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21 septembre 2021

Sorare, le jeu qui séduit autant les passionnés de foot que de cryptos

Le jeu de fantasy football a su convaincre 500 000 joueurs en mêlant football, cartes à collectionner et blockchain. Le tout de manière suffisamment habile pour faire oublier la technologie au profit de l'amour du jeu.

Des joueurs prêts à investir des milliers d’euros dans des cartes virtuelles ? C’est ce que provoque Sorare, la startup qui vient de signer la levée de fonds record de la French Tech. Ses joueurs décryptent le succès d’un jeu de plus en plus populaire, mélange de collection Panini, de football manager et de Bourse. « J’ai été happé direct ! Je me retrouve à mater un match japonais à 11h00, un belge à 14h00, puis la Ligue 1 le soir et enfin la MLS (nord-américaine) à 4h00 du mat… », explique à l’AFP Julien Bochereau, plus connu sur les réseaux et dans le jeu sous le nom de Kinshu.

Ce journaliste de 36 ans, qui couvre l’industrie des jeux d’argent, regarde tous ces matches pour suivre les performances réelles des joueurs qu’il a sélectionnés dans ses équipes de Sorare. Chacun reçoit une note sur 100, calculée par un algorithme nourri des chiffres du statisticien Opta, les notes des cinq joueurs de l’équipe sont boostées par la valeur de la carte, puis additionnées. « Je n’ai jamais été un grand fan des paris sportifs, qui ont un côté pile ou face, là, on choisit ses joueurs. Tant pis pour toi si tu as mis un joueur blessé, il marque zéro point », explique Julien Barlier, 25 ans, qui termine ses études de commerce international.

Les cartes sont des jetons non-fongibles (NFT, en anglais), authentifiées par la technologie de la blockchain. Il existe plusieurs échelles de rareté. Les cartes uniques, une par joueur et par saison, donnent les meilleurs bonus. Elles sont vendues aux enchères par Sorare toutes les minutes, c’est là que l’entreprise réalise ses gains. Le record est détenu par une carte unique de Cristiano Ronaldo, vendue 280 000 dollars. Ensuite viennent les « super rares » (10 exemplaires par joueur et par saison), les « rares » (100 exemplaires) et depuis peu les « limited » (1000 exemplaires). Une limited de Lionel Messi au PSG est partie pour 11 000 euros lundi midi. Il existe aussi une place de marché, où les joueurs peuvent revendre et acheter leurs cartes entre eux.

Pour l’heure, Sorare ne touche « aucune commission sur le mercato, mais c’est possible qu’on y vienne ensuite », explique à l’AFP Nicolas Julia, co-fondateur de Sorare. Du coup certains joueurs peuvent spéculer, en se méfiant toutefois de la volatilité du cours de la cryptomonnaie Ethérum (ETH), utilisée pour le jeu. Attention aussi au côté « chronophage », admettent les joueurs rencontrés. Mais « l’idée n’est pas de bloquer les utilisateurs derrière un écran », précise-t-on chez Sorare, « mais bien d’interagir autour du sport. Le sport étant dans l’ADN de Sorare, nous allons nous impliquer pour en encourager la pratique, afin que l’émotion procurée par le sport soit autant numérique que réelle ».

Une forme d’investissement ?

« J’ai un pote qui ne fait que du trading, il achète des joueurs blessés et les revend avec plus-value », raconte Kinshu. « Moi j’essaie d’avoir les joueurs que j’aime le plus, comme Benzema, mon préféré », explique Jordan Bozonnet, un des plus gros joueurs. À 26 ans, cet auto-entrepreneur dans le nettoyage annonce fièrement détenir « la galerie top 65 du jeu », environ 40 000 joueurs détenant au moins une carte payante.

Nicolas Julia revendique en tout « un demi-million de joueurs, beaucoup jouent d’abord avec les common, les cartes gratuites, en nombre infini ». Mais jouer à haut niveau coûte cher. Jordan, alias jobznt23, a investi « 6500 euros entre mai et octobre 2020 et ensuite, j’ai amélioré ma galerie en revendant des joueurs et en gagnant des cartes. À la revente, j’estime avoir fait 18 000 euros nets de bénéfice ». « Aujourd’hui ma galerie vaut entre 30-40 000 euros », explique Kinshu. D’entrée, j’ai investi 15 000 euros, et je ne regrette pas du tout ».

Tout cet argent placé sur des cartes virtuelles étonne. « On ne me comprend pas toujours quand je dis que j’ai acheté 1000 euros un défenseur japonais, Ryuho Kikuchi, en rare (100 par saison), défenseur central du Vissel Kobe », raconte Kinshu. « Mais il joue tous les matches, n’est jamais blessé, et il a des notes énormes, trois fois de suite il a eu la note de 100/100. C’est mon meilleur joueur. » « C’est une forme d’investissement », résume Leonidas. « Personnellement, j’investis, je m’amuse et je gagne. »

Maddyness avec AFP