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13 octobre 2021
sublissime logiciel photo
© Pexels

Sublissime, le studio photo connecté au service des commerçants

Le programme New Shopping Experience 2021 a été une aubaine pour Sublissime. La startup de Mona Cathelin a abandonné son idée de mini-studio photo modulable pour une offre 100% numérique. Un pivot qui semble réussir à la startup.

Moins de trois ans après avoir fondé Sublissime, Mona Cathelin a déjà exploré la vie de startuppeuse sous tous les angles. Les plus favorables, lorsque les idées fusent et les financements suivent, comme les moins avantageux, lorsque les galères s’accumulent et les doutes s’installent. Une expérience qui illustre bien la détermination de la jeune femme qui s’est donnée un objectif : sublimer par l’image les articles des commerçants et e-commerçants grâce à un véritable studio photo virtuel. Avec un double intérêt : mettre en valeur les produits, bien sûr, grâce à des options de détourage et de scénographie en 3D, mais aussi simplifier leur inventaire, avec une myriade de fonctionnalités ingénieuses (récupération des caractéristiques produit, remplissage automatique de fiche produit, reconnaissance de contrefaçon…).

Lancée au printemps 2020, en plein confinement dû à la crise de Covid-19, l’application enregistre un « bon décollage », s’enthousiasme Mona Cathelin. 

Leroy Merlin conquis

Près d’un an plus tard, l’offre de Sublissime intègre le programme New Shopping Experience 2021 du PICOM by Cap Digital et tape dans l’œil de Leroy Merlin. Plus exactement, c’est le logiciel sur lequel s’appuie l’application de Sublissime qui suscite l’intérêt du spécialiste français de l’habitat. « L’équipe de Leroy Merlin testait un nouveau logiciel interne appelé ‘Planogramme’, qui permet de visualiser en 3D l’implantation des rayons, c’est-à-dire d’offrir une vue globale des étagères sur lesquelles sont disposées les produits, calculer leur encombrement (taille, volume…) », détaille Mona Cathelin. Problème : « En fin de test, ils se sont aperçus que leur base de données médias n’était pas du tout complète : pour 90% des 300 000 produits, les équipes en charge du ‘Planogramme’ n’avaient que des images sans emballage. » Or, ce logiciel est destiné aux vendeurs en rayon, qui manient les produits emballés et n’avaient donc aucun moyen de les reconnaître. 

Leroy Merlin demande donc à Sublissime de concevoir un studio photo et de développer une appli sur-mesure pour eux : « Nous avons pris plus de 600 photos de produits emballés en une journée », se remémore Mona Cathelin. Inédite, cette collaboration – née en janvier 2021 au cœur du programme New Shopping Experience – a pu compter sur le soutien financier du fonds européen de développement régional (FEDER) (1). Une première victoire pour Mona Cathelin, pour qui travailler avec Leroy Merlin, était « un objectif professionnel ultime ».

Pour l’entrepreneuse, l’arrivée du Covid-19 a marqué un tournant la poussant à « pivoter » en abandonnant son produit initial – un mini-studio photo en bois modulable dédié au retail et au e-commerce – pour se concentrer sur sa version virtuelle. Un second départ bienvenu, après un parcours semé d’embûches.

Un studio photo conçu depuis une cave, sans lumière naturelle

L’aventure de Sublissime commence pourtant comme une jolie photo de famille, en 2016. Le bac en poche, Mona Cathelin crée sa société de communication puis quitte son Antibes natal pour se lancer dans une double licence de stylisme photo et visual merchandising à Lille. En parallèle, sa mère Nadine lance son site e-commerce de loisirs créatifs mais « elle faisait des photos horribles », sourit aujourd’hui l’entrepreneuse. Ni une ni deux, cette passionnée de photo et de communication se lance dans la confection d’un studio photo sur-mesure. La logistique entre Lille et Antibes est compliquée mais Mona Cathelin sent qu’autour d’elle, l’idée plaît. Elle se lance dans la création de Sublissime en 2017 depuis son « bureau installé dans une cave, sans lumière naturelle » à l’Institut de l’entrepreneuriat de l’Université catholique de Lille, qui devient sa « deuxième maison ». Quelques mois plus tard, Lucas Boucher, développeur dans le même incubateur, quitte une première startup pour la rejoindre. 

