Après les levées de fonds, le statut de licorne, puis celui de double centaure avec plus de 200 millions d’euros de revenus annuels récurrents (ARR), Aircall avait coché presque toutes les cases de la scale-up arrivée à maturité. Rentable depuis un an, l’entreprise franchit désormais une nouvelle étape : celle de la croissance externe.

La société annonce le rachat de Piper AI, une entreprise espagnole qui conçoit des agents IA dédiés à la relation commerciale. Le montant de l’opération n’a pas été communiqué. Cette acquisition intervient un mois après celle de Vogent, une entreprise américaine spécialisée dans l’IA agentique appliquée à la voix. Ces deux rachats, les premiers de l’histoire d’Aircall, doivent permettre à la licorne de renforcer son offre d’intelligence artificielle à destination des équipes commerciales.

Les deux entreprises apportent des briques complémentaires. Piper AI analyse les conversations orales, les e-mails, les SMS ou encore les échanges WhatsApp, pour les convertir en signaux commerciaux directement exploitables. « Lorsque vous finissez une conversation avec un prospect ou un client, toutes les données pertinentes sont transformées automatiquement dans votre CRM sans que le commercial ne fasse quoi que ce soit », explique Léa Lejoly, directrice générale Europe d’Aircall, arrivée à ce poste en décembre dernier.

Deux acquisitions complémentaires 

L’objectif est aussi de permettre aux commerciaux de mieux comprendre la dynamique d’un deal, d’identifier les signaux faibles et de savoir à quel moment intervenir pour éviter la perte d’un contrat. « Cela nous permet d'aller un degré plus loin dans l’aide aux commerciaux. Ce qui change la donne pour eux », se félicite Léa Lejoly. Selon elle, cette acquisition renforce aussi « l'engagement d'Aircall à investir en Europe et à aller chercher des technologies européennes ». Aircall pourrait d’ailleurs poursuivre cette politique de croissance externe dans les prochains mois.

Vogent répond à un autre enjeu : celui de la voix. Ses agents IA sont capables de répondre directement à certains appels reçus par les équipes commerciales. Là où Piper AI permet d’analyser et d’exploiter les interactions, Vogent doit permettre d’automatiser une partie des échanges vocaux. Pour Aircall, l’enjeu est donc de combiner ces deux dimensions : mieux comprendre les conversations commerciales, mais aussi prendre en charge certaines d’entre elles.

Vers une prochaine IPO ? 

À l’heure où certains évoquent un « SaaSpocalypse » avec l’essor de l’IA, Aircall veut éviter de subir la transformation du marché du logiciel. La licorne avait déjà développé plusieurs fonctionnalités d’intelligence artificielle en interne, capables par exemple de traiter des demandes récurrentes ou de repérer de nouvelles opportunités commerciales.  « Cela fait plus de deux ans que nous avons l'IA native dans notre plateforme. Mais avec ces acquisitions, nous sommes désormais capables de proposer à nos clients une solution d'IA complète de bout en bout », assure Léa Lejoly.

Aircall revendique désormais plus de 23 000 clients, allant de la PME aux grands groupes, en passant par des startups comme Qonto, SumUp ou Adyen. L’entreprise dispose de deux sièges sociaux, l’un à Seattle et l’autre à Paris. Ce dernier demeure le bureau le plus important du groupe. Plus de la moitié de son activité est réalisée en Europe.

Avec plus de 700 salariés dans le monde et une croissance annuelle supérieure à 25 %, Aircall aborde cette nouvelle phase avec une base solide. Cette dynamique ne signifie pas pour autant que la licorne entend se précipiter vers les marchés financiers. L’entreprise reste mesurée sur une éventuelle introduction en bourse au Nasdaq, comme envisagée il y a quelques années. « Une IPO ou une autre forme de liquidité : tout cela peut arriver. Mais on ne gère pas Aircall en fonction d’une sortie. On veut croître et s’imposer sur le marché avant tout, le reste suivra », conclut Léa Lejoly.