On dit souvent que LinkedIn est un « réseau social ». Pour un CEO de startup, c’est surtout un réseau tout court : un espace où l’on recrute, où l’on vend, où l’on rassure, où l’on apprend, et où l’on se fait auditer en temps réel. Chaque post, chaque commentaire, chaque connexion construit une perception de leadership. Et quand on pilote une jeune pousse, la perception devient un actif aussi stratégique que le produit.

Penser son positionnement pour tous ses stakeholders

La tentation initiale est de penser que la présence LinkedIn doit avant tout viser les clients. C’est une erreur classique. Une startup n’a pas une audience, elle a des parties prenantes. Les prospects évaluent la valeur, les talents observent la culture, les investisseurs analysent la trajectoire, les partenaires testent la fiabilité. Un même profil et une même prise de parole doivent donc porter une promesse cohérente : qui sommes-nous ? Quel problème attaquons-nous ? Avec quelle intensité cherchons-nous à le résoudre ? Le fil rouge reste le même : être capable d’expliquer la mission en une phrase, puis de la décliner sans se contredire selon la personne qui lit. Ne parler que business fait fuir les talents. Ne parler que vision affaiblit la preuve. Ne parler que culture éloigne du marché. Le rôle du CEO consiste précisément à relier ces dimensions.

Stratégie éditoriale : raconter, affirmer, prouver

Improviser peut sembler naturel, mais LinkedIn récompense avant tout la répétition et la clarté. Une stratégie éditoriale efficace repose sur un équilibre simple. Raconter la vie de l’entreprise alimente la notoriété avec du réel : un apprentissage produit, une anecdote terrain, un recrutement clé, un échec digéré, un dilemme de management. Affirmer des convictions sur le marché construit la crédibilité : identifier les vrais verrous, questionner les tendances surcotées, assumer les décisions impopulaires, mais nécessaires. Enfin, prouver consiste à partager des résultats clients sans tomber dans la vitrine commerciale : un cas d’usage précis, une métrique avant/après, une méthode éprouvée, une limite rencontrée, ce qui serait fait différemment. Le point commun reste essentiel : on documente avant de communiquer. Et lorsqu’on documente la création de valeur, on cesse de vendre pour commencer à inspirer confiance.

Développer son réseau chaque semaine

LinkedIn n’est pas seulement un canal de publication, c’est un outil de networking à faible friction. Encore faut-il le traiter comme une discipline, et non comme un sprint déclenché par l’urgence. Chaque semaine, consacrer un temps dédié à développer son réseau permet de créer une dynamique durable : comprendre des décideurs, échanger avec des opérateurs respectés, confronter des idées avec d’autres fondateurs, suivre réellement le travail de journalistes. Commenter avant d’écrire, poser une question précise plutôt qu’un vague “on devrait se parler”, donner avant de demander : une introduction utile, un retour d’expérience, une ressource pertinente, un point de vue argumenté. Le networking qui fonctionne n’est pas celui qui récolte vite, mais celui qui sème régulièrement. Avec le temps, LinkedIn devient un carnet d’adresses vivant, loin de l’annuaire poussiéreux. Ceux qui en sont conscients ont de l’or digital dans les mains.

Prendre du benchmark, au-delà de sa bulle

L’algorithme enferme rapidement dans des cercles familiers. Pour progresser, il est indispensable d’observer les CEO du même secteur en France, en Europe et aux États-Unis. Les formats, les tons, le niveau de transparence, la manière d’aborder la stratégie ou les chiffres diffèrent fortement. Certains excellent dans la narration, d’autres dans la pédagogie, d’autres encore dans l’opinion tranchée. L’objectif n’est jamais de copier, mais d’élargir sa palette : simplifier sans appauvrir, être franc sans être arrogant, assumer un point de vue tout en laissant de la place au doute. Le benchmark permet aussi de distinguer le bruit du signal. Lorsque dix CEO publient la même pseudo-leçon de leadership le même jour, il devient clair ce qui ne mérite pas d’être publié.

Se rendre visible chaque semaine, avec une intention

Mais être visible ne signifie pas être omniprésent. Cela signifie être présent, prévisible et pertinent. Publier chaque semaine crée un rendez-vous mental : une association à un sujet, une énergie, une manière de penser. Cette régularité génère des opportunités business souvent indirectes : un prospect qui mûrit, un partenaire qui observe depuis plusieurs mois, un talent qui commence à se projeter. Elle ouvre aussi une porte trop souvent sous-estimée : la relation aux médias. Un CEO qui écrit régulièrement devient plus “citable”. Les convictions sont déjà formulées, la lecture du marché est claire, la capacité à expliquer est démontrée. Les journalistes n’ont pas seulement besoin d’actualités, ils recherchent des sources crédibles et lisibles. Être visible sur LinkedIn, c’est réduire la distance entre une expertise et l’opportunité de la faire exister.

Au fond, LinkedIn n’est pas une scène pour briller, mais un miroir pour clarifier. Clarifier son rôle, son cap, ses priorités. Une startup n’a pas besoin d’un CEO influenceur ; elle a besoin d’un CEO crédible et lisible. Et dans un monde où l’attention se raréfie, la crédibilité et la lisibilité font souvent la différence entre une startup qu’on remarque et une startup qu’on choisit.