Ancien champion de roller - il détient le record du monde de saut dans le vide, depuis le premier étage de la Tour Eiffel - Taïg Khris a été magicien, acteur de cinéma, animateur TV de son propre show… Mais il a aussi bouleversé l’ordre établi dans les télécoms, en imaginant OnOff : une entreprise qui offre la possibilité d’avoir un second numéro de portable sur un seul et même téléphone.
Son aventure entrepreneuriale dans la tech débute en Estonie, en 2014. Il choisit de s’implanter à Tallinn parce que l’un de ses amis d’enfance a monté une startup là-bas et l’invite à le rejoindre. « C’est un ami cher. Je l’ai appelé au départ pour qu’il me donne des conseils pour se lancer dans l’IT, et il m’a dit : “Mais viens en Estonie, c’est un pays super, les ingénieurs sont très bons, en plus tu as un projet dans les télécoms et c’est ici que Skype est né. Si tu arrives à lever des fonds, rejoins-moi et je t’aiderai à embaucher tes premiers ingénieurs.” »
Le plan se déroule exactement comme prévu : « Lorsque j’ai fait ma première levée, j’ai débarqué aussitôt à Tallinn et j’ai loué des bureaux. On a très vite réussi à embaucher de très bons profils, dont certains débauchés chez Skype. »
Une ville sûre et des ingénieurs talentueux
D’un point de vue administratif, Taïg Khris choisit de créer une société française avec une filiale implantée en Estonie : le bureau de développement de Tallinn appartient à 100% à la maison-mère française. « Plus de dix ans après, nous sommes désormais 70, sur un plateau de 500 m2 dans la vieille ville. Pendant des années, je n’ai eu aucun salarié en France, et moi-même je ne rentrais à Paris qu’une fois par an - pour Noël »
Ayant grandi à Paris, Taïg Khris reconnaît que ses amis lui manquaient, mais que la qualité de vie et le confort de l’Estonie sont « géniaux. » « Tallinn est une ville médiévale où vous pouvez tout faire à pied. Tout se trouve à 5 minutes. La circulation, les embouteillages, ça n’existe pas. Il n’y a aucune corruption, aucun danger : vous pouvez laisser votre sac au coin d’une rue et le retrouver. Si vous êtes une femme, vous pouvez circuler à 3h du matin seule dans la rue. Les habitants respectent strictement les règles. »
L’Estonie est aussi particulièrement ouverte à l’international. « D’abord, la capitale, Tallinn, est très internationale donc tout le monde parle anglais. Et le pays est tout petit, ce qui signifie que tous les entrepreneurs doivent exporter. Cela crée une mentalité d’entrepreneurs portés d’emblée sur la conception de produits internationaux. »
Zéro « paperasse » et une émulation constante
Et le « truc le plus fort », complète Taïg Khris : « c’est un jeune pays qui est parti de zéro en full digital. Ils n’ont pas de paperasse. Faire un chèque ça n’existe pas. Tout se fait 100% en ligne sans avoir besoin d’aller nulle part. Votre carte d’identité digitale permet de signer officiellement tous les contrats. »
L’Estonie a donc permis à l’entrepreneur français de faire croître son entreprise rapidement, grâce au vivier de talents et à la faible bureaucratie locale. Par la suite, il a ouvert un bureau à Paris pour développer les aspects marketing et commerciaux, tout en conservant le gros de ses équipes Tech en Estonie. C’est donc finalement une démarche bénéfique pour les deux pays.
Pour ceux qui ne souhaitent pas s’installer physiquement en Estonie comme l’a fait Taïg Khris, le programme d’e-Residency lancé en 2014 en Estonie a permis à des entrepreneurs du monde entier (plus de 185 nationalités tout de même !) de créer et de gérer leur entreprise estonienne entièrement en ligne. Liina Vahtras, Managing Director du programme. le rappelait à Maddyness en début d’année [lien] : « Nos e-résidents font le choix de l’Estonie avant tout pour pouvoir se concentrer sur leur cœur de métier : sans lourdeurs administratives ni freins bureaucratiques. La France est l’un de nos marchés les plus dynamiques : +63 % de demandes en 2025. »
L’écosystème du pays séduit également les entrepreneurs : on dénombre à Tallinn une cinquantaine d’investisseurs, pour une bonne dizaine de VC. Et plus de 1700 startups, avec des figures de proue comme Skype on l’a vu, mais aussi Bolt ou Wise et de nombreuses licornes (Glia, Veriff, Gelato, Zego, (Transfer)Wise, ID.me, Playtech…) Quant à OnOff, l’entreprise de Taïg Khris compte désormais 120 employés, répartis entre ses bureaux de Tallinn et Paris.