7 ans après le lancement du plan France Deeptech, Bpifrance touche presque au but. En effet, la banque publique d’investissement a fait un point d’étape concernant les résultats annuels de la stratégie tricolore dans la deeptech, en marge de l'European Deeptech Week. Il en ressort que 410 startups deeptech ont été créés l’an passé en France, contre 385 en 2024, rapprochant ainsi l’écosystème des 500 nouvelles startups par an dans la deeptech d’ici 2030. Pour rappel, il n’y en avait que 207 en 2019 lors du lancement du Plan Deeptech.

Désormais, la France héberge 2 830 startups deeptech, qui génèrent 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et représentent 50 000 emplois directs. A noter que 47 % de ces jeunes pousses sont industrielles. Ces dernières exploitent ainsi plus de 200 sites industriels dans l’Hexagone. La santé (42 %), la greentech (25 %) et le numérique (21 %) sont les autres secteurs bien représentés. Sur le plan géographique, l’Ile-de-France (35 %) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (18 %) constituent les deux principaux pôles d’attraction. «Grenoble est presque la Silicon Valley de l'Europe», avait d'ailleurs estimé Gary Shapiro, le patron du CES de Las Vegas, lors de son passage à Tech&Fest en février.

Parmi les startups deeptech tricolores, une quinzaine sont des licornes, comme Verkor, Exotec, Ledger ou encore Harmattan AI. La méga-levée de fonds de 1,7 milliard d’euros de Mistral AI l’an passé a largement contribué à faire revenir les tours de table deeptech à leur niveau de 2023, à 4,1 milliards d’euros, contre 2,8 milliards l’an passé. Cela représente quasiment la moitié des levées de fonds dans la French Tech. A titre de comparaison, la deeptech ne pesait que 27 % des montants levés dans l’Hexagone en 2018, à hauteur d’un milliard d’euros.

«L’écart continue de se creuser avec les États-Unis»

Avec cette progression, Paris se positionne comme le troisième écosystème deeptech mondial, derrière la baie de San Francisco et Boston, selon Dealroom. A l’échelle continentale, l’Europe, portée par le Royaume-Uni (6 milliards d’euros), la France (4,1 milliards) et l’Allemagne (2,8 milliards), a bouclé l’année 2025 avec 21,6 milliards d’investissements dans ses startups deeptech, ce qui lui permet de faire mieux que la Chine (16,2 milliards d’euros) selon Dealroom, mais le Vieux Continent se trouve encore très loin des États-Unis, malgré ses 55 licornes deeptech créées depuis 2015, dont 16 depuis 2020.

En 2025, les startups deeptech américaines ont levé 137 milliards d’euros, soit 67 % de plus par rapport à 2024. Sans surprise, 53 % de ces investissements sont le fruit de méga-tours de table dans l’IA, à l’image de ceux bouclés par OpenAI et Anthropic. «L’écart continue de se creuser avec les États-Unis. C’est un écosystème très puissant, avec des acteurs installés qui réinvestissent dans des acteurs émergents, comme on peut le voir avec Nvidia, Amazon et Microsoft dans OpenAI par exemple. On paie le retard pris dans les années 2000», estime Paul-François Fournier, directeur exécutif en charge de l’innovation chez Bpifrance.

132 milliards d’euros et 7 300 spin-outs en Europe sur 10 ans

Néanmoins, le dirigeant de la banque publique d’investissement se réjouit de la trajectoire de l’écosystème deeptech européen au cours de la décennie écoulée qui lui a permis de gagner en maturité. Depuis 2019, les startups deeptech européennes ont levé 132 milliards d’euros. Des capitaux qui ont permis de faire décoller des entreprises prometteuses et d’aboutir à des exits : essentiellement des acquisitions, voire des IPO. Il y en a eu 27 en France l’an passé, dépassant ainsi le record de 2024 (24).

Par ailleurs, il y a eu 7 300 spin-outs deeptech en Europe lors des dix dernières années. Contrairement à un spin-off, où la nouvelle société est généralement créée avec le soutien et l’actionnariat de la structure d’origine, un spin-out correspond à une activité qui quitte une organisation pour devenir une entreprise autonome. Récemment, la startup Waiv, issue de l’écosystème d’Owkin, a d’ailleurs levé 33 millions de dollars pour accélérer le développement de ses tests diagnostiques en oncologie reposant sur l’intelligence artificielle.

«L’enjeu est de basculer dans ce nouveau monde»

Si le dynamisme de l’écosystème deeptech en Europe est encourageant, plusieurs axes d’amélioration existent et méritent d’être creusés. Bpifrance pointe notamment la nécessité de faire converger 30 milliards d’euros de financement vers les startups deeptech d’ici 2030 pour pérenniser les actions structurantes déjà engagées. Cela passe notamment par le fait de passer de 1,4 milliard d’euros à 2,6 milliards d’investissements pour financer les séries C et supérieures. Pour les séries B, cela implique d’atteindre 2,2 milliards d’euros d’investissements, contre à peine un milliard cette année.

Pour se rapprocher de ces objectifs, Bpifrance préconise de mobiliser beaucoup plus de fonds privés pour financer la croissance des startups deeptech sur les séries A et B, puis d’activer des relais pour le financement post-série B. Surtout, il est urgent d’embarquer davantage les corporates et les industriels dans l’entrepreneuriat tech. Des exemples récents s’inscrivent dans cette perspective : ASML qui a mené la méga-levée de fonds de Mistral AI, et Renault qui mise sur les exosquelettes de Wandercraft. «L’enjeu est de basculer dans ce nouveau monde, qui a des règles très différentes de l’ancien monde. Cela signifie que les grands groupes doivent basculer une part significative de leur R&D dans ce nouveau monde», observe Paul-François Fournier. D’où le lancement de la troisième phase du Plan Deeptech pour permettre à l’écosystème de passer à l’échelle et ainsi s’industrialiser pour aboutir à l’émergence de champions européens.