Rénovation énergétique, économie circulaire, lutte contre le gaspillage : autant de leviers de la transition fréquemment cités. Mais un enjeu moins visible mérite l’attention : la valorisation des chaleurs industrielles à basse température, qui représente un gisement de 109,5 TWh par an selon l’ADEME. C’est en 2013, lors de sa formation de technicien en hygiène, santé et environnement, que Mathias Fonlupt mesure l’ampleur de cette évaporation énergétique. Déterminé à y remédier, il poursuit des études supplémentaires pour concevoir une solution industrielle innovante, aujourd’hui au cœur de ses engagements et fonde en 2018, la startup Entent.
« La chaleur fatale débute à 20 °C et s’étend jusqu’à 1200 °C, mais le segment compris entre 60 et 150 °C représente à lui seul 30% du gisement total. Aujourd’hui, il existe des solutions pour réutiliser cette énergie localement, par exemple via des réseaux de chaleur, mais il est très difficile de transporter cette chaleur sur de longues distances et, jusqu’à présent, aucune technologie ne permettait de la convertir efficacement en électricité», témoigne Clément Schambel, associé au projet depuis deux ans.
Pulse, une innovation accessible et performante
Animée par une véritable démarche d'ingénierie, Mathias Fonlupt a conçu Pulse, une technologie de rupture qui transforme la chaleur résiduelle issue de l'industrie, des data centers ou des sites de production électrique, en électricité. Pour ce faire, Pulse exploite un nouveau cycle thermodynamique. Le dispositif capte la chaleur provenant d’eaux de cuisson, de circuits de refroidissement ou de vapeur industrielle ; il utilise une circulation pulsée de fluide organique et un système à pistons optimisé, améliore ainsi nettement le rendement. L’électricité produite peut être utilisée directement sur site ou réinjectée dans le réseau, avec à la clé des économies significatives pour l’usine et une contribution directe à la décarbonation industrielle.
“La technologie Pulse s’appuie sur un cycle thermodynamique qui utilise des ondes acoustiques émises par le piston pour améliorer la dynamique globale du fluide de travail au sein du système. Concrètement, la chaleur industrielle fait vaporiser un liquide organique ; la vapeur ainsi produite monte en pression, puis actionne un piston, générant de l’électricité sans nécessité d’énergie externe comme des pompes mécaniques. Ce procédé s’apparente, dans son principe, à celui des frigos ou des pompes à chaleur utilisés en sens inverse : alors qu’un frigo prélève de la chaleur de l’intérieur pour la rejeter à l’extérieur, Pulse récupère la chaleur résiduelle (issue de procédés de cuisson, de refroidissement, etc.), la convertit en énergie mécanique via l’augmentation de pression dans le fluide, et la transforme en courant électrique”, détaille Clément Schambel.
Premier objectif : décarboner l’agroalimentaire
Le potentiel du marché de la chaleur fatale est considérable, mais pour se déployer efficacement, l’équipe Pulse a choisi de se concentrer d’abord sur les besoins de l’industrie, et notamment de l’agroalimentaire où les gisements sont à la fois accessibles et sécurisés. Ce positionnement stratégique permet d'obtenir des premiers succès et retours d'expérience solides. Une fois implantée dans le secteur industriel, Pulse ambitionne d’étendre sa technologie aux data centers, où la valorisation énergétique représente également un enjeu majeur et à la géothermie pour alimenter le mix énergétique sans intermittence de production comme c’est le cas avec les éoliennes et le photovoltaïque.
“La technologie Pulse prend la forme d’une machine compacte, déployable en série sur les sites industriels selon la puissance disponible. Chaque unité peut récupérer jusqu’à 1 MW de chaleur fatale et produire entre 100 et 650 kW d’électricité. Cette approche modulaire permet d’installer plusieurs machines pour optimiser la valorisation énergétique, tout en adaptant la taille du parc à la spécificité du site et des besoins en énergie”, rappelle Clément Schambel.
Chaque machine permet d’éviter jusqu’à 350 tonnes de CO₂ par an, calculé sur la base du mix énergétique européen et la technologie Pulse, reconnue par une fiche C2E, impose que l’électricité produite soit consommée directement par l’usine qui la récupère. Cela garantit que les économies d’énergie profitent d’abord à l’industriel, tout en améliorant sa performance et en réduisant son impact carbone.
Un modèle en full OPEX pour un déploiement rapide
Entent est aujourd’hui en phase de fabrication de son premier pilote industriel, après plusieurs années de R&D. « Nous fabriquons notre premier pilote industriel, et cherchons à identifier les prochains sites pour les machines suivantes », détaille l’associé de Mathias Fonlupt.
Le modèle de déploiement d’Entent se fait en full OPEX : l’industriel paie des mensualités, sans avoir à engager le CAPEX initial ni immobiliser 250 000 € dès le départ, l’investissement est partagé avec un tiers privé. « L’objectif, c’est vraiment un mode sans investissement pour l’industriel », confirme Schambel, soulignant la pertinence d’un modèle locatif pour une adoption rapide et large.
En termes de perspectives, la start-up vise la mise en service de ses premières machines d’ici à la fin d’année, puis le passage à l’échelle industrielle avec une gamme « standard » deux fois plus compacte mais dix fois plus puissante. À horizon 2029, Entent projette « 15 millions d’euros de chiffre d’affaires avec une quarantaine de machines installées » et vise une croissance annuelle à deux chiffres sur la décennie à venir, portée par le développement à l’international. « C’est surtout l’Europe, Allemagne et Italie en priorité, où le mix énergétique reste très carboné, qui nous intéresse maintenant », assure Clément Schambel.
Une campagne participative pour figer le design industriel
Depuis sa création, Entent a structuré son financement en combinant fonds propres, dette et subventions. « Nous avons déjà levé plus de 3 millions d’euros, la moitié en equity et l’autre en non-dilutif », précise l’entrepreneur. La startup boucle actuellement un tour de table en seed à hauteur de 2,6 million d’euros, dont 1,5 million déjà sécurisé avec le soutien de ses investisseurs historiques.
L’ouverture de la campagne sur Sowefund marque une nouvelle étape pour Entent, permettant au grand public de participer à la dernière phase d’accélération industrielle. Les fonds levés financeront le passage à l’échelle de la machine, la fabrication des unités de série, et les premiers recrutements — notamment un directeur technique et des profils commerciaux export pour préparer la conquête hors France. « Le gros de la recherche fondamentale est derrière nous, mais il reste encore du développement », explique le dirigeant.
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