leurs opinions.

Le sextoy, jusque-là, n’était pas vraiment compatible avec la virilité…

Jusque-là, en effet. Nous sommes loin d’une parole totalement libérée. Encore aujourd’hui, les hommes cis hétéro sont souvent incapables de parler de sexe et de plaisir sans se vanter. Il est temps d’ouvrir la conversation sur la sexualité masculine sans honte, ni tabou. À ce titre, Lelo veut changer les mœurs et casser les codes. Il faut faire voler en éclat les stigmatisations. Nous voulons mettre les hommes à nu et montrer qu’ils n’ont pas peur d’exprimer leurs désirs. En toile de fond, c’est la santé masculine que nous souhaitons adresser. 

La sexualité et la santé sont-elles indissociables ?

Elles sont intrinsèquement liées. Il existe énormément de preuves scientifiques qui vont dans ce sens. C’est pour cette raison que, chez Lelo, nous travaillons en étroite collaboration avec des sexologues pour concevoir nos produits. La sexualité n’est pas un pan à part de nos vies. Elle contribue pleinement à notre équilibre. Cela vaut pour les femmes comme pour les hommes. En Occident, nous avons oublié que notre corps est relié à notre psychisme et vice versa, ce qui n’est pas le cas en Asie par exemple. Nous avons beaucoup de retard à rattraper sur cette question. 

« La pandémie a accéléré la recherche du plaisir intime »

Justement, pensez-vous que la pandémie a permis à la sextech de se normaliser ? 

C’est clairement le cas. Le coronavirus nous a tous impactés. L’anxiété causée par la maladie, la tension liée aux différents confinements… : nous l’avons tous vécu, avec des difficultés à faire face d’une manière ou d’une autre. Ce n’est pas surprenant que les gens se tournent vers des marques comme Lelo pour trouver un peu de joie de vivre… Nous avons eu la chance de voir nos ventes atteindre jusqu’à 180% d’augmentation. Les consommateurs ont envie de se recentrer sur eux, sur leur plaisir, sur leur bien-être. Il y a une réelle volonté de se faire du bien et de se réconforter. C’est un phénomène généralisé que l’on soit en couple ou célibataire. Cela a accéléré la recherche du plaisir intime et cela a permis aux hommes d’adopter plus facilement ce type de produits. La sextech n’est plus un secteur aussi niche qu’avant, mais véritablement une industrie lifestyle. Nous souhaitons accélérer cette démocratisation, notamment pour les utilisateurs masculins. 

Comment comptez-vous y parvenir ? 

Aujourd’hui, le numérique permet d’aller beaucoup plus loin dans la recherche du plaisir intime. Avec le F1S V2, notre nouveau masturbateur masculin, l’utilisateur a par exemple la possibilité de créer son propre logiciel. Une application, disponible sur Android et IOS, lui permet de personnaliser l’expérience en créant un programme sur mesure. Cela crée une relation plus étroite et encore plus intime avec l’objet. De plus, la technologie Sensonic, couplée à dix capteurs ultrasensibles, fonctionne grâce à des ondes soniques, sans contact direct avec la peau, pour procurer des sensations encore plus fortes. 

Quelles innovations pourraient être marquantes dans les prochaines années ?

Aujourd’hui, de plus en plus, tout ce avec quoi nous interagissons dans notre vie quotidienne devient interconnecté. L’Internet des objets est déjà présent dans nos vies, et cela inclut notre sexualité. À ce titre, la technologie existe déjà pour que les couples séparés par des milliers de kilomètres puissent partager chaque fantasme, chaque désir et chaque pensée intime, à tout moment. 

Avec l’intelligence artificielle et des innovations comme Google et Alexa, qui possèdent des algorithmes d’apprentissage extrêmement complexes, un cap a été franchi. Au Japon, une poupée sexuelle hyper-réaliste, dotée d’un « cerveau » de type Alexa permettant à l’utilisateur de parler avec elle et d’obtenir des réponses pertinentes, avec un peu de sensualité ajoutée à chaque échange, est disponible depuis peu sur le marché. Bientôt, grâce au développement de la 5G, il est raisonnable de penser que ces mêmes algorithmes feront leur chemin dans notre intimité, et que notre sextoy préféré sera en mesure de s’adapter à notre comportement. Nos vies sont complètement différentes de celles des générations précédentes, et il semble  inévitable que le progrès technologique entre directement dans nos chambres !

Maddyness, partenaire média de Lelo