Pendant que de nombreux entrepreneurs français s’expatrient aux États-Unis, surtout dans la baie de San Francisco, pour prendre part à la révolution de l’intelligence artificielle, d’autres font le chemin inverse. C’est le cas notamment de Pierre Fite-Georgel et d’Alexandre Sahyoun. En effet, les deux Tricolores, qui ont passé la dernière décennie de l’autre côté de l’Atlantique, rejoignent Doctolib en ce début d’année. Le premier nommé devient VP Ingénierie tandis que le deuxième endosse le costume de VP Produit.
Ancien élève de l’École normale supérieure Paris-Saclay et diplômé de la Technical University of Munich, Pierre Fite-Georgel a passé plus de sept ans chez Google, où il a notamment supervisé le développement de services de localisation et de capteurs liés à la mobilité et à la cartographie, avant de rejoindre Niantic en 2021. Dans l’entreprise américaine, qui a cédé sa branche jeux vidéo au studio Scopely l’an passé pour 3,5 milliards de dollars, il a dirigé des équipes d’ingénierie impliquées notamment dans le développement de Pokémon GO et de technologies de réalité augmentée pour construire une plateforme de cartographie mondiale.
De son côté, Alexandre Sahyoun, diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de CentraleSupélec, a débuté sa carrière aux États-Unis en tant que Data Scientist pour Datalogix, société rachetée par Oracle, à Denver, avant de s’envoler pour Menlo Park avant d’entrer dans le giron de Meta en 2015. Le point de départ d’une décennie entière dans la firme de Mark Zuckerberg. Dans cette dernière, il a surtout contribué au développement d’Instagram en s’occupant de la partie produit, notamment sur les outils destinés aux créateurs de contenus et sur les produits publicitaires.
«Un signal très fort» pour Stanislas Niox-Chateau
Forcément, Stanislas Niox-Chateau, co-fondateur et PDG de Doctolib, se réjouit de l’arrivée de ces deux profils pour faire passer de nouveaux caps au fleuron français de la French Tech dans la santé. «Le parcours de Pierre et Alexandre, construit en grande partie dans la Silicon Valley, témoigne de l’exigence et de l’envergure des projets qu’ils y ont menés. Leur décision de rentrer en France est un signal très fort qui illustre la capacité de l'Europe à proposer des projets technologiques d’ampleur, porteurs de sens et d’impact», se réjouit Stanislas Niox-Chateau, le PDG de Doctolib. «On le voit : quelque chose est en train de bouger. L’ambition remonte. Maintenant, il faut transformer ce signal en dynamique. Faire en sorte que ces retours ne soient pas des exceptions, mais le début d’un mouvement durable», a ajouté le dirigeant sur LinkedIn.
Avec cette approche, Stanislas Niox-Chateau se positionne à contrecourant de la plupart des entreprises de la French Tech qui appelaient à un exode massif à l’automne dernier alors que l’éventualité d’une taxe Zucman avait mis le feu aux poudres. Si cette dernière a été rejetée par l’Assemblée nationale, elle a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour certaines figures de l’écosystème, à commencer par Éric Larchevêque, co-fondateur de Ledger qui a lancé son projet «The Bitcoin Society» avec Tony Parker pour proposer une alternative au système monétaire actuel.
Fin d’année 2025 haute en couleurs
De son côté, Stanislas Niox-Chateau entend bien poursuivre l’aventure avec Doctolib en France. Avec ses services, la licorne française assure toucher 420 000 soignants et 90 millions de patients à travers l’Europe, dont plus de 50 millions en France. Fin 2025, le PDG assurait que la société était enfin devenue rentable 12 ans après sa création. Mais cette bonne nouvelle a rapidement été éclipsée par l’amende infligée par l’Autorité de la concurrence pour abus de position dominante. Une décision qui a suscité de l’incompréhension et de la colère au sein de l’écosystème tech hexagonal.
Si cette sanction aurait pu décourager Stanislas Niox-Chateau, l’entrepreneur français vient donc de livrer un nouveau plaidoyer en faveur de l’entrepreneuriat «made in France» avec les arrivées de Pierre Fite-Georgel (ex-Niantic) et d’Alexandre Sahyoun (ex-Meta). Reste désormais à voir si la «dynamique» collective souhaitée par le patron de Doctolib se mette en place dans les prochains mois. En attendant, Doctolib annonce son intention de continuer à renforcer ses équipes médicales, scientifiques et technologiques avec de nouveaux recrutements prévus au cours de l’année.