Pour de nombreuses startups et PME, l’enjeu n’est pas tant d’émettre une facture conforme que d’obtenir le paiement dans les délais. Or, à l’horizon 2026, la facturation électronique deviendra une réalité pour toutes les entreprises françaises. Présentée comme une avancée majeure pour moderniser les échanges et renforcer la lutte contre la fraude, cette réforme promet automatisation, traçabilité et gain d’efficacité dans les processus comptables. Parmi les bénéfices attendus, figure également la réduction des retards de paiement.
Mais quel sera réellement l’impact de cette réforme sur les délais de règlement ? Car dans les faits, les retards de paiement restent largement conditionnés par les pratiques et outils internes des entreprises.
Tour d’horizon de ce que la facture électronique peut -ou non- changer sur le terrain.
Des chiffres qui interrogent
En France, les retards de paiement demeurent élevés : 14 jours en moyenne selon le cabinet Altares. Une facture sur deux dépasse encore les 45 jours de délai moyen de paiement et 60 % des entreprises craignent une hausse des retards et des impayés, selon le baromètre Clearnox. Les start-ups et PME y sont particulièrement exposées, ce qui impacte directement leur santé financière et leur croissance.
Cette réalité s’invite dans le débat public : en novembre dernier, une proposition de loi a été déposée pour sanctionner et dissuader les mauvais payeurs, afin de lutter contre ce phénomène régulièrement cité parmi les principales causes de défaillance d’entreprises.
Pour autant, sur le terrain, cette prise de conscience se traduit rarement par des pratiques opérationnelles efficaces. Les relances restent le plus souvent gérées de manière artisanale par les entreprises, fragilisant leur trésorerie.
La réforme : avancée ou illusion ?
La réforme va incontestablement apporter des améliorations concrètes à la facturation : transmission plus rapide des factures, réduction des erreurs, meilleure visibilité sur les statuts et renforcement de la traçabilité des échanges. Selon la DGFiP, la dématérialisation permettrait de réduire les coûts de traitement des factures de près de 50 % en moyenne.
On pourrait penser qu’en rendant la circulation des factures plus rapide et plus transparente, les paiements s’accéléreraient. Mais la digitalisation, aussi nécessaire soit-elle, ne modifie pas par elle-même les comportements de paiement. Les retards de paiement ont souvent des causes structurelles – litiges, validations internes complexes, manque de visibilité sur les encours… autant de facteurs qui restent hors du champ de la loi.
L’exemple de l’Italie, qui a déjà effectué sa transition vers la facturation électronique depuis 2019, le montre. Selon Altares, les délais de paiement ont continué à augmenter dans ce pays, jusqu’à 19 jours en moyenne. Les causes sont multiples : litiges non résolus, processus internes longs, manque d’anticipation ou de suivi structuré.
Le recouvrement, grand oublié de la réforme
En réalité, la réforme de la facturation électronique ignore une partie essentielle du cycle de paiements : suivi client, relance et recouvrement demeurent à la charge des entreprises. Ce sont pourtant les leviers les plus efficaces pour accélérer les encaissements.
Pour un impact réel sur la trésorerie, les entreprises doivent mettre en place des processus et des outils capables de piloter l’après-facturation de manière proactive, et ainsi digitaliser l’ensemble du cycle de paiement.
Comment reprendre le contrôle sur les délais de paiement ?
Si l’objectif est réellement de réduire les délais de paiement, il faut aller plus loin que la réforme. C’est toute la gestion du poste client qu’il faut transformer pour faire de la facture électronique un véritable levier de performance :
- Centraliser l’information et exploiter les statuts des factures ;
- Anticiper les échéances ;
- Personnaliser et automatiser les relances selon les comportements des clients.
Par exemple, savoir qu’une facture a été rejetée pour erreur de saisie permet de la corriger immédiatement, évitant des relances inappropriées. Proposer un échéancier à un client qui tarde à payer peut fluidifier le recouvrement. Enfin, envoyer des rappels regroupant toutes les factures proches de l’échéance permet d’éviter les blocages et sécuriser le paiement.
Vers une culture cash partagée
La gestion du poste client ne repose pas sur un seul service : finance, comptabilité, commercial... tous doivent partager les informations et collaborer pour gagner en réactivité et réduire les erreurs. Disposer d’une vue globale sur les encours et les risques clients permet d’anticiper les tensions et de fixer des objectifs de trésorerie réalistes.
La généralisation de la facturation électronique est une avancée structurelle majeure, mais elle ne changera pas les comportements de paiement.
Pour que les règlements s’accélèrent vraiment, il faut profiter de la réforme pour mettre en place une gestion proactive et structurée du poste client. Organisation, coordination et anticipation : c’est cette culture du cash qui fera la différence.
Hajar El Mountassir, responsable produit et opérations Clearnox, spécialiste des enjeux de trésorerie et de facturation électronique