Ensemble, ils rejoignent l’accélérateur EuraTechnologies, à Lille, « par pure opportunité », admet aujourd’hui la fondatrice. « Nous voulions qu’ils financent notre accès au TechShop de Lille, un markerspace au sein duquel il était possible de  faire de la R&D et des formations », détaille-t-elle. Le duo obtient 14 000 euros de la part de l’incubateur et se plonge dans un an et demi de R&D, « dont neuf mois où je ne suis pas sortie et je n’ai vu personne », se remémore l’entrepreneuse. Pendant que son associé planche sur le développement d’une appli, Mona Cathelin, elle, passe son temps sur des machines à découpe laser et à impression UV pour fabriquer son studio photo modulable.

Un studio écoresponsable et solidaire

Il faut dire que la jeune femme a mis la barre haut : elle veut un studio écoresponsable, fabriqué par des travailleurs handicapés et économiquement viable. Si elle vise un modèle B2B, elle s’impose « les mêmes contraintes que celles appliquées au mass market », puisque ses cibles sont des PME, avec peu de moyens. Le studio se doit donc d’être bon marché et facile à manipuler pour quelqu’un qui ignore tout de la photo de produits. Après huit prototypes différents, Mona Cathelin s’arrête sur un studio de 50 cm³ entièrement en bois issu de circuits courts, articulé « et donc facile à manier ». Les LED sont fabriquées dans des entreprises en Asie et assemblées en Italie « selon des normes d’éthique strictes », insiste-t-elle. Sublissime ouvre un atelier de fabrication dans un ESAT (2) de l’Ariège, près de Toulouse, « le seul en France à avoir la machine à la taille de notre studio », témoigne-t-elle.

Grâce au financement de 50 000 euros de la CCI de Lille, la production du studio peut commencer, mais l’équipe à la tête de Sublissime n’a jamais fini d’améliorer son produit, et expérimente des méthodes toujours plus innovantes, à défaut d’être toujours économiquement réalisables. Par exemple, illustre Mona Cathelin, « il s’agissait du seul studio sur le marché à avoir à la fois un écran vert, pour le détourage, et un écran blanc sans changer de fond ». « Nous en sommes arrivés à un point où le produit faisait beaucoup plus que ce dont on avait besoin », reconnaît l’entrepreneuse. 

New Shopping Experience, une aubaine pour Sublissime

Pour autant, les quelques clients potentiels croisés sur des salons attendent toujours un produit fini : le studio et l’appli qui va avec. Les deux associés coincent sur l’électronique, notamment le contrôle des objets connectés du studio via l’application. Ils recrutent deux personnes à temps plein et lancent tout de même le studio physique, baptisé Sublissime One, à l’hiver 2020. Mais le Covid-19 les oblige à arrêter la production. S’ensuivent un déménagement compliqué à Paris, un financement qui leur passe sous le nez et de grosses difficultés financières. 

Lucas Boucher quitte le navire, mais Mona Cathelin débloque un financement bancaire de 65 000 euros, parvient à décrocher un prêt garanti par l’État de 225 000 euros et même à lancer l’application pendant le confinement. « À cette période-là de ma vie, toutes les personnes qui m’ont apporté des solutions étaient uniquement des femmes », lance-t-elle.

Véritable aubaine pour la cheffe d’entreprise, le projet de Leroy Merlin pourrait bien aboutir à la signature d’un tout premier client pour Sublissime. Pourtant, le spécialiste de l’habitat n’était pas sa cible première : elle avait initialement pensé son application pour les acteurs  de la seconde main, un secteur dans lequel « toutes les enseignes veulent se lancer » mais qui souffre généralement de « visuels très moches », témoigne l’entrepreneuse. D’ailleurs, ce secteur reste toujours dans l’objectif de Sublissime, qui vient de signer un partenariat avec la plateforme Origami Marketplace. En attendant, Mona Cathelin profite de ce que sa startup est enfin dans la lumière pour assurer ses arrières : « Je suis en discussion avec un fonds pour lever un million d’euros », confiait-elle, à quelques jours de la Paris Retail Week, qui s’est tenue du 28 au 30 septembre.

(1) Le FEDER apporte un soutien financier à l’ensemble des startups du programme New Shopping Experience de PICOM by Cap Digital, et a permis de soutenir 50% des dépenses engagées par Sublissime sur une enveloppe maximale de 80 000 euros.

(2) Un établissement et service d’aide par le travail est en France (ESAT) est un établissement médico-social de travail protégé, réservé aux personnes en situation de handicap et visant leur insertion ou réinsertion sociale et professionnelle.

Maddyness, partenaire média de PICOM by Cap Digital