Depuis 2019, la dynamique s’est nettement accélérée : davantage de start-ups issues des laboratoires voient le jour, les levées de fonds progressent et la deeptech s’impose progressivement comme une catégorie à part entière dans le paysage technologique. Mais l’événement est aussi l’occasion de renouveler les ambitions et de regarder plus loin. Car cet événement marque une inflexion : la deeptech n’est plus seulement un sujet national, elle devient clairement européenne. La Deeptech Week entend désormais contribuer à structurer une communauté d’écosystèmes à l’échelle du continent. L’objectif est double : se comparer, partager les bonnes pratiques et, surtout, faire émerger des leaders technologiques européens capables de rivaliser à l’échelle mondiale.

Si les progrès sont réels, deux défis majeurs demeurent pour la deeptech européenne. Le premier concerne le financement privé. Les investissements publics, notamment via France 2030 et que nous opérons, ont permis d’amorcer la pompe. Mais pour changer véritablement d’échelle, l’écosystème doit attirer davantage de capitaux privés. Le second défi est étroitement lié au premier : celui des «exits». Autrement dit, la capacité des startups à être rachetées ou intégrées dans des groupes plus importants.

La deeptech n’est pas un univers parallèle déconnecté de l’industrie traditionnelle

Ces opérations permettent non seulement de donner de la liquidité aux investisseurs, mais aussi de démontrer que la deeptech peut générer des retours sur investissement significatifs, un signal essentiel pour attirer davantage de capitaux. C’est précisément sur ce point que se situe aujourd’hui l’un des grands chantiers de l’écosystème : renforcer les liens entre startups deeptech et grands groupes industriels.

Contrairement à une idée parfois répandue, la deeptech n’est pas un univers parallèle déconnecté de l’industrie traditionnelle. Bien au contraire. Beaucoup de ces jeunes pousses développent des briques technologiques qui ont vocation à s’intégrer dans des filières existantes : aéronautique, défense, santé, énergie ou encore mobilité. Elles constituent en quelque sorte de nouveaux fragments d’ADN capables de régénérer le tissu industriel.

L’exemple de Safran et de la startup Preligens spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée à la défense illustre ce mouvement. En choisissant d’intégrer cette entreprise, le groupe industriel a reconnu que certaines compétences clés pouvaient désormais se trouver à l’extérieur de ses propres équipes de R&D.

Changer de paradigme

Cette évolution traduit un changement plus profond : celui du modèle d’innovation des grandes entreprises. Pendant des décennies, les grands groupes ont construit leur compétitivité sur des modèles de recherche et développement largement internalisés. Ce système a fonctionné pendant près de 30 ans. Mais il atteint aujourd’hui ses limites dans un monde où l’innovation se diffuse plus vite et de manière plus distribuée.

Passer à une logique d’innovation ouverte implique un véritable changement de paradigme. Cela signifie accepter un écosystème plus vaste, plus diffus et parfois plus risqué, où une partie de la recherche et développement se fait désormais en collaboration avec des startups. Cela suppose aussi de repenser les processus, les organisations et les moyens mobilisés. Certes, des expérimentations ont déjà vu le jour : programmes d’open innovation, incubateurs, fonds de corporate venture. Mais ces initiatives restent encore trop souvent ponctuelles.

Faire des startups deeptech un véritable levier stratégique de R&D

L’enjeu est désormais de passer à l’échelle industrielle et d’intégrer les startups deeptech comme un véritable levier stratégique de R&D. Si ce rapprochement se concrétise, les bénéfices pourraient être considérables. D’un côté, les startups trouveraient plus facilement des débouchés industriels et des perspectives d’exit, générant ainsi des retours pour les investisseurs et attirant davantage de capitaux privés. De l’autre, les grandes filières industrielles pourraient réinjecter de l’innovation dans leurs produits et leurs procédés, un levier essentiel pour regagner en compétitivité.

Au fond, l’équation est simple : l’avenir des startups deeptech et celui de l’industrie européenne sont désormais étroitement liés. Et pour ceux qui continuent de douter de la capacité de l’Europe à se mobiliser sur la technologie, il suffit peut-être de passer par la Deeptech Week. Car derrière les débats et les conférences, ce sont des chercheurs, des entrepreneurs, des investisseurs et des industriels venus de toute l’Europe qui se retroussent les manches pour faire émerger la prochaine génération de champions technologiques.