La déclaration a marqué l'entretien. Interrogé sur les leviers à activer pour relancer l'investissement et l'entrepreneuriat en France, le cofondateur de Ledger et de The Bitcoin Society, Éric Larchevêque, affirme qu'il faudrait "commencer par se passer de Bpifrance".

Une formule volontairement directe, que l’entrepreneur inscrit dans une réflexion plus large sur l’intervention publique dans la French Tech. En creux, ses propos interrogent le modèle français d’allocation du capital, structuré depuis une dizaine d’années autour d’un État investisseur particulièrement actif.

Un acteur central du financement des startups

Bpifrance occupe aujourd’hui une place structurante dans l’écosystème. En 2025, la banque publique d’investissement a injecté 750 millions d’euros en capital directement dans des startups françaises, selon Paul-François Fournier, directeur exécutif de l’innovation de l’institution. Cela représente environ 10 % du montant total des levées de fonds réalisées par la French Tech sur la période.

Au-delà des prises de participation, Bpifrance intervient aussi via des subventions, des prêts, des avances remboursables ou des garanties. Sa mission affichée : compenser les défaillances de marché et soutenir des projets jugés stratégiques ou insuffisamment financés par le secteur privé.

Une critique du “surfinancement”

Pour Éric Larchevêque, cette présence massive interroge. Selon lui, certains financements publics ont contribué à maintenir sous perfusion des modèles fragiles.

Bpifrance a aidé des entreprises qui n’auraient jamais dû être aidées”, affirme-t-il, tout en précisant qu’il ne vise pas les équipes de l’institution, mais le principe d’un acteur public omniprésent dans l’allocation du capital.

L’entrepreneur inscrit cette critique dans un diagnostic plus large. Après la période 2020-2022 marquée par des taux bas, une forte liquidité mondiale et des valorisations élevées, la French Tech serait entrée dans une phase d’assainissement nécessaire. La baisse des levées de fonds, le recul du nombre d’exits et les faillites récentes ne constitueraient pas uniquement des signaux négatifs, mais les symptômes d’un retour à une discipline économique plus stricte.

Moins d’État, plus de marché

Le cofondateur de Ledger défend une vision plus libérale de l’innovation. Il plaide pour “moins d’État, moins de règles, moins de normes”, estimant que l’excès de régulation et d’intervention freine l’investissement, notamment étranger.

À ses yeux, l’allocation du capital devrait relever en priorité du marché. “On doit revenir à un modèle où c’est le marché qui décide”, affirme-t-il, ajoutant que “l’État n’est pas connu pour bien gérer les choses”.

Il reconnaît néanmoins qu’un retrait significatif d’outils comme Bpifrance impliquerait des choix “radicaux” et pourrait entraîner, à court terme, une baisse du nombre de créations ou de financements de startups.

Un débat ancien, ravivé par le contexte

La question du rôle de la puissance publique dans l’innovation n’est pas nouvelle. Depuis une décennie, l’État français a renforcé ses dispositifs de soutien à l’écosystème, dans un contexte de concurrence internationale accrue et de recherche de souveraineté technologique.

Dans un environnement marqué par le ralentissement des levées de fonds, les tensions budgétaires et les interrogations sur la compétitivité européenne, les propos d’Éric Larchevêque remettent sur la table une question structurante : faut-il un État investisseur fort pour faire émerger des champions technologiques, ou un cadre plus en retrait laissant le marché opérer sa sélection ?

S’il affirme vouloir continuer à entreprendre en France, l’entrepreneur se dit “pas très optimiste pour la suite”, estimant que l’équilibre entre initiative privée et intervention publique devra être repensé.