Le projet de rapprochement entre The Exploration Company et Orbex intervient à un moment charnière pour l’écosystème spatial européen. Les deux entreprises ont annoncé, le 20 janvier 2026, être entrées en discussions exclusives après avoir signé une lettre d’intention non contraignante. Pour The Exploration Company, qui développe un véhicule de transport de fret spatial, l’enjeu est clair : intégrer une capacité de lancement à sa feuille de route et accélérer son développement industriel.

Deux entreprises, deux visions… mais un objectif convergent

La complémentarité des deux entreprises est au cœur de l’opération. The Exploration Company développe Nyx, une capsule de fret réutilisable capable de desservir l’orbite basse. Fondée en 2021, la startup a levé 150 millions d’euros en moins de trois ans, et a inauguré fin 2025 une usine de 7 500 m² à Mérignac, près de Bordeaux. Son premier vol test est prévu à l’horizon 2026. Orbex, de son côté, a été fondée en 2015 et développe Prime, un micro-lanceur fonctionnant au bio-propane, conçu pour placer une charge utile de 200 kilogrammes en orbite basse. L’entreprise, basée à Forres en Écosse, dispose également d’un site au Danemark, actuellement en procédure de faillite. Le premier vol de Prime est prévu pour 2026, après plusieurs phases de test au sol déjà engagées.

En reprenant les actifs d’Orbex, The Exploration Company deviendrait l’un des rares acteurs européens à combiner, sous une même entité, le développement de véhicules spatiaux réutilisables et une capacité de lancement propre. Un positionnement encore peu répandu sur le continent, mais qui s’aligne avec l’évolution du marché mondial, où les modèles intégrés, à la SpaceX, permettent une meilleure maîtrise des coûts, des délais et des opérations.

Cette acquisition offrirait également à The Exploration Company une implantation industrielle directe au Royaume-Uni, via le site écossais d’Orbex à Forres, ainsi qu’un accès stratégique au pas de tir de Sutherland, actuellement en cours de développement avec le soutien du gouvernement britannique. Pour Orbex, c’est l’opportunité d’intégrer un projet mieux financé, avec une feuille de route claire et une dynamique commerciale déjà engagée. L’entreprise a levé 23 millions de livres sterling en 2023, dont 20 millions d’origine publique.

Une logique industrielle et géopolitique assumée

L’acquisition d’Orbex intervient alors que le Royaume-Uni cherche à peser dans le spatial européen, malgré le Brexit. Soutenue à hauteur de 20 millions de livres par le gouvernement britannique, la startup écossaise fait partie des cinq entreprises sélectionnées par l’ESA pour développer des micro-lanceurs, dans le cadre d’un programme pouvant déboucher sur 169 millions d’euros de financement public.

De son côté, The Exploration Company bénéficie du soutien de Bruxelles via la Flight Ticket Initiative, un programme qui vise à structurer le transport spatial commercial en Europe. En combinant lanceur et capsule, TEC se positionne pour proposer une offre complète à l’échelle du continent, une rareté dans le paysage européen.

Le rapprochement entre TEC et Orbex s’inscrit dans une dynamique de consolidation encore rare dans le NewSpace européen. Face à un marché dominé par les acteurs américains, les startups du continent restent souvent isolées, sous-financées et en concurrence les unes avec les autres. En misant sur la complémentarité industrielle plutôt que sur la dispersion, The Exploration Company propose un changement de méthode : construire un acteur intégré, capable d’agir à l’échelle.

Ni Nyx ni Prime n’ont encore quitté le sol, et les défis à venir sont nombreux, mais l’ambition est posée : fédérer des briques technologiques complémentaires pour bâtir une offre européenne cohérente et puissante.