Yann LeCun, l’un des pionniers mondiaux de l’intelligence artificielle, lance officiellement sa startup. Baptisée AMI Labs, pour Advanced Machine Intelligence, la société lève plus d’un milliard de dollars pour une valorisation de 3,5 milliards de dollars, devenant ainsi une licorne dès sa création. Il s’agit de l’un des plus importants tours de table au monde pour une entreprise d’IA à ce stade.
Le financement réunit plusieurs grands fonds internationaux, dont le français Cathay Innovation, l’américain Greycroft, le britannique Hiro Capital, l’allemand HV Capital ou encore Bezos Expeditions, le family office de Jeff Bezos, fondateur d’Amazon.
D’autres investisseurs ont également participé à l’opération. Parmi eux figurent le fonds singapourien Temasek, le fonds luxembourgeois Alpha Intelligence Capital, Toyota Ventures ou Samsung. Plusieurs entrepreneurs américains sont aussi présents, dont Eric Schmidt, ancien dirigeant de Google, et Mark Cuban, connu du grand public pour son rôle de juré dans l’émission Shark Tank, l’équivalent américain de Qui veut être mon associé.
Côté français, le tour de table rassemble également plusieurs figures du capitalisme hexagonal. On y retrouve notamment Xavier Niel, Aglaé Ventures, le fonds d’investissement de la famille Arnault, Artémis, celui de la famille Pinault, Zebox Ventures, le fonds early stage de CMA CGM, Daphni, l’Association Familiale Mulliez, propriétaire du groupe Auchan, ou encore le groupe industriel Marcel Dassault.
Par sa composition, ce financement illustre l’ampleur du projet, mêlant grands fonds internationaux, industriels et figures majeures de la tech mondiale.
Cinq cofondateurs, tous passés par Meta
Si Yann LeCun présidera la structure, la direction opérationnelle sera assurée par Alexandre Lebrun, cofondateur de la startup d’IA médicale Nabla. Les deux hommes se connaissent bien : ils ont déjà travaillé ensemble au sein des laboratoires d’intelligence artificielle de Meta.
Laurent Solly, qui a passé douze ans au sein du groupe de Mark Zuckerberg, rejoint également l’aventure en tant que cofondateur et Chief Operating Officer (COO).
Les deux autres cofondateurs, Saining Xie et Pascale Fung, sont également passés par Meta. Le premier, ancien chercheur scientifique chez Google DeepMind, supervisera les activités scientifiques de la startup. La seconde, chercheuse spécialisée en intelligence artificielle, pilotera les activités de recherche et d’innovation.
Miser sur les « world models »
Alors que la plupart des géants américains, dont Meta, misent aujourd’hui sur les grands modèles de langage (LLM), Yann LeCun défend depuis plusieurs années une approche différente. Selon lui, ces modèles fondés sur des données textuelles ne permettront jamais d’atteindre un niveau d’intelligence comparable à celui des humains.
Avec AMI Labs, il souhaite développer « la prochaine génération de modèles d’IA » capables d’automatiser des tâches complexes en observant et en modélisant le monde. Contrairement aux LLM, qui s’appuient principalement sur des données textuelles issues du passé, les « world models » reposent sur l’analyse de vidéos, d’environnements 3D ou encore de données spatiales.
L’objectif est de permettre aux machines de comprendre la structure du monde réel afin d’anticiper des actions et leurs conséquences. La startup explique ainsi que ses modèles seront fondés sur « des représentations abstraites de la réalité, similaires aux modèles mentaux que les humains utilisent pour raisonner et guider leurs actions ».
Cette approche rappelle notamment le concept de jumeaux numériques, qui consistent à créer des répliques virtuelles d’environnements réels afin de simuler différents scénarios. Les modèles développés par AMI Labs se veulent par ailleurs « contrôlables et sûrs ». Ils pourraient trouver des applications dans des secteurs comme la robotique, l’industrie, le divertissement ou encore la simulation numérique.
Avec AMI Labs, Yann LeCun transforme ainsi en projet industriel une conviction qu’il défend depuis plusieurs années : l’avenir de l’intelligence artificielle ne passera pas uniquement par les grands modèles de langage, mais par des systèmes capables de modéliser et d’anticiper le monde réel.
Une nouvelle bataille dans l’IA
Ce nouveau paradigme s’inscrit dans la continuité des travaux menés par Yann LeCun et son équipe au sein des laboratoires d’intelligence artificielle de Meta. Mais d’autres acteurs se positionnent également sur cette approche.
La startup américaine World Labs, fondée par Fei-Fei Li, l’une des figures majeures de la recherche mondiale en intelligence artificielle, a ainsi levé un milliard de dollars il y a trois semaines. De leur côté, des groupes comme Google DeepMind ou OpenAI commencent eux aussi à s’intéresser à ces modèles capables de simuler le monde.
Comme annoncé précédemment par Yann LeCun, le siège social d’AMI Labs sera installé à Paris, renforçant encore un peu plus la scène française de l’intelligence artificielle. La startup se veut toutefois globale : elle dispose déjà de bureaux à Paris, New York, Montréal et Singapour.
AMI Labs prévoit de recruter au moins une quinzaine de collaborateurs au cours de l’année.