En 2025, les startups françaises ont levé 7,4 milliards d’euros à travers 618 opérations, selon le baromètre annuel d’EY, soit une baisse de 5% en valeur par rapport à l’année précédente. Ce recul s’explique en grande partie par la contraction du growth equity, tandis que le capital-risque résiste un peu mieux. EY souligne notamment que, hors méga-opérations, la baisse des montants aurait été nettement plus marquée.

Au sein de ce paysage contrasté, une tendance se détache nettement. « L’IA générative est devenue systémique », souligne Franck Sebag. « Elle irrigue désormais l’ensemble du capital-risque », ajoute-t-il. Dans le baromètre EY, l’IA générative apparaît comme l’un des principaux moteurs des investissements technologiques en 2025, tant par les montants engagés que par la taille des opérations, avec des effets structurants sur l’ensemble du marché.

Hyperaccélération mondiale et domination américaine

À l’échelle mondiale, la dynamique est sans équivalent historique. En 2025, les États-Unis concentrent près de 97 milliards de dollars d’investissements en IA générative, soit 89% des montants mondiaux recensés par EY. Un saut brutal par rapport à l’année précédente. « On est passé d’environ 38 milliards à près de 100 milliards de dollars en un an », souligne Franck Sebag. « Cette hyperaccélération est inédite », insiste-t-il.

Ces montants reposent sur une poignée d’acteurs devenus centraux dans l’écosystème. OpenAI, Anthropic ou xAI enchaînent les tours à plusieurs milliards de dollars, à des niveaux qui interrogent leur statut même. « On assiste à la création de leaders mondiaux », analyse Franck Sebag. « La question de savoir s’il s’agit encore de startups se pose clairement », concède-t-il.

L’écart avec l’Europe s’explique par des facteurs structurels assumés. « Les États-Unis bénéficient d’un marché unique de grande taille, sans concurrence entre pays, avec des capitaux très abondants et une régulation limitée », détaille-t-il. La maîtrise de l’infrastructure joue un rôle clé. « L’accès aux GPU et à la puissance de calcul est déterminant », insiste Franck Sebag. « Nvidia fait en grande partie la pluie et le beau temps sur ces sujets », précise-t-il.

Ce contexte nourrit aussi le débat sur une possible bulle. « Il existe une forme de surchauffe », reconnaît Franck Sebag. « Mais il ne faut pas confondre bulle de valorisation et transformation systémique », précise-t-il. Selon lui, la comparaison avec le métavers ne tient pas, l’IA apporte des changements structurels comparables aux transformations qui ont suivi l’explosion d’Internet. « L’IA générative ne se résume pas à un buzzword. Elle modifie durablement les chaînes de valeur », commente-t-il.

Mistral aujourd’hui, AMI Labs demain ? La France en tête en Europe sur les LLM

Face à cette domination américaine, l’Europe reste marginale en valeur, avec environ 5% des investissements mondiaux en IA générative. Le baromètre EY fait néanmoins apparaître un point structurant. « En matière de modèles de langage, la France est aujourd’hui leader en Europe, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne », affirme Franck Sebag.

Cette position repose largement sur Mistral AI. Sa méga-levée pèse fortement dans les chiffres français. EY estime que sans ce tour, la baisse des investissements en France aurait atteint 26% en valeur. « Mistral tire clairement son épingle du jeu », résume Franck Sebag. 

L’écosystème français ne se limite toutefois pas à un acteur unique. Le baromètre cite également Poolside AI ou H Company. « Ces dernières années, plusieurs sociétés françaises sont parvenues à se positionner sur des briques stratégiques », note Franck Sebag.

La prochaine séquence pourrait rebattre les cartes. AMI Labs, fondée par Yann LeCun, a annoncé un projet de levée pouvant atteindre 500 millions d’euros. « À ce niveau de montant, l’impact sera significatif pour l’Europe », estime Franck Sebag. « AMI Labs propose une approche différente des LLM, qui correspond à la génération d’après », partage-t-il. S’il est presque certain que le projet sera européen, la question de l’implantation exacte reste en suspens.