6 septembre 2022
6 septembre 2022
Temps de lecture : 4 minutes
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Paris 2024 catalyse les projets entrepreneuriaux d’athlètes de haut niveau

À deux ans des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, le comité d’organisation et l’Agence française de développement accompagnent les athlètes de haut niveau qui souhaitent lancer un projet entrepreneurial. L’un des objectifs est de permettre au sport de devenir un levier d’action en matière de santé, d’éducation ou d’émancipation.
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Behrouz MEHRI / AFP

Cultiver l’héritage olympique… même bien avant les Jeux. C’est un point de la candidature de Paris 2024 qui a séduit le jury lors de l’attribution. Si cela concerne les constructions, amenées à durer dans le temps dans le but d’améliorer le quotidien de la population locale a posteriori, ce volet consiste aussi à mettre en lumière l’utilité de l’impact social du sport. C’est dans cette optique que le comité d’organisation des Jeux a décidé de créer, en lien avec l’Agence française du développement (AFD), une structure destinée à accompagner les athlètes de haut niveau souhaitant engager un projet entrepreneurial. "Cela s’adresse aussi bien aux athlètes actifs qu’en retraite, qui mûrissent une solution dans le domaine du social ou de l’environnement" , détaille à Maddyness Paola Farber-Garcia, cheffe de projet Inclusion, solidarité et égalité à Paris 2024. La responsable du programme d’incubation et d’accélération assure n’imposer aucune condition de nationalité pour l’intégrer. Elle insiste, par contre, sur l’importance d'appliquer son concept en France ou en Afrique.

Un accompagnement de huit mois

D’une durée de huit mois, l’accompagnement est suivi par 26 athlètes dont les projets sont à divers stades de maturité. "La volonté est de proposer un programme personnalisé, tant sur le plan des formations dispensées que celui de l’organisation horaire" , explique ainsi Paola Farber-Garcia, mettant en exergue "la variété des disciplines sportives" ainsi que "la volonté d’instaurer une bonne représentativité des athlètes paralympiques". Si des temps collectifs sont organisés pour favoriser les échanges entre néo-entrepreneurs, des ateliers individuels ont aussi lieu pour permettre à chacun de creuser les aspects dont il a besoin. Décathlonien, Bastien Auzeil a participé aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro (Brésil) en 2016. Il a intégré l’incubateur de Paris 2024 de février à octobre 2021. "J’ai envoyé ma candidature après les confinements de 2020" , indique-t-il, se remémorant avoir cherché "une émulation collective et un cadre pour formaliser" son concept.

Éclairages juridiques, entraînements au pitch… L’accompagnement proposé par le comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024 se veut complet. "Des délocalisations sont organisées chez d’autres athlètes" , expose Paola Farber-Garcia, citant une session dédiée à l’art oratoire s’étant déroulée au sein de la salle de boxe parisienne de la vice-championne olympique Sarah Ourahmoune. Un fonctionnement que Bastien Auzeil juge "crucial" : "Cela permet de trouver des contacts techniques ou financiers" , relève-t-il, estimant que "c’est une belle chose de profiter des Jeux pour développer autre chose que le sport performance". Le décathlonien a, lui, imaginé un service de sport santé. Il s’agit d’une plateforme de diffusion de séances d’une trentaine de minutes, permettant aux utilisateurs d’exercer leur stabilité ou de renforcer leurs muscles. "Après une année de tests, nous préparons le lancement commercial à destination d’une population de débutants."

Le sport, "outil applicable à d’autres sujets"

Pour élaborer la cohorte annuelle de 26 athlètes entrepreneurs, l’incubateur de Paris 2024 s’appuie sur les réseaux de l’AFD pour diffuser ses appels à candidatures. "On reçoit une centaine de candidatures à chaque fois, la sélection est rude. Ce que l’on regarde en premier lieu, c’est la motivation et la capacité à s’engager" , assure ainsi Paola Farber-Garcia, rappelant l’objectif de "transposer les aspects sportifs sur l’entrepreneuriat pour avoir un impact social et environnemental". C’est un jury de professionnels, issus de l’AFD ou de l’association Ticket for Change, qui étudie la faisabilité des projets. La majorité des propositions consiste à "utiliser le sport comme un outil applicable à d’autres sujets". Ainsi, la boxeuse malienne Marine Fatoumata Camara veut faire de sa discipline un levier de développement personnel et d’égalité. "Elle sensibilise les écolières, en les encourageant à se préparer sportivement" , raconte la gérante de l’incubateur.

La vertu pédagogique ou sanitaire des concepts portés par les athlètes accompagnés est réelle, mais ne trouvera pas nécessairement sa place dans le dispositif olympique. "Il est possible que nous utilisions certaines solutions durant les Jeux de Paris, mais elles n’ont pas toutes vocation à l’être" , souligne Paola Farber-Garcia, qui promet toutefois que sa structure organisera "un suivi sur le long terme des divers projets en lien avec les pouvoirs publics". L’accompagnement de Bastien Auzeil et de la première cohorte s’est terminé en décembre 2021. "Nous avons, depuis, stabilisé un prototype. Reste à le commercialiser auprès des particuliers et entreprises qui souhaitent proposer du sport-santé aux salariés" , détaille-t-il. Un an plus tard, la deuxième promotion s’apprête à prendre son envol lors d’une cérémonie qui se tiendra en novembre. Mais Paola Farber-Garcia n’entend pas en rester là. Une troisième – et, probablement, dernière – cohorte sera recrutée début 2023. Un dernier tour de piste avant les Jeux, qui auront contribué à faire émerger près de 80 nouvelles entreprises. "Pour elles, ce ne sera alors que le début" , sourit la responsable.