Antoine Colson le rappelait en préambule : « Il y a dix ans, l’IPEM n’était qu’un pique-nique d’initiés. » Dix ans plus tard, ces mêmes visionnaires d’une décennie dorée pour une classe d’actifs qui a surperformé toutes les autres, y compris en environnement de taux très bas, sont plus de 3 800 à fouler le Palais des Festivals. Ils viennent à la rencontre de plus de 1 500 sociétés, dont 550 sociétés de gestion (GP) et 720 LPs, ces investisseurs qui apportent le capital aux fonds sans les gérer directement.
Cette mobilisation maximale de l’écosystème (record de GPs, de LPs, de acteurs du wealth et de startups) intervient au moment même où le contexte macro rendrait légitime un retrait, signe que l’industrie parie sur une opportunité structurelle malgré un environnement cycliquement anxiogène. « Ce qui m’interpelle le plus, c’est l’incroyable capacité d’adaptation des acteurs de ce secteur, qui font de chaque moment difficile une opportunité. Dans les périodes compliquées, ils trouvent toujours des moyens de se réinventer », témoigne Antoine Colson, CEO et managing partner de l’IPEM (International Private Equity Market).
Le private equity bascule dans le Wealth
Si, avec les business angels, les clubs deals, les SPV, les fonds seed et le crowdfunding, l’écosystème VC et tech a joué les pionniers de la “Wealth Revolution”, c’est désormais le private equity qui prend le relais et l’installe au cœur du jeu. L’an passé, la version cannoise du salon international a amorcé un virage en mettant en avant l’émergence du Wealth. Cette année, cette révolution en cours en est clairement devenue le fil rouge.
« L’IPEM se veut précurseur dans la démocratisation du non-coté auprès des investisseurs individuels, un mouvement qui bouscule l’ensemble des acteurs du marché. Une démocratisation qui se fait par le haut, via les family offices, les high net worth individuals (ndlr, c’est-à-dire les individus fortunés) et la banque privée. C’est une révolution : ces publics n’étaient quasiment pas exposés au non-coté, et tout le monde doit s’adapter, le client comme le fournisseur. »
Concrètement, cette édition rassemblait plus de 200 family offices – soit deux fois plus que lors de la précédente – avec un programme dédié à leurs enjeux et une remise d’awards pour célébrer leurs innovations les plus marquantes. Parmi les thèmes techniques mis en avant, en lien direct avec cette révolution : l’émergence des fonds evergreen, ces véhicules toujours ouverts à la souscription qui ne se ferment jamais. Cette nouvelle réalité se lisait aussi dans le casting : sur les 550 sociétés de gestion présentes, le CEO l’affirme, « le top 15 des gérants evergreen mondiaux est aujourd’hui à l’édition 2026 d’IPEM Wealth ».
Une vague à surfer
La métaphore de la vague a d’ailleurs été omniprésente, autant dans l’iconographie choisie pour marketer l’événement que dans le discours d’introduction du CEO. Elle a même été reprise par Sarah Medwin, Head of UK and Europe Client Business chez BlackRock, qui partageait le mot de bienvenue avant de délivrer une keynote très attendue : les encours de la société de gestion pour laquelle elle œuvre avoisinaient 13 500 milliards de dollars à l’automne dernier.
Certains y ont vu les quelque 14 trillions d’euros de dépôts bancaires européens susceptibles d’être réorientés vers des investissements productifs en private markets, elle a choisi de comparer les marchés privés à « un petit enfant, prêt pour la croissance », en convoquant l’exemple du surfeur Kelly Slater : trente-trois ans de carrière au cours desquels le surf s’est métamorphosé, à l’image de ce que le secteur anticipe désormais pour le non-coté.
Pour la surfer, Antoine Colson appelle l’écosystème à la jouer collectif : éduquer le client final, le protéger par une régulation adaptée et ne distribuer que des produits dont les mécanismes sont pleinement maîtrisés par ceux qui les vendent. « “On the crest of the wave”, cela signifie que le wealth est à la fois une vague extraordinaire qu’il faut impérativement surfer, mais aussi une vague de laquelle on peut tomber. C’est, selon moi, une vague séculaire qui va alimenter la classe d’actifs durant une bonne décennie », explique le CEO.
Un hub résolument mondial pour le non‑coté
Si la version parisienne de l’IPEM est définitivement un rendez-vous international, la scène cannoise n’est pas en reste : à l’instar de BlackRock, de nombreuses sociétés de gestion étrangères avaient fait le déplacement. « Sur 3 800 personnes, il y a facilement 1 500 participants étrangers », estime Antoine Colson, qui plaide pour toujours plus d’ouverture et pour le maintien de la réputation de la classe d’actifs.
L’ampleur prise par la plateforme, devenue en dix ans incontournable tant par sa fréquentation que par la sophistication de son programme, autorise à rêver d’une prochaine décennie où nouveaux actifs, diversification géographique et élargissement d’un panel d’investisseurs toujours plus avertis iront de pair avec un partage de la richesse toujours plus intelligent. Et pour cause, les ordres de grandeur donnent le vertige : selon les projections évoquées à Cannes, les marchés privés européens pourraient dépasser les 5 000 milliards d’euros d’ici 2030, dans un univers global estimé à 32 000 milliards, alors que 90% des entreprises européennes au-delà de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires restent privées.