Capgemini, Accenture, Microsoft ou encore Block, la fintech de Jack Dorsey, ont beau licencier à tour de bras de l'autre côté de l'Atlantique, l'Europe ne suit pas le même chemin. Pour l'instant, rien n'indique que l'intelligence artificielle (IA) supprime des emplois sur le Vieux Continent et les entreprises qui l'utilisent fortement sont même plus enclines à embaucher à terme, selon une note publiée mercredi par la Banque centrale européenne.
«Dans l'ensemble, en termes de création et de destruction d'emplois, nous ne trouvons aucune différence significative entre les entreprises qui déclarent utiliser l'IA et celles qui ne l'utilisent pas», ont affirmé deux économistes de la BCE dans une note de blog. Celle-ci s'appuie sur un sondage réalisé en 2025 auprès de 5 000 entreprises européennes.
Leur constat change en distinguant les entreprises qui utilisent fréquemment l'IA de celles qui y ont recours plus rarement : les premières ont alors 4 % de plus de chance d'embaucher. Même constat pour celles qui investissent, qui ont 2 % de probabilité en plus d'embaucher.
Les entreprises prévoyant d'investir dans l'IA d'ici un an anticipent davantage d'embauches
C'est surtout visible dans les entreprises utilisant l'IA pour la R&D et l'innovation, car l'investissement dans cette technologie nécessite l'embauche de personnel hautement qualifié. De même, les entreprises prévoyant d'investir dans l'IA d'ici un an anticipent en moyenne davantage de créations d'emplois. A l'inverse, les entreprises utilisant l'IA pour réduire leurs coûts de main d'œuvre ont tendance à moins embaucher et à licencier davantage, selon les auteurs. Ces conclusions s'inscrivent dans un débat encore ouvert sur l'impact réel de l'IA sur l'emploi à plus long terme.
Lors d'une audition devant le Parlement européen fin février, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a souligné que les investissements massifs dans l'IA se traduisaient par une «amélioration de la productivité», mais que les «conséquences sur le marché du travail» n'étaient pas encore visibles. «Nous y resterons extrêmement attentifs à l'avenir», a-t-elle ajouté. Une enquête de l'institut munichois Ifo a indiqué que plus d'un quart des entreprises s'attendaient à des réductions d'effectifs à cause de l'IA dans les cinq prochaines années.