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21 septembre 2021

Pourquoi Sorare affole autant les investisseurs

Sorare, le jeu qui associe fantasy football et NFTs vient de signer sa troisième levée en à peine un an, la plus importante de l'histoire de la French Tech. Analyse d'un succès inédit dans l'Hexagone.

C’est la levée de fonds la plus importante de l’histoire de la French Tech : pas moins de 680 millions de dollars, soit environ 580 millions d’euros. Et c’est la startup Sorare qui a décroché la timbale. Celles et ceux qui ne s’intéressent ni au football, ni à la blockchain pourraient trouver la startup surcotée. Mais les initiés, ceux qui s’intéressent à l’un ou l’autre – a fortiori aux deux, comprendront sans doute pourquoi l’entreprise, qui a développé un jeu de fantasy football impliquant l’achat de cartes de joueurs sous forme de NFTs, affole tant les investisseurs. Benchmark, Accel et maintenant Softbank : les fonds les plus en vue de la planète sont tous à son capital.

Il faut dire que la startup s’est positionnée sur un créneau porteur. Celui des NFTs, en plein essor. Mais en l’appliquant, en premier lieu, à l’un des sports les plus populaires du monde. Imaginez : la Coupe du monde 2018 a rassemblé, en audience cumulée, plus de la moitié de la planète. La finale seule, qui opposait la France à la Croatie et a vu les Bleus triompher, a enthousiasmé 1,12 milliard de téléspectateurs. Et le marché du fantasy football traduit cet engouement planétaire : le dernier rapport de MarketWatch sur le sujet, publié en juin 2021, estime qu’il pèsera plus de 32 milliards de dollars en 2025 à l’échelle mondiale, contre à peine 15 milliards en 2019. Soit un taux de croissance annuel de plus de 12 %. Alors que les investisseurs sont particulièrement attentifs à la taille du marché ciblé par leurs pépites, Sorare passe le test haut la main.

La startup a su tirer le meilleur de l’aspect communautaire du fantasy football, qui fédère amateurs du ballon rond et collectionneurs passionnés. Boris Golden, partner chez Partech et investisseur de la startup, soulignait d’ailleurs lors de la levée de février 2021 que Sorare « est devenue inarrêtable grâce à la confiance, l’engagement et la passion de sa communauté ».

Une gestion rigoureuse

Des startups qui espèrent surfer sur le succès du ballon rond, il y en a beaucoup – y compris plusieurs dont la carrière s’est arrêtée abruptement, à l’instar de Toofix, un autre jeu de fantasy football qui n’a pas fait long feu. Mais pas Sorare. Lors de sa précédente levée de fonds de cette dernière, Peter Fenton, general partner chez Benchmark, soulignait sa « croissance explosive » , avant de prophétiser : « Sorare est en train de redéfinir une industrie toute entière.  » Les chiffres annoncés donnaient alors le tournis.

Entre janvier 2020 et janvier 2021, la startup affiche une croissance insolente, multipliant par 70 le volume de cartes échangées et dont la valeur cumulée atteint alors 3,5 millions d’euros. La carte unique de Cristiano Ronaldo, la star de Manchester United, a été vendue près de 300 000 dollars. Et avec des joueurs affiliés à plus de 180 clubs en moins de trois ans, Sorare a fait la preuve de sa valeur.

La pépite cumule ainsi un modèle économique sain selon ses déclarations – elle dit avoir atteint la rentabilité dès la fin de sa première année d’existence – et une gestion financière rigoureuse. Bien loin des startups qui se sont brûlé les ailes au moment de leur envol, Sorare est davantage fourmi que cigale. « Ils n’ont encore presque rien dépensé de leur dernière levée parce qu’ils génèrent du cash » , précise ainsi un observateur averti. Prudents mais exigeants, les fondateurs savent manier les cordons de la bourse comme les rênes de cet étalon de la French Tech, de manière à investir suffisamment pour le mener au galop tout en prenant garde à ne pas le pousser au-delà de ses forces.

Des fondateurs visionnaires

C’est d’ailleurs là que réside la carte maîtresse de Sorare, que la startup ne vend pas : ses deux fondateurs, Nicolas Julia et Adrien Montfort. Le premier, CEO, a d’abord fait ses classes dans le conseil, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, prônant « la souveraineté et l’éthique » au sein de La Javaness, qu’il a co-fondée. Il a ensuite rejoint Stratumn en tant que vice-président responsable des opérations, où il rencontre Adrien Montfort. Ce dernier dispose d’une solide expérience de développeur, combinant du jeu vidéo (lors d’un passage éphémère chez GG Factor) et de la blockchain (chez Paymium puis Stratumn).

Michel Combes rappelait récemment, dans un entretien à Maddyness, que SoftBank prêtait une attention particulière à « la qualité des entrepreneurs » , misant sur des profils « parfois atypiques » , surtout « énergiques, curieux, structurés et ambitieux » . Lors de la levée intervenue en février, Boris Golden posait déjà les jalons de ce nouveau partenariat financier, louant « une équipe de classe mondiale, emmenée par deux entrepreneurs visionnaires, Nicolas et Adrien, qui sélectionnent un à un, avec une exigence et un talent fous, chaque nouveau membre de la Team Sorare » . Et que dire de la confiance accordée par Antoine Griezmann ou Gerard Piqué, tous deux fins tacticiens sur le terrain, aux entrepreneurs tricolores ?

Voilà les ingrédients, nombreux, du succès de Sorare, tant auprès des joueurs que des investisseurs. Et qui ne devrait pas se démentir de si tôt, si l’on en croit la prophétie de Boris Golden en début d’année : « Si, en quelques mois, Sorare est littéralement passé du statut d’outsider à celui de startup early-stage la plus convoitée d’Europe, nous sommes tous convaincus que ce n’est que le tout début de cette incroyable aventure. »