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24 août 2022

Pascal Gauthier, un CEO qui défend la liberté digitale avant tout

Aux commandes de la licorne française Ledger, startup qui consacre sa mission à sécuriser la détention et les transactions de cryptomonnaies grâce à un wallet physique, on ne présente plus son patron, Pascal Gauthier.

Si ce dernier a tout appris sur le tas, il a cependant toujours eu la conviction que le bitcoin serait destiné à être utilisé de manière universel. Rencontre avec un entrepreneur dont les ambitions pour son projet sont encore infinies.

C’est par amour pour la liberté qu’il est tombé dans la crypto-monnaie. Pourtant, à ses débuts, Pascal Gauthier n’y connaissait rien en Bitcoin. Mais, un jour, en écoutant l’entrepreneur argentin Wences Casares, sa passion pour ce secteur s’est révélée : « Il a réussi à expliquer ce qu’était la crypto-monnaie en deux minutes, j’ai tout de suite compris et je me suis dit ‘c’est extraordinaire’ ». Le déclic a lieu en 2013-2014, à l’heure de l’ubérisation et de la stratégie du ‘winner takes all’, quand Pascal Gauthier voit dans le bitcoin « un potentiel incroyable et surtout, dans ce néant, le temps pour moi de déchiffrer, comprendre et construire avant de me lancer »

Apprendre sur le tas est en effet une méthode qui a fait ses preuves chez ce parisien de 46 ans, tombé dans le digital « par la force des choses ». Souvent décrit comme un autodidacte, il corrige et précise : « je suis ce qu’on appelle un ‘college drop out’ ». Après son baccalauréat, il tente des études en droit et mathématiques supérieures mais décroche. « Je n’ai jamais été très scolaire… J’ai alors eu l’opportunité d’intégrer ‘Do Yoo’ en tant que community manager. J’ai vu ça comme une porte de sortie, une bouée de sauvetage », raconte-t-il. Si la nécessité a d’abord fait loi, Pascal Gauthier réalise finalement qu’il a mis le pied dans l’univers d’internet, un monde extraordinaire.

La crypto « correspond bien aux valeurs françaises »

Le manque d’études le pousse alors à être plus assidu et curieux que la moyenne. Il assouvit sa soif d’apprendre en rejoignant Kelkoo de 2002 à 2004 puis chez Yahoo. « Je suis arrivé dans une grande boîte cotée, ce que je n’aurais jamais cru possible avec mon parcours. » Il rejoint ensuite Criteo, où il occupe son premier poste en tant que COO. L’envie d’entreprendre est alors forte mais le syndrome de l’imposteur l’est encore plus : « Je conseille à tout le monde de faire des études mais parfois celles-ci nous poussent à croire qu’on est déjà arrivé au bout d’un chemin, alors que moi j’ai toujours pensé que je n’étais encore arrivé nulle part. »

En 2014, après son expérience chez Index Ventures et sa découverte de la cryptomonnaie, Pascal Gauthier quitte le monde de la publicité et lance Kaiko (anciennement Challenger deep), une entreprise qui analyse et distribue les données des marchés de crypto-monnaies. Il est alors fasciné par le côté universaliste du bitcoin. Selon lui, la crypto-monnaie correspond bien aux valeurs françaises. « L’actuel système financier crée beaucoup d’inégalités. A l’inverse, la crypto-monnaie est un réseau de paiement mondial d’échange pair-à-pair – donc sans intermédiaire – public mais anonyme. Tout le monde peut y avoir accès à partir d’une connexion internet », explique-t-il.

La sécurité Ledger

C’est dans cette logique de liberté digitale et financière qu’il participe au capital d’amorçage de Ledger en 2015, avant d’en devenir le directeur général en 2017. Lui qui pensait que la problématique du bitcoin se concentrait autour du manque de données, il découvre finalement que le principal enjeu de ce secteur est la sécurité de la gouvernance. « Trois des membres de l’équipe Ledger m’ont expliqué que ce problème de sécurité pouvait être réglé grâce à une carte à puce. » Cette sorte de clé USB créée par Ledger est en réalité un portefeuille physique numérique (hardware wallet) qui s’adresse aux particuliers comme aux professionnels avec cette fonction essentielle de coffre-fort. Au moment de la signature, lors d’une transaction, le hardware révèle une seule partie de la clé. « Toute autre forme de sécurité qui n’utilise pas de hardware, dévoile forcément la totalité de la clé privée », assure le directeur général, considéré par ses collaborateurs comme « dur mais juste ».

Désormais valorisée à 1,5 milliard de dollars, la licorne ne compte pas s’arrêter là. « Nous souhaiterions aider l’ensemble des êtres humains à sécuriser leur argent mais aussi leurs biens, leurs papiers d’identité, leurs données… Tout ce que l’on peut trouver dans un portefeuille physique devrait pouvoir se trouver sous forme digitale dans le Ledger. » Et lorsqu’on évoque une potentielle chute du bitcoin, le DG de Ledger rétorque : « Ce qui fait l’importance d’une chose, c’est la valeur que les gens lui donnent. Si tout le monde est d’accord pour dire qu’un Picasso vaut plus de 100.000 euros, il n’y a aucune raison que sa valeur s’effondre ».

Lui y a cru dès le début et en est persuadé : « Le bitcoin est fondamentalement destiné à être utilisé dans nos vies. 15% des Français en possèdent déjà. » C’est pour cette raison qu’il prône l’apprentissage du code à l’école au même titre que lire et compter. « Nous devenons des êtres digitaux, il faut donc avoir des bases pour comprendre le monde dans lequel on évolue. » Il le sait pourtant, certaines tranches de la population n’en profiteront peut-être jamais « mais ce qui définit une nouvelle technologie, c’est la nouvelle génération. »