Adoptée au terme d’un parcours parlementaire sous tension, la loi de finances pour 2026 acte un cadrage budgétaire rigoureux, avec un déficit public ciblé à 4,4 % du PIB et une progression limitée des dépenses de l’État (+0,6 % hors inflation). Sous pression, le gouvernement a priorisé la soutenabilité des finances publiques, tout en essayant de préserver certains postes stratégiques, dont l’innovation. Dans ce cadre contraint, les marges de manœuvre pour relancer l’investissement dans la tech sont restées réduites.

Melchior Bachelot, Lead of Institutional Relations France chez France Digitale commente : « Au regard des contraintes politiques dans lesquelles le budget a été adopté, on n’était pas véritablement en droit d’espérer plus. En revanche, au regard de ce que le budget est en lui-même, évidemment qu’on est déçu parce qu’il manque d’ambition par rapport aux besoins de l’écosystème de l’innovation. »

France 2030 : poursuite sous contrainte

Lancé en 2021 avec une enveloppe globale de 54 milliards d’euros à déployer sur dix ans, le plan France 2030 constitue l’un des principaux leviers publics de soutien à l’innovation et à l’industrialisation. Dans le budget 2026, le programme est reconduit dans son périmètre, et les projets déjà contractualisés restent financés.

Dans le détail, les crédits ouverts pour 2026 ont été réduits d’environ 1,1 milliard d’euros par rapport aux engagements initialement prévus pour l’année. Une coupe qui n’affecte pas les dépenses déjà engagées, mais qui contraint la capacité à lancer de nouveaux appels à projets. Le soutien public est donc maintenu, mais dans un cadre resserré.

« France 2030, ça a été un coup dur à deux titres. D’abord parce que c’est un investissement public dans l’innovation, donc un accélérateur. Et ensuite, parce que ça envoie un mauvais signal sur la continuité de la stratégie industrielle de la France. » explique Melchior Bachelot.

Le CIR sanctuarisé, sans évolution

Le Crédit d’Impôt Recherche (CIR), outil central du financement de la R&D en France, reste inchangé dans le budget 2026. Aucune modification n’a été apportée à son barème, à son assiette ni à ses conditions d’éligibilité. Les startups conservent donc un cadre connu, alors que les critiques sur sa lenteur de traitement ou son manque d’adaptation aux jeunes entreprises persistent.

Plusieurs propositions d’évolution, notamment la réintégration du bonus “jeune docteur” ou l’élargissement aux dépenses de brevets avaient été adoptées en première lecture à l’Assemblée nationale. Mais elles ont été supprimées dans la navette parlementaire, et ne figurent donc pas dans la version définitive de la loi. 

« Ce dispositif qui permettait de majorer la prise en compte des docteurs dans la recherche permettait d’embaucher les chercheurs dans des pays où ils sont plus chers à la concurrence anglaise, américaine, etc. Mais aussi de conserver les talents en France. C’est un combat qu’on reportera en 2027, évidemment. » explique Melchior Bachelot.

Une stabilité bienvenue sur les dispositifs structurants comme le JEI

Bonne nouvelle cependant : les piliers fiscaux de soutien à l’innovation ne sont pas fragilisés. Le statut Jeune Entreprise Innovante (JEI) est maintenu sans durcissement. Le seuil de dépenses de R&D reste fixé à 20 % du chiffre d’affaires, alors qu’un relèvement à 25 % avait été envisagé à l’automne. Cette décision évite une sortie du dispositif pour de nombreuses startups qui évoluent à la frontière de l’éligibilité.

Mobilisation de l’épargne privée : recentrage assumé

Le dispositif IR-PME, qui permet aux particuliers de bénéficier d’une réduction d’impôt de 25 % sur leurs investissements dans les jeunes entreprises, est recentré. À partir de 2026, seuls les investissements dans des sociétés éligibles au statut de Jeune Entreprise Innovante (JEI) sont concernés. Ce changement, voté en fin de parcours parlementaire, réduit le champ des bénéficiaires potentiels, notamment pour les startups en phase de commercialisation ou celles dont l’innovation ne s’appuie pas uniquement sur la R&D.

Actionnariat salarié : un assouplissement bienvenu sur les BSPCE

Le régime des Bons de Souscription de Parts de Créateur d’Entreprise (BSPCE), dispositif central de l’actionnariat salarié dans la tech, est assoupli dans le budget 2026. Deux évolutions techniques sont actées : les BSPCE peuvent désormais être émis par des entreprises détenues à 15 % par des personnes physiques (contre 25 % auparavant), et par des sous-filiales détenues à 75 % par une filiale (contre 85 %). Ces ajustements élargissent le champ des entreprises éligibles, en particulier dans les groupes structurés.

Recherche collaborative : le CICo prolongé jusqu’en 2028

Enfin, le Crédit d’Impôt Recherche Collaborative (CICo) est officiellement prorogé jusqu’au 31 décembre 2028. Ce dispositif permet aux entreprises de bénéficier d’un crédit d’impôt égal à 50 % des dépenses facturées par les organismes publics ou parapublics de recherche dans le cadre de collaborations R&D. La mesure vise à encourager la recherche partenariale entre startups et structures scientifiques reconnues, en apportant une visibilité pluriannuelle aux acteurs engagés dans ce type de projets.

Le texte budgétaire ne provoque pas de rupture. Il n’apporte pas non plus d’élan. L’enjeu pour l’écosystème se déplace désormais sur un autre terrain : relancer un débat stratégique sur la souveraineté technologique et l’autonomie de financement, pour sortir d’un pilotage à courte vue.