Dans l’univers du capital-investissement, la donnée est partout. On la retrouve dans les prises de parole, qu’il s’agisse des échanges avec les investisseurs, des présentations stratégiques ou des communications de marché. Elle est aussi au cœur des outils et intégrée à tous les niveaux et à toutes les étapes de la chaîne de valeur des fonds.
Tous les fonds accumulent de la data. Et pourtant, une large majorité des fonds n’utilise qu’une infime partie du potentiel qu’elle représente par manque de temps, manque de compétences, d’outils ou tout simplement par manque de conviction sur leur potentiel opérationnel. Cette sous-exploitation n’est effectivement pas qu’une question technique ou d’outillage. Elle reflète souvent un questionnement chez les fonds soucieux de préserver leur ROI.
Car derrière les déclarations d’intention, rares sont les structures à disposer d’une stratégie de gestion data réellement formalisée. 95 % des fonds se disent data-driven, mais seuls 27 % ont mis en place une approche structurée pour piloter, lire et activer leur patrimoine d’information. On empile les outils (CRM, plateformes de veille, dashboards ESG) sans articulation claire. L’étude menée par Invyo auprès de 750 investisseurs français montre ainsi que seuls 15 % d’entre eux se considèrent comme « matures » dans leur approche, et un quart n’a même pas désigné de référent data dédié. La donnée circule mal, les équipes parlent des langages différents, les silos internes persistent. On collecte, mais on ne lit pas.
Trop de données, trop peu de lecture
Cette illusion de maîtrise engendre un paradoxe bien connu : à force de vouloir capter trop de signaux, on finit par ne rien exploiter. Selon certaines études, jusqu’à 73 % des données détenues par les entreprises ne sont jamais utilisées à des fins d’analyse, un chiffre qui illustre la déconnexion entre accumulation d’information et capacité réelle à la valoriser. Le reste dort dans des fichiers isolés, des dashboards oubliés, ou des bases non synchronisées. Ce n’est pas la quantité qui manque, c’est la capacité à faire parler ce que l’on a déjà.
Pourtant, certaines structures montrent la voie. Celles qui performent ne sont pas nécessairement celles qui collectent le plus, mais celles qui ont su créer une culture lisible autour de la donnée. On observe chez des fonds comme Sequoia, Red River West, Supernova Invest ou Daphni une volonté claire de structurer des référentiels partagés, de fluidifier les usages, et d’investir dans des interfaces intelligentes pour agréger et restituer une information utile à tous les étages. Dans ces environnements, la donnée devient un actif vivant : elle circule, elle se connecte aux usages métiers, elle nourrit la décision au lieu de l’encombrer.
Restituer la donnée, c’est aussi la rendre lisible
Ce changement de posture est central. Exploiter la donnée ne consiste pas à multiplier les sources ou les outils. Il s’agit d’adopter une grille de lecture cohérente, partagée, activable. Ce n’est pas tant la centralisation de la donnée qui importe, que la capacité à l’interroger intelligemment, sans friction. Cela passe notamment par des restitutions visuelles, synthétiques et actionnables : une information bien affichée vaut mieux qu’un rapport de cent pages. Les nouvelles générations d’outils, appuyées sur des agents IA ou des interfaces souples, permettent aujourd’hui de naviguer dans des environnements complexes sans tout reconstruire.
Cette mutation est loin d’être anodine : elle conduit à repenser en profondeur la manière dont les équipes gèrent leur workflow, depuis l’accès à l’information jusqu’au partage de leur compréhension et à la construction d’un langage commun. Elle nécessite une culture de l’usage plus que de la possession. Et surtout, elle suppose une rupture : accepter que ce n’est pas la donnée qui fait la performance, mais ce qu’on en fait.
Aujourd’hui, beaucoup de fonds sous-performent silencieusement faute d’avoir engagé ce tournant. Pour cela, certains fonds choisissent de s’appuyer sur un partenaire de transformation : un acteur capable d’accompagner et de guider le passage d’une logique de stock à une logique de lecture. Dans un univers saturé de signaux, l’avantage compétitif ne réside plus dans l’accès à l’information, mais dans sa mise en usage